A UNE VOIX DE FEMME
Ce monde intérieur de vagues rêveries, Plein de rieurs, d'oasis et de fraîches prairies, Cet asile où le cœur, fatigué de souffrir, Se replie, oubliant le poids de ses misères, Et suit dans leur essor les riantes chimères, Toi seule peux l'ouvrir!
A ta voix qui pénètre au fond du sanctuaire, Soudain vont s'éveillant, troupe jeune et légère, Souvenirs, visions au vol harmonieux, Qui, dans l'éther divin tournoyant en cadence,
Entraînent dans leur danse L'âme qui les vit naître et les suit dans les cieux.
jS'il n'est rien d'inutile, et si dans toute chose
Près de l'effet qu'on voit Dieu place aussi la cause,
Mystère que l'esprit se fatigue à sonder ;
Si le flot tour à tour s'élève et puis retombe ;
Si la fleur sans culture éclose sur la tombe
S'enfonce au sein des morts pour mieux s'y féconder ;
Si les bois au réveil de l'aube printanière Remplissent de parfums, de chants et de lumière, it dans les soirs d'hiver pleurent silencieux ; >i l'espoir et l'amour, fleurs des jeunes années, iur le front des vieillards pendent toutes fanées ; i chaque heure qui sonne est l'heure des adieux ;
i devant le soleil le nuage se place, fêlas ! et si l'oubli dans le cœur qui se glace teint et nos bonheurs et nos deuils à la fois; i letorrent qui gronde et le vent qui soupire, t le cœur désolé que la douleur déchire, our celui qui comprend ont d'éloquentes voix;
Le poète est l'écho de la nature entière,
L'hôte du ciel, chantant, perdu sur cette terre,
Ce que voit le regard, ce que rêve le cœur.
Il vous entend, ô vous, secrètes harmonies,
Qui du monde réel aux sphères infinies
De mille bruits divers ne formez qu'un seul chœur.
Dans les bouges sans nom où les pâles bohèmes,
Attablés chaque soir, Daubent sur le bourgeois et s'allongent eux-mêmes
De grands coups d'encensoir,
Polycarpe disait : « Infection publique !
On ne fait rien pour Part !
^oyez ! Murger est mort, épuisé, famélique,
Hâve comme Schaunard.
ït Rodolphe, et Marcel, cœurs grands comme le monde,
Notre plus cher trésor, ls traînent au soleil une indigence immonde....
Sardou roule sur Tor.
) pitié ! pour charmer la vieille Académie,
Gautier ne suffit point !
/lais les vers de ...., où fleurit l'anémie,
Obtiennent un bon point.
^a musique d' exerce sur les âmes
D'épais enchantements,
Et .... ravit le cœur des femmes Par ses empâtements.
L'homicide .... distille en sa Revue
L'ennui payé fort cher, Et Veuillot fait crier à la dévote émue:
Le Verbe s'est fait chair !
Partout l'officiel tarit la source vive,
Brise le libre vol.
Veux-tu que ton Pégase aux couronnes arrive,
Mets-lui vite un licol.
Revolez vers le ciel, divine poésie,
Musique aux chants vainqueurs,
Sculpture aux mains de feu, splendide fantaisie Des pinceaux créateurs !
Fortune, honneurs, rayons sublimes de la gloire,
Tout nous est interdit !
Artiste méconnu, reste dans la nuit noire,
Courbe ton front maudit !
Encor, si l'on sentait passer sur son front blême
Un souffle de pitié!
Si quelque voix de femme osait dire : Je t'aime!
A ce déshérité !
Mais notre mise inculte effarouche cet ange, Profond calculateur,
Et qui rêve, guignant de l'œil l'agent de change, Des titres au porteur.
Perdus dans le ciel d'or des tendres rêveries,
Nous retombons, hélas !
Sur ces êtres sans nom, qui, dans les brasseries,
Débitent leurs appas.
Seigneur, qui relevez le brin d'herbe qui ploie
Et les fronts prosternés, Si jamais sur nos fronts ne doit fleurir la joie,
Pourquoi sommes-nous nés ? »
Ainsi dit Polycarpe, et sa voix rauque et lourde
Finit presqu'en sanglot, Et l'on sentit courir une adhésion sourde
Dans tout le caboulot.
Et Musette, essuyant une larme indiscrète,
Entrevit vaguement Dans des lointains perdus la pâle silhouette
De son premier amant.
Et les rapins émus, courbant leurs blondes têtes,
Se mirent à penser
Et Polycarpe dit : « O tas de triples bêtes,
Je vous ai fait poser ! »
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