SOUVENIR DE POITIERS
Ce n'est pas Ares l'homicide, Ni Je trident de Poséidon, Ni Je trait d'or au vol rapide Que lance la sœur d'Apollon :
C'est l'affreux climat du Picton, Qui m'a mis dans la terre humide.
Si j'avais, ô fortune, en vain toujours cherchée, Au bord d'un lac, au pied de quelque coteau frais, Une maison, parmi l'ombre et les fleurs cachée, Retraite pour l'amour, et l'étude et la paix :
Ah ! j'y renfermerais et mon âme et ma vie, Et, comme le marin que le flot a vieilli Cherche l'abri d'un toit pour sa tête blanchie, Tu trouverais enfin, mon cœur, le doux oubli.
Dans le tumulte vain où le monde s'agite, L'angoisse et les soucis, jeune, m'ont éprouvé ; Plaisirs des premiers ans, vous avez fui bien vite ! Le rêve commencé n'est jamais achevé.
Qu'importe, il est encor dans ce chemin si raide Quelques tardives fleurs que peut cueillir la main; L'été déjà n'est plus, l'automne lui succède: Une lueur plus douce éclaire mon chemin.
Il est au fond des bois de paisibles retraites; Lorsque tombe la fleur, on voit poindre le fruit; Sous les nuages noirs qui passent sur nos têtes On voit scintiller l'astre et resplendir la nuit.
2 36 VERS d'amour
Ainsi les cœurs profonds qu'a blessés la souffrance, Cachant dans des replis à tous les yeux fermés Ta flamme impérissable, ô divine espérance, En versent les rayons sur des êtres aimés.
Oui, dans ce doux asile auquel mon âme aspire, Où je nous vois tous deux, après les jours mauvais, Ce que j'enferme en moi je pourrais te le dire : Ce bonheur tant cherché, tu mêle donnerais.