‹ Poètes grecs contemporainsChapitre 17 sur 27 · MA MONTRE · texte numérisé non relu

MA MONTRE

La nuit était parfumée. — Mon ami Philippe et moi, — couchés dans notre voiture, — nous allions — sans souci .

Et je regardais la lune — qui montait lentement, si belle — derrière les arbres.

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Les arbres passaient Pun après l'autre ; — ils me semblaient — autant de démons dansant — dans le feu.

Que la nuit est douce ! — Arrête, cocher ; — ne presse pas tant — tes chevaux.

A quelle fête allais-je me trouver ?— Je ne pensais point— à ce qui m'attendait — au passage du pont.

Je n'eus pas le temps — de faire le signe de la croix, que voilà — la pointe d'un poignard — sur ma gorge.

On autre brigand à côté, — la main sur la détente, — appuie sur ma poitrine — son fusil.

Puissé-je ne jamais — m'être trouvé sur votre chemin ! — Que voulez-vous de moi ! — Prenez tout.

Us relèvent leurs armes, — les brigands ! — Vers ma bourse — ils étendent les mains.

Ils ne Pont point trouvée pleine — ni bien garnie, ^ Bourse de poète, — que le diable l'emporte !

D'autres sont gâtés par la fortune. — Mes trésors \i moi — c'est la vie de mon enfant — et quelques vers.

Mais si l'argent me manquait, — j'avais autre chose. — Ma pauvre petite montre, — quel chemin as-tu pris ?

S'il n'avait écrit que ces petites pièces.

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ÉCOLE D'ATHÈNES i83

Zalocostas appartiendrait à un groupe de poètes dont nous parlerons plus tard, et qui sont toujours restés fidèles à la langue populaire et nationale. Mais, par ses poèmes de longue haleine, il doit être classé dans Pécole d'Athènes, dont il est un des membres les plus admirés.

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Parmi les rivaux de Zalocostas, le plus redoutable, celui avec lequel il eut à se mesurer le plus souvent dans la lutte pour la couronne poétique, fut M. Théodore .Orphanidès, professeur de botanique à rUniversité d'Athènes, qui remporta trois fois le prix du concours.

Deux de ses poèmes couronnés, tous deux écrits en hexamètres, Chio asservie et le Donjon de Pétra, sont composés sur des sujets tirés de l'histoire de Tétablisse-

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ECOLE D'ATHENES i85

ment des Francs en Grèce durant le moyen âge.

Dans un autre poème lyrico-épique en quatre chants, Saint Minas y écrit en vers à la manière moderne, il a traité un épisode du massacre de Chios en 1821. Ce poème, soumis au concours de l'année iSSg, ayant été écarté en faveur d'une production oubliée depuis, Qrphanidès, emporté par une violente indignation, attaqua le jugement rendu contre lui dans une polémique irritée et amère, laquelle imprimée à la suite du poème, forme plus de la moitié du volume.

Le talent de M. Orphanidès est pardessus tout satirique : la satire est le premier genre dans lequel il a fait ses débuts littéraires, marchant sur les traces d'Alexandre Soutzo. Le troisième de ses poèmes couronnés, le Tiri-liriy est aussi une satire très spirituelle^ quoiqu'on puisse lui faire le re-

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i86 POÈTES GRECS CONTEMPORAINS

proche d'être un peu trop longue. Dans ses poèmes sérieux, il y a de très beaux passages poétiques et la preuve d'une imagination vive et féconde. Mais on y chercherait en vain cette spontanéité du sentiment, cette forte originalité de la pensée, cette couleur locale enfin, qui assurent une longue renommée aux productions de la poésie.

Malgré la beauté des vers et l'art de la composition, on y sent cette odeur de lampe que le goût délicat des anciens reprochait parfois même à leurs meilleurs écrivains. On y sent un peu aussi l'inspiration étrangère, surtout celle de lord Byron, ce dont M. Orphanidès se défend à peine, lorsqu'il écrit dans son appendice au poème de Saint Minas (p. i86) que ce poème « appartient à l'école byronienne » .

Nous ne pouvons mieux résumer notre pensée à cet égard qu'en citant les quelques lignes par lesquelles M. Eugène YéméniiJ

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finit son étude sur notre poète dans son livre : la Grèce moderne , héros et poètes 1.

« M. Orphanîdès, dit-il, sous une forme empreinte d'une pureté antique, tend, par un singulier contraste, à s'éloigner des vieil* les traditions ; il s'efforce de donner un tour plus moderne à sa pensée. Il introduit quelques passions nouvelles dans l'action de son drame.» M. Yéméniz ajoute:

« Cette tendance à Timitation moderne peut-elle exercer une heureuse influence sur le progrès des lettres grecques ? »

Nous avons quelque peine à l'admettre, et ilous Croyons que la plupart des Grecs éclairés sont de cet avis . Au surplus, cette tendance à l'imitation du moderne occidental, qui est, comme nous allons le voir encore, le trait dominant de l'école d'Athè-

1» PaHs, Michel Lévy 1862, p. 260*

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nés, n'a point réussi à jeter des racines sur le sol grec. La poésie doit retourner à sa source véritable, « Tinspiration populaire », qui a su conserver Tempreinte du génie antique, forte et simple. Cette poésie, dans son développement naturel et libre, est plus grecque, sous une forme moins entravée par des préoccupations de syntaxe et de vocabulaire, que la poésie galvanisée, importée, à laquelle on n'a pu donner une vie réelle.

Démétrius Paparigopoulos et Spiridion Basiliadès, poètes l'un et l'autre, sont morts, le premier en 1873, et le second en 1874, à peine âgés de trente ans, et avant d'avoir pu donner toute la mesure de leur valeur.

Appartenant tous deux à la jeune génération grecque, pour laquelle la grande épopée de la Révolution n'est plus qu'une tradition, n'ayant jamais porté la fustanelle, ils ont vécu et ils se sont formés dans une

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atmosphère tout autre que leurs devanciers.

Ils n'ont point eu, comme eux, à aller chercher l'instruction en pays étrangers.

Après avoir achevé leurs études classiques dans les gymnases de leur patrie, ils ont fait leur droit dans cette Université d'Athènes qui, à la fois, développait leurs connaissances et façonnait leurs aptitudes poétiques. Ils sont, pour ainsi dire, le produit direct de cette Université et de l'école poétique formée sous son influence.

Notre jugement sur Paparigopoulos et sur Basiliadès n'ira point jusqu'à l'enthousiasme de leurs jeunes camarades, qui, devançant le jugement de la postérité, se sont un peu trop hâtés d'amasser des lauriers sur leurs tombes. Mais la popularité qui entoure la mémoire des deux poètes, et leur mérite lui-même, nous autorisent à les prendre comme types et comme modèles de cette école d'Athènes qui nous occupe.

Démétrius Paparigopoulos, fils de réminent historien de ce nom, s*est présenté quatre fois de suite aux concours poétiques.

Même lorsqu'il n*a pu remporter le premier prix, ses compositions ont toujours été remarquées et récompensées par des mentions honorables et flatteuses.

Ses poésies lyriques et élégiaques ne sont pas sans charme. Ce qui les distingue^ c^est une mélancolie profonde à laquelle là

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mort du poète ajoute maintenant un attrait rétrospectif.

Voici deux pièces dont la traduction ne donne que les strophes intéressantes et nécessaires au développement de la pensée :

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