‹ Poètes et névrosésChapitre 90 sur 123 · Ingram, loc. cit · texte numérisé non relu

Ingram, loc. cit

ElXiAU l'OK. 257

je no vous ai pas encore dit que vos vers me sont parvenus le jour même où j'allais prendre un parti (jui m'aurait emporté loin, bien loin de tous, douce, douce Hélène, et de ce rêve divin qu'est voire amour '. » Le l)arti qu'il avait failli prendre consistait à demander une autre veuve, vieille el laide elle aussi, Mrs Shelton. Les vers de Mrs Whitman, où il était ((uestion de lui, avaient lixé sa résolution en l'encourageant.

Il obtint une entrevue de sa « douce Hélène », alla se promener avec elle dans un cimetière et lui demanda sa main séance tenante. Une correspondance extravairante s'engagea entre eux. Poe jurait — les vieux moyens sont toujours les meilleurs — qu'il « aimait pour la. première fois ». Mrs Whitman hésitait, alléguant ses quarante-cinq ans, sa mauvaise santé et sa figure disgraciée : — « Quand ce serait vrai, répliquait Poe.... Ne voyez-vous pas — j'en appelle à votre raison, ma bien-aimée, non moins qu'à votre cœur — que c'est ma nature supérieure — mon être spirituel, qui brûle et halette de se confondre avec le vôtre? L'âme a-t-elle un âge, Hélène? »

Ah! qu'en termes galants ces choses-là sont mises!

Mrs Whitman se laissa convaincre, en dépit d'une scène horrible où les éclats de voix de l'ivresse s'entendirent dans toute la maison : « Je n'ai jamais rien entendu d'aussi effrayant; c'en était sublime », disaitelle ensuite avec indulgence. Ils prirent jour pour se marier, mais Poe ne dégrisait pas, et Mrs Whitman rompit l'avant-veille, au grand soulagement du fiancé si l'on pouvait l'en croire : « Je suis si, si heureux », répétait-il, et il s'occupa incontinent d'épouser Mrs Shel-

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