‹ Poètes et mélodes [microform]Chapitre 8 sur 73 · PAR NONNOS · texte numérisé non relu

PAR NONNOS

Nonnos est un réformateur, son vers hexamètre beaucoup plus élégant que celui d'Apollinaire a servi de modèle non seulement à Coluthus, à Tryphiodore, à Qui n tus de Smyrne, mais aux poètes chrétiens : à Paul le Silentiaire, î\ Eudoxie et peutêtre à Synésius (1).

Nul ne poussa plus loin que Nonnos Tamour et la recherche de cet hexamètre harmonieux même pour nos oreilles barbares, sans hiatus et presque sans spondées, coulant d'une source continue, toujours du même pas et avec le même murmure.

Nous n'examinons pas quelle est la valeur poétique de la paraphrase de VÉvangile de S.Jean, Quand une entreprise est de mauvais goût par ellemême, l'exécution ne peut être heureuse. Plus Nonnos est à l'aise dans ses Diont/slaques , plus il semble à l'étroit dans son pseudo-Évangile, il ne gagne à traduire l'auteur sacré qu'une légère

(1) Do Marcellus, No))}ios, éd. Didot, 1856. Introd, p. xlv-l. — G. Herraann ajoute à ceUe liste des disciples de Nonnos plusieurs autres noms, en particulier celui d'Apollinaire. Cela est bien difficile chronologiquement. Mais Proclus, dans ses hymnes, et lesépiprammatistes de l'Anthologie se ressente m manifestement de Tinfluence de Nonnos. Cf. Fred. Jacobs, dans la préface de VAnih. Or,

apparence de brièveté et de concision ; mais il perd beaucoup de ses qualités réelles: l'éclat de ses images, l'abondance et la richesse de ses développements, et même l'harmonie caractéristique de son hexamètre. Les hiatus reparaissent, le récit est plus court, mais le vers est moins rapide; d'ailleurs, comme nous le disions, la brièveté même du récit n'est qu'apparente. Sans doute, il n'est plus de personnage qui garde la parole, cent vers durant, pour ne rien dire ; mais le texte de l'Évangile est encore affaibli par une foule d'additi ns étrangères (1). C'est à propos de Nonnos, et pour le justifier, qu'on a parlé d'épithètes bibliques. On a dit que « l'abondance des adjectifs ou des attributs de la divinité était une propriété spéciale des livres saints (2). » Il y a là une singulière erreur. Il est vrai que ceriains adjectifs apparaissent fréquemment dans les traductions de l'Écriture. Mais d'abord ces adjectifs sont simples et correspondent à des idées simples. Ce ne sont point des épithètes descriptives comme dans Homère et surtout dans Nonnos. En outre , et cette raison a sa valeur quand il s'agit de définir l'esprit d'une littérature, le nombre des adjectifs scripturaires serait certainement réduit des deux tiers, si Ton remontait au

(1) Il faut reconnaître pourtant que Nonnos a rarement ajouté des ornements profanes aux paroles du Sauveur lui-même. La parole qui ressuscita Lazare est bien rendue par ce demi vers à césure trochaïque : ec'.Oi, Aii^ape, sîjps. Le récit des derniers moments du Christ est aussi irréprochable, sauf les longueurs consacrées à réponse et au liel.

(2) De Marcellus: introd. p. xxix»

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texte h(^breu qui pivseate presque toujours les attributs divins sous forme verbale et active.

Il n'y a donc nul progrès, à notre avis, desD/ow?/siaques à la paraphrase, A en juger par le mérite relatif des deux ouvrages, c'est le second qui est un essai, tandis que le premier présente tous les caractères d'une œuvre de maturité. Si le chantre de Bacchus n'est pas déjà chrétien, il a lu du moins l'Évangile. Que sont les paroles de salutation de Mercure à Electre : x^tpe pvmwv, etc. (1) Que sont ces changements d'eau en vin qu'on ne rencontre chez aucun mythologue de l'antiquité et qui deviennent, chez Non nos, le stratagème favori (2j de Bacchus, sinon des réminiscences, peut-être inconscientes, de S. Luc et de S. Jean ? On peut trouver étrange qu'un chrétien ait composé les Dlonysiaques. Mais l'histoire littéraire fourmille d'inconséquences. Quand une fois il ont bu aux sources menteuses de l'Hippocrène, des chrétiens et même des évéques peuvent aussi bien chanter Dionysos que le sage Minerve.

(1) Dionys, UI. 425-429.

(2) C'est par ce procédé qu'il triomphe de la Nymphe Nicée au 16« chant, et d'Aura au 48<'. Au chant 14% Bacchus change en vin le lac Astacide. Cf. la noie de M. de Marcellus, p. 69.

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