‹ Poètes et poésiesChapitre 11 sur 45 · Lactance, VII, 7. — Minutius Félix, Octavius · texte numérisé non relu

Lactance, VII, 7. — Minutius Félix, Octavius

3 Pindare, Fragments.

blême, celui de l'immortalité de l'âme. Cette croyance fut, dès le ve siècle avant Jésus-Christ, celle de tous les grands esprits, et il est permis de croire qu'elle était alors plus universellement acceptée qu'elle ne le fut après l'apparition des systèmes d'Epicure et de Pyrrhon. On ne découvre, il est vrai, dans la théologie des anciens, aucune trace du dogme chrétien de la résurrection des corps; mais que signifient ces rêves de félicité immatérielle et vraiment divine, cette Atlantide, ces îles fortunées, ce ciel, séjour des bienheureux, sinon la ferme croyance en une autre vie? Que l'imagination des Grecs l'ait représentée sous telles ou telles couleurs, qu'ils aient donné tels ou tels noms à ces lieux de délices, rendez-vous des justes, qu'importe? Eux aussi, ils ont cru et espéré en ces choses que nulle oreille humaine n'a entendues, que nul œil humain n'a vues. Cette grande vérité de la persistance de notre être, elle fut de bonne heure, suivant la coutume du génie grec, revêtue d'une forme poétique et symbolique, empruntée, comme toujours, aux phénomènes de la natve. Le grain de blé caché dans la terre s'y décompose, germe, renaît multiplié dans l'épi. Ces mystères de la germination et réclusion donnèrent naissance au mythe profond de l'union de Pluton avec Proserpine, fille de Déméter, c'est-à-dire de la Terre, mère des humains. La mort et la vie se

trouvèrent ainsi enchaînées Tune à l'autre; et de même que le laboureur, en confiant au sol le grain de blé, attend avec confiance la moisson prochaine , ainsi Thomme, abandonnant à la terre son corps périssable, espérait renaître à une nouvelle existence. Telle était. on ne peut plus en douter aujourd'hui, le grave enseignement que recevaient les initiés aux mystères de Cérès Eleusis. L'épi de blé, ce symbole de la renaissance, y jouait un grand rôle. Des cérémonies imposantes déroulaient aux regards des fidèles le spectacle de la vie bienheureuse qui leur était réservée. « Heureux, s'écrie l'auteur de l'hymne homérique à Cérès, heureux celui qui a vu ces choses! » Et Pindare, dans un ravissement pieux, s'écrie : — « Heureux celui qui les a vues avant de descendre sous la terre, car il sait quelle est l'issue de la vie, et que nous venons tous de Jupiter! » — Bien des siècles après, dans un temps où le polythéisme était à demi ruiné dans les esprits, Cicéron disait : « Parmi les bienfaits dont nous sommes redevables à Athènes, le plus considéra'. \e est celui de l'invention des mystères. Par eux, nous avons été retirés d'une vie sauvage et cruelle, nous avons été façonnés à l'humanité, nous avons commencé d'être... Grâce à eux, en effet, nous connaissons les principes de la vie, et non seulement nous avons reçu les moyens de vivr dans la joie, mais

aussi nous pouvons, en mourant, emporter une bonne espérance. » Quatre cents ans avant le philosophe romain. Platon avait dit : « Celui qui a été purifié et initié partira cTici pour aller habiter parmi les dieux. » Et voici Tépitaphe qu'un poète inconnu composait pour le tombeau du grand philosophe : « La terre cache dans son sein ce corps qui est celui de Platon; mais son âme jouit de la vie calme et éternelle réservée aux bienheureux *. »

Je n'ai pu qu'indiquer, dans ce sommaire rapide, les principales divisions du sujet que je me propose de traiter cette année. Je n'entreprends rien moins que l'exposition de la théologie des poètes grecs. Des erreurs innombrables, des préjugés de toute nature ont jusqu'ici obscurci et même supprimé cette question. Qu'est-ce que le poète, disait-on? Un être léger, charmant, inutile, impropre à toutes les fonctions sérieuses de la vie, instrument sonore qui vibre à tous les vents de la passion, desservant de tous les cultes, excepté du culte austère de la vérité. Non, tel n'est point le poète , même dans les sociétés modernes, où l'idéal tient si peu de place. Tel surtout n'est pas le poète antique. Le poète, c'est le pre*

i. Hymne à Cérès, 480. — Pindare, Fragments. — Ci éron, Des lois, II, 24-36. — Platon, Phedon, 69. — Jacobs, Antholcgie, I, page 324.

mier législateur, c'est le premier prêtre. Le poète, c'est le premier historien, le peintre sublime de l'âge héroïque, c'est Homère. Le poète, c'est le premier théologien, le premier maître des travaux des champs, c'est Hésiode. C'est encore le premier moraliste, le premier homme d'État, c'est Solon, c'est Théognis. Dans Alcée, dans Eschyle, c'est le grand et infatigable patriote qui chante la liberté et combat contre les tyrans et les envahisseurs. Dans Tyrtée, c'est le tocsin renaissant de l'enthousiasme guerrier; dans Pindare, c'est le chantre inspiré des dieux, des héros, de toute?, les gloires; c'est, à toutes les époques, l'âme même de l'antiquité. On croyait, il croyait lui-même qu'un Dieu, que ces gracieuses divinités appelées les Muses, lui dictaient ses vers les plus beaux, ses chants les plus harmonieux. Ingénieuse et transparente fiction! Qu'estce, en effet, que l'inspiration, sinon une sorte de révélation de Dieu aux âmes d'élite? Et quels seront les plus nobles, les plus sûrs interprètes du sentiment religieux, cette aspiration vers l'idéal et l'infini, si ce n'est ces êtres privilégiés que leur nature porte d'instinct vers les choses d'en haut? Aussi, d'Homère à Sophocle, le plus homérique des poètes, comme disaient les Grecs, une continuelle et plus pure trans formation des idées religieuses s'accomplit. L'homme, qui se connaît mieux, rapporte à la divinité un nom-

mage plus digne d'elle et de lui; tandis que le culte déploie ses magnificences, si chères à ce peuple d'artistes, la piété se concentre de plus en plus dans le fond de l'âme, son sanctuaire le plus précieux. L'idée de la justice, cette souveraine des choses mortelles et immortelles, comme dit Pindare, amène à sa suite celle de la liberté; celle-ci entraîne la croyance en une autre vie. L'homme a trouvé son point d'appui sur terre, et son espérance au ciel. Vienne maintenant le christianisme, vienne une prédication plus complète et plus universelle de ces grandes vérités, et, au lieu d'être le privilège des âmes d'élite, elles se répandront au sein des vastes multitudes pour les vivifier et les consoler, et le Dieu inconnu qu'adorait Athènes, et que pressentaient les poètes, sera enfin le Dieu de l'humanité.

M. A. Quantin a commencé la publication d'une collection de petits poètes du dix-huitième siècle, qui formera environ vingt volumes. Il en a déjà paru deux : Piron et Vadé. Je ne sais dans quel ordre les autres suivront, ni quels seront les autres. J'ignore aussi quel accueil a été fait aux deux premiers. Pour ma part, je les trouve tout à fait charmants d'exécution. Le format, heureusement choisi, n'est ni l'indouze un peu maigre, ni l'in-octavo un peu solennel, surtout en pareil cas; c'est un format intermédiaire, facile à manier et cependant de mise dans une bibliothèque. Le papier est fort beau, les caractères très élégants; les portraits de Piron et de Vadé sont bien venus : celui de Vadé ne laisse pas de surprendre quelque peu. On ne s'attendait guère à trouver au poète des Halles et de la foire Saint-Laurent une

figure si fine et si sentimentale. On dirait un Werther. Le masque de Piron est bien conforme à ridée qu'on se fait de celui que Grimm appelait une « machine à saillies » : les lèvres un peu pincées, cependant, et la tenue générale un peu apprêtée; c'est sans doute la faute du poète : il aura voulu poser trop consciencieusement. Les peintres de ce temps, d'ailleurs, étaient sujets à ennoblir. Diderot se plaint quelque part d'avoir été fait trop beau, trop majestueux surtout. Enfin, les eaux-fortes des frontispices sont tout à fait gracieuses. J'avouerai même que je les trouve trop gracieuses pour nos deux poètes.

Pour rien au monde, je ne voudrais décourager l'éditeur au début de son entreprise. Il me semble pourtant que vingt volumes de petits poètes du dixhuitième siècle, c'est un peu beaucoup. On aura quelque peine, je le crains, à former la collection. Tout dépend, après tout, des choix que l'on compte faire et de Fesprit qui présidera à ces choix.

L'essai bibliographique que M. Georges Lecoq a mis à la suite des Poésies de Joseph Vadé nous apprend que les oeuvres de cet auteur, mort en 1757, étaient encore réimprimées en i835 et même en i856. Il était permis de l'ignorer. Dans la collection des Poètes français l, publiée sous la direction de

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