A UN ENFANT
Qu'il serait beau de mourir avec la jeunesse, — tandis que brille encore — le ciel du printemps clair et limpide, — et que Tillusion recouvre toutes choses — de son manteau enchanté.
Il est beau le paradis, avant que n'y pénètre — le serpent au lendemain du premier jour, — pour abreuver l'humanité de son poison amer. — Les feux de midi absorbent la fraîche rosée du matin.
Alors un regard de celle qu'on aime et un ami fidèle suffisent ; — l'ambition n'a pas encore fait entendre sa voix ; elle se contente du présent. — Plus tard, l'immense scène de l'univers — ne suffit plus à l'homme, qui l'embrasse tout entière de son regard.
Oui, c'est alors que la mort s'approchant avec douceur, — tandis que la pensée se meut encore dans une extase pure, — aurait dû éteindre à la fois la vie et le sourire, — livrant l'âme à l'immortalité.
Elle est longue, la vie, trop longue. Au calme — succèdent les noires tempêtes, — et nous oublions que nous avons eu une aurore, — et que des esj>é rances caressaient alors notre vie. — Elle est longue, la vie, trop longue, — et le Temps, en défleurissant le cœur, — défleurit jusqu'à l'âme.
vGooQle
Pourquoi un printemps sans fleurs durerait-il? — Pourquoi le chant continûerait-il à retentir après qu'il est devenu triste ? — Pourquoi la rose resterait-elle sur sa tige lorsqu'elle est pâlie et fanée ?
Ah ! tout est misère. La fleur se flétrit, — Touragan lance de loin sa menace sur le calme, — rhiver s'avance irrésistible à la suite du printemps, — la vieillesse et le désespoir poursuivent la destinée de l'enfant.
Tout cela est poétique, mais semble bien plutôt conçu dans les brumes du Nord que sous le ciel limpide de la Grèce. Là aussi on paye son tribut au malheur et à la mort, mais la tristesse y a d'autres accents, tels que nous les avons trouvés dans Solomos, tels qu'on les retrouve dans la poésie populaire. Est-ce un poète grec qui chante?
N'est-ce pas plutôt un disciple de Byron ou d'Alfred de Musset ? Dans ces vers souvent remarquables, quelquefois très beaux, la Grèce nç se reflète et nç se reconnaît pas,
vGooQle
On est tenté de faire le même reproche aux pièces dîaloguées, soit en vers, soit en prose, que le poète a laissées sous le titre de Caractères; elles rappellent beaucoup les scènes et les proverbes de notre jeune littérature française. Les personnages ont des noms grecs, il est vrai ; mais ces noms prennent un air classique singulièrement vieilli lorsqu'on les mêle à la dernière actualité. Ainsi, il y a un Chariclès et un Néandre dans le Mariage par contradiction-, il y a un Platon dans les Neuf dixièmes des malheureux. Or ces personnages, malgré leurs noms, ne nous paraissent ni des Grecs anciens ni des Grecs modernes. Lorsque, dans leurs discours traduits, ils parlent français, rien d'étranger ne se découvre, ni dans leur manière de penser, ni dans leur façon d'agir.
Si donc nous apprécions Paparîgopoulos sans tenir compte de sa nationalité, nous
vGooQle
trouvons dans ses œuvres beaucoup de charme, beaucoup de sentiment, beaucoup d'esprit ; mais plus notre jugement contient de louanges au point de vue de la littérature française, plus il contient de réserves au point de vue de la littérature grecque.
vGooQle
Basiliadès n'a pas échappé, lui non plus, à cette influence étrangère. C'est un poète plein de fougue, mais qui, trop souvent, manque de frein. Les pensées se pressent sous sa plume avec une surabondance qui explique ce qu'on y trouve parfois de confus. La pièce suivante, dégagée de la moitié des strophes qui la composent, donnera une idée de sa manière lyrique.
C'est une protestation ardente et irritée
vGooQle
igS POÈTES GRECS CONTEMPORAINS
contre les dures exigences de la vie. Il faut savoir que Basiliadès et Paparigopoulos, après avoir fait leur droit à l'Université, se vouèrent tous les deux à la carrière d'avocat. Il ne manque pas d'avocats à Athènes, et la concurrence du métier permettait, paraît-il, de nombreux loisirs aux deux poètes grecs.