A CELLE QUI ALLAIT ENTRER AU COUVENT
Non ! vous n'entendrez plus ces voix, ces voix humaines, 3ui, vers vous s'élevant, de larmes toutes pleines, Frappent sur votre cœur de si terribles coups! 3n ne vous dira plus, enfant, que l'on vous aime, ^ue vous emporterez, hélas! avec vous-même Une part de chacun de nous.
Dn ne vous dira plus que dans ce triste monde, Jue vous envisagez d'une pitié profonde, 1 est encor des cœurs où pouvaient s'épancher, Vvec les pleurs, hélas! qui mouillent vos paupières, jes chagrins ignorés et les peines amères Que votre âme veut nous cacher.
)n ne vous dira plus que Dieu, dans sa clémence, Ait l'amour dans le monde ainsi qu'un phare immense Jui des maux d'ici-bas perce la sombre nuit ; Ju'il a fait de la femme une épouse, une mère, lt qu'il n'a point béni la vertu solitaire Qui craint la lutte et qui la fuit.
O jeunesse! ignorance, ivresse, espoir facile! Pleurs d'amour, jours fleuris et rayonnantes nuits, Rire, gaieté, pour moi rayons évanouis!
Aux caresses du vent le feuillage docile S'agite et se balance avec de charmants bruits : Le tronc reste immobile
Lorsque, las des dégoûts dont l'existence est pleine, Fe cherche le rayon d'en haut, le pur rayon, Ze n'est ni l'Esprit-Saint, ni la science vaine, Ni le Dieu des chrétiens, ni le Dieu de Zenon Qui font descendre en moi l'oubli, la paix sereine.
Le Dieu consolateur, les prêtres l'ont détruit. La science, en son vol impatient, s'égare. A. peine une lueur glissait dans notre nuit, Sur les pas de Darwin une troupe barbare S'élançant, a semé l'ignorance et la nuit.
0 Muse ! c'est vers toi que je me réfugie! Je n'ai plus ni l'essor confiant d'autrefois, Ni les transports subits, ni la jeune énergie, Ni le chant qui jaillit à l'appel de ta voix : Je ne suis qu'un vaincu du combat de la vie,
Mais je t'aime. .
te*»
Dans cette vie où je ne durai guère, Je n'ai connu que tristesse et qu'ennuis, Goutte de miel dans une coupe amère, Plaisirs d'un jour, au soir évanouis.
Fausses amours, cruelle tromperie, Rêves sans but et labeur sans espoir, Long deuil du cœur sur vous, ô ma patrie î Départ d'amis qu'on ne doit plus revoir : Voilà les biens offerts à mon envie Dans cette vie.
Ce beau voyage aux pays inconnus Où s'élançait ma crédule jeunesse, C'est le désert aux champs âpres et nus, Horizons noirs, terre de sécheresse.
J'ai sur un sable agité par le vent Planté ma tente, asile sans ombrage, Qui, balayé par les fils de l'orage, M'emporte aussi vers le soleil couchant; Et je termine ici bien avant l'âge Ce beau voyage!
J'ai passé par plus (Tune épreuve Où de plus grands se sont brisés; Je porte dans mon âme veuve Bien des deuils que moi seul je sais.
L'illusion, voix mensongère, Jamais de ses chants n'a bercé Mon cœur, où la joie est amère Et le désir inexaucé.
Une lassitude mortelle
Jeune encor m'incline au tombeau;
J'entends comme un battement d'aile-
La grande en'dormeuse m'appelle :
Comme au vent cède le roseau, Indifférent, je vais vers elle.
Eh bien, qu'attends-tu donc pour achever ta tâche ? Pourquoi ce front qui penche et cette oisive main ? Ouvrier, ouvrier, es-tu sûr de demain ? Demain, c'est Finconnu, le soleil qui se cache, La grande ombre du soir qui ferme le chemin.
— Qui me parle? Est-ce toi, mon démon, mon génir?
On est près de sa fin quand on entend ta voix.
Tu disais à Socrate : Espère une autre vie !
Tu disais : Désespère et meurs! à Richard trois:
Tu disais à Brutus : Meurs avec la patrie!
Et moi
lomme un enfant que parmi la souffrance
^.vant le temps sa mère rejeta,
?raîne au soleil sa débile existence
}u& de la mort l'ombre gagne déjà,
dnsi jadis tu naquis dans la rue,
rrop tôt, hélas ! et dans un jour de deuil,
) République! et, bientôt disparue.
)e ton berceau l'on te fit un cercueil.
Ju'il était beau cependant ton visage ! Quelle douceur sur ton front triomphant ! f tu serrais au milieu de l'orage rainqueurs, vaincus, entre tes bras d'enfant, les souvenirs de gloire et de clémence, rainqueurs du jour, maudissez-les bien haut; ! otre triomphe oublia la vengeance, otre victoire est sœur de Péchafaud.
u n'étais plus qu'une ombre, une incertaine imag( ; a divine beauté se voilait d'un nuage; haque jour tu semblais revoler vers lescieux; t nous t'aimions toujours, et d'un effort suprême,
Comme l'homme qui va perdre tout ce qu'il aime, Nous te serrions encor sur nos cœurs soucieux.
Maintenant au tombeau te voilà descendue ! Mais en vain dans la terre ils t'auront étendue ; En vain le froid oubli, précurseur de la mort, Eteindra dans les cœurs ton nom, chère relique! Nous aurons, pour faimer, ô pauvre République! Des cœurs plus aguerris, un dévoûment plus fort!