‹ Poètes grecs contemporainsChapitre 10 sur 27 · LE POETE · texte numérisé non relu

LE POETE

Voyez-vous celui-là, les sourcils relevés, — le front plissé, les yeux crejix ? Attention, c*est un poète! — Janissaire des poètes! Il saisit ses armes et sera un satirique. — Sa plume est une foudre dans sa main. — Tout le monde s'en ira au diable à son premier signal.

La marche de ses vers a trébuché. — Attendez un moment. — Le voyez-vous ? Il s'irrite, il s'impatiente, — il enfonce sa plume à chaque instant dans l'encrier, — il mesure ses mètres sur ses doigts, — il change de cahier, il essuie son front plein de sueur, — il repousse son encrier ; — avec ses mots biffés il dessine des fleurs. — La rime lui échappe, il la cherche dans des dictionnaires amis ; — il souffle, il siffle, il se gratte, il efface ; — il écrit, efface de nouveau, récrit. — Oh ! quels malheurs poétiques ! Mais le voilà, — il est inspiré !

— Voyez-le, les yeux abaissés, — riant, — sa plume court, sa muse enfante... — C'est fait! Il cherche des auditeurs. Maintenant, — allons-nousen vite ! il va nous attraper. — Laisse-nous, ô poète, laisse-nous. — Le nouveau-né est charmant, mais épargne nos oreilles !

Tantalidès avait un sentiment religieux profond, qu'il a souvent exprimé dans ses

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vers. Le patriotisme a aussi trouvé moyen parfois de s'exhaler de son cœur dans de petits poèmes comme le suivant, extrait d'un recueil qu'il a composé pour les enfants.

C'est sa dernière production :

Sur son navire^ dans les voyages lointaino, — le petit matelot s'en va ; — au milieu des imir. ensilés de la mer — il passe son enfance.

Le vent du nord ne l'effraie pas, — ni le traître vent du sud, — ni la neige, ni la grêle, — ni les vagues immenses.

A la besogne matin et soir, — il se nourrit de biscuit sec — et boit de Peau corrompue.

Rapide comme un petit aigle, — il grimpe sur les vergues. — De ses mains durcies par le travail — il houe et délie les cordes.

Dans l'effroi du danger, — il n'a pour le garder — que l'amour et la bénédiction — de sa mère absente ;

De sa mère qui espère toujours — le voir devenir un héros — et mériter le nom du jeune Kamaris — dans Psara l'immortelle.

Revenons maintenant à l'Ecole de Constantinople, réfugiée en Grèce, dans la patrie délivrée.

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