PLUTARQUE
Ainsi qu'un moissonneur s'en va, tête penchée,
Sur la nuque portant une gerbe fauchée
Dont un lien rapide a serré le contour,
Le soir est proche, dur fut le labeur du jour,
Et, mal assujetti, le fardeau vert menace;
On voit se détacher et glisser sur sa trace,
Ici la folle avoine, ou le pavot pourpré,
Ou le bluet d'azur, ou le froment doré,
Et la fleur parasite, et la plante féconde ;
Tel est Plutarque : il va, répandant par le monde
Les fleurs de poésie et les parfums divins
Que prodiguaient jadis vos opulentes mains,
3 poètes, charmeurs des peuples de l'Hellade,
Quand la Muse chantait, quand dansait la Ménade,
Quand Part vainqueur faisait sur des milliers d'amants
Rayonner sa splendeur et ses enchantementst
De ces débris sacrés tout couvert il chemine,
Et son texte soudain s'échauffe et s'illumine,
Juand Sapho la brûlante, ou Pindare au fier vol,
arrachant le rhéteur aux ornières du sol,
iS
Jettent, semeurs divins, dans sa prose insipide Le vers étincelant dans un rhythme splendide!
Dans ce monde romain d'un si grossier esprit, Quand la fleur de l'art pur se dessèche et périt, Quand l'Orient, ses dieux et ses prêtres infâmes De rêves sensuels empoisonnent les âmes Et d'une vapeur lourde assiègent les cerveaux, Lui, refusant son cœur à tous ces dieux nouveaux, Cherche, à travers la nuit énervante et malsaine, Et l'antique idéal et la beauté sereine.
Il confond çà et là, car son goût n'est pas sûr, Le plomb vil et le cuivre avec l'or le plus pur ; Il a de fiers élans; mais sa chute est soudaine Quand il quitte la main du guide qui le mène; Son langage, d'accent énergique et viril, Parfois est radotage, et parfois est babil ; Mais, desservant pieux des antiques idoles, Son livre est rayonnant de mythes, de symboles; La fiction usée à ses yeux rit toujours; Il la recueille, il en émaille son discours; Sur la vieille légende il se jette avec joie, Et toujours le passé si chéri lui renvoie, D'un lointain vaporeux qui se perd dans la nuit, La sentence au trait d'or, l'image qui reluit,
les fiers souvenirs, et les leçons viriles ai font les Miltiade et font les Thermopyles.
ns les jours solennels, sous un ciel radieux, îand le cortège saint vers les temples des dieux lait, et déroulait les splendeurs de la fête, >ble et grave un vieillard s'avançait à la tête; rrière se pressaient les vierges, les enfants, argés de rameaux verts, dans leurs vêtements blancs, pied de la colline au seuil des saints portiques s assistants faisaient monter les chants antiques : vieillard entonnait l'hymne de cité, ymne que les aïeux vainqueurs avaient chanté, 1 vibrait d'âge en âge, écho toujours sonore, s la voix d'un enfant, balbutiante encore, )était le refrain de l'hymne triomphant : tarque est le vieillard et Plutarque est l'enfant.
Quand Ulysse revit son île bien-aimée, Quand du toit paternel la légère fumée
Apparut à ses yeux, La guerre et ses périls, la mer et ses naufrages. Et ses amis, qui, las de ces trop longs voyages,
Dormaient sous d'autres deux,
Ulysse oublia tout. La terre nourricière Fait les pas plus légers et Pâme plus légère
A celui qui revient :
Qui de nous, embrassant ceux qui vivent encore, Des pauvres endormis que la terre dévore S'informe ou se souvient?