ET DE L'AVENIR DE LA LITTERATURE 10"J
les difficultés de tout genre qui subsistaient encore, elle voulait croire à l'avènement prochain d'un esprit nouveau , qui , après avoir transformé les institutions et les mœurs, transformerait aussi la littérature et la rendrait digne d'un peuple libre, qui sait respecter la liberté. — « L'inquiétude qui nous dévore, disait-elle, finira par un sentiment vif et décidé, dont les grands écrivains doivent se saisir d'avance.
En sommes-nous là? Comme en 1799, la République est le gouvernement du pays : mais qui oserait prétendre qu'elle a triomphé de toutes les résistances? Ses ennemis usent de la liberté qu'elle doit leur laisser, pour lui prédire en face sa mort prochaine et s'en réjouir avec une gaieté plus ou moins bien jouée. Les esprits modérés, désintéressés surtout, qui ne sont pas voués à une attitude inflexible et à des solutions à l'emporte-pièce, accomplissent une tâche rude et souvent bien ingrate, celle de la défendre contre ses ennemis et contre ceux qui se disent ses meilleurs amis. Voilà de bien cruelles et bien dangereuses divisions. Qui ne sait que ce ne sont pas les seules? La question cléricale est venue compliquer une situation déjà bien trouble, et l'on ne sait que trop que les haines où la religion se mêle sont les plus amères et les plus féroces! Je ne veux pas sonder d'autres plaies, s'il en est encore. C'est un inventaire trop douloureux.
2o8 de l'état actuel
La situation politique nous fera mieux comprendre la situation littéraire. Là aussi triomphe la confusion. Chaque parti a ses productions, dont le premier et souvent Tunique mérite est de ne pas ressembler aux productions du parti contraire. Assertions sans preuves, théories sans base, tableaux sans vérité, transformation impudente de l'histoire, peintures fantastiques de la société, outrages au bon sens, à la décence, provocations de tout genre, y compris les provocations au mépris de la loi; on ne recule devant rien. Il y avait autrefois une sorte de conscience littéraire publique qui arrêtait net les spéculateurs d scandale et les charlatans qui abusent de la crédulité humaine. Il n'y en a plus, ou plutôt il y en a trois ou quatre qui se déclarent infaillibles avec d'autant plus d'assurance que la concurrence en fait autant de son côté. Un petit nombre d'écrivains honnêtes, sérieux (et ils diminuent tous les jours) résiste encore à ces entraînements plus puissants qu'on ne croit, Car, après tout, il n'est pas un auteur qui n'ambitionne le succès, et le succès, ce sont les violents et les tapageurs qui l'obtiennent. — Les faibles sont tentés ; un public restreint et modéré ne leur suffit plus. — Pourquoi eux aussi ne feraient-ils pas du bruit? Il n'y a que les pédants qui n'ont jamais pu se faire lire, pour prétendre qu'un bon ouvrage ne doit pas avoir de