‹ Poètes et poésiesChapitre 19 sur 45 · ET DE ^AVENIR DE LA LITTÉRATURE · texte numérisé non relu

ET DE ^AVENIR DE LA LITTÉRATURE

débit, comme un professeur qui se respecte ne doit pas avoir d'auditeurs.

Au-dessus de ces manifestations incohérentes et désordonnées, on voit poindre cependant une tendance commune, et c'est de là, je l'espère, que nous viendra le salut. Si opposées que soient les œuvres et les théories, elles s'accordent en un point. Les auteurs cherchent à plaire au souverain. Le souverain, c'est le peuple, c'est cette foule énorme aujourd'hui et si peu nombreuse il y a cent ans, qui sait lire et qui a quelques instants à donner à la dégustation rapide des produits qu'on lui accommode. L'art de ses fournisseurs, c'est de deviner son goût, le goût du moment, et de la servir en conséquence. C'est une véritable tristesse que de voir comme on la juge, quelle idée on se fait de ses besoins intellectuels et moraux, quelle pâture on lui propose. — C'est ce qu'elle réclame, disent les fabricants de ces produits malsains. — Rien n'est moins prouvé. Un affamé se jette sur le premier mets qu'on lui présente; celui que la soif brûle s'allonge à la première mare qu'il rencontre. Ce qui est insupportable, c'est le ton d'oracle, de prophète que prennent certains de ces révélateurs d'un art nouveau. Au dix-huitième siècle, on était plus modeste et plus amusant. Les polissonneries ne déplaisaient pas, mais à condition qu'elles fussent assaisonnées de verve et

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d'esprit. Il le fallait d'abord, car le public qui s'en égayait portait dans la corruption une certaine élégance et n'eût pas toléré les crudités ignobles. Il n'y avait là nulle hypocrisie de sa part. Le goût public imposait tout simplement aux auteurs certaines limites que personne ne voulait voir franchir. Aujourd'hui, l'on est d'un sérieux qui ferait frémir, s'il ne faisait rire. Depuis la destruction des genres et des règles propres à chaque genre, on essaye de remplacer le genre par la doctrine, et la doctrine, on va l'emprunter à la science qui fait le plus de bruit en ce moment, la physiologie. Le brave lecteur, que ce fatras d'érudition équivoque et confuse trouble quelque peu, se reproche de bâiller ou d'avoir des nausées. Il se proposait bonnement de lire un roman, d'assister à la représentation d'une pièce. Sous prétexte de lui démontrer quelque chose, on lui montre des choses très i malpropres. La théorie qui est censée soutenir tout i cela, il ne s'en soucie guère; son gros bon sens lui dit t que ce sont là des recherches de laboratoire, et, s'il à est quelque peu au courant des travaux de ceux qui y se sont élancés, avec plus d'impétuosité que de mé- » thode, sur les pas de Darwin, il conclut qu'on ne lui i r< a rien démontré et que la littérature n'est pas faite r pour parodier la physiologie. Des théories ! Cela porte | malheur. L'abbé d'Aubignac était l'homme le plus

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