LE PRINTEMPS
Le charmant printemps, — couronné de roseS) — jette un regard d*amouf sur la terre, — et la terre se revêt de gazon, — ses bois s'ombragent, les neiges glacées se fondent, -* les petites fleurs s'épanouissent — ôt colorent les coteaUli — couverts de rosée matinale. — Sur le rosier épineux — chante doucement le rossignol, — et Thirondelle vétiùe de l'étranger — rejoint son nid. — Dans les prés verdoyants — les troupeaux ramenés — bêlent et gambadent} — et le jeune berger joyeux —avec sort chalumeau — remplit l'air dô l'écho de ses chants. — Toutes lès créatures se réjouissent et fêtent lé printemps. — T^hyrsis ' seul est triste — dans là Joie universelle. — Oh ! belle Daphné appairaîs, — émbellià le pi^intémps de ta présence; — alors Thyrsis sera — lé plus heureux de tous»
Ôh sent, mênie dans la traduction, la mélodie rythmique, lé charme du style qui, dans Toriginal^ rehaussent la valeur poé* tique de ces petites pièces; Vilaras était uti
vGooQle
26o POETES GRECS CONTEMPORAINS
maître dans la facture du vers; il en a donné la preuve dans les pièces du genre de celle qui précède et dans ses poésies satiriques. On a de lui une version de la Batracomyomachie, laquelle est un petit chef-d'œuvre.
Il est curieux que ce poème, attribué à Homère, ait été plusieurs fois traduit en grec moderne. L'une de ces traductions remonte au xvi® siècle. La comparaison de ces différentes interprétations serait intéressante pour ceux qui s'occupent de la langue vulgaire.
Citons le morceau humoristique suivant
de Vilaras :
Dis-moi, Moco, je t'en supplie, — comment sen5tu ton être ? — Comme quelque chose de vivant, — ou comme un produit artificiel ? — J'aurais bien voulu le savoir, — mais comment m'y prendre ? — Aide-moi ; voyons. — Je suis un ami, dis-moi : — Serais-tu une pierre? Mais tu te meus. — Un arbre ? Mais tu te démènes. — Un oiseau ? Tu volerais. — Un singe ? Tu ne parlerais pas. — Un
vGoOQle
poisson ? Tu nagerais. — Un quadrupède ? Mais tu marches tout droit. — Un métal ? Mais tu ne vaux rien. — Non, tu ne ressembles à rien — — et tu as quelque chose de tout. — Dis-moi, Moco, dis-moi, serais-tu... — Attends, attends!... Tu manges, tu cries, — tu dors, tu bois ; plus de doute ; — tu es une bête ! J'ai trouvé ! Mais quelle bête ? — Il suffit que tu en sois une ; — laquelle, peu importe.
Une dernière citation, qui est une fable véritablement originale.
Dans le temps jadis se mirent d'accord — l*Honheur» le Feu et l'Eau —pour aller de compagnie — chercher une aventure.
Chemin faisant ils se demandent l'un à l'autre ! •— Si nous nous égarions, —comment nous retrouverions-nous ?
a Si vous mô perdiez de vue, dit le Feu — jetez Vos regards autour de vous ; — où vous verrez de la fumée — venez et vous me trouverez.
» — Et moi, fit l'Eau, — je me retrouve aisément ; — où le vallon est verdoyant, — c^est là que je me cache.
» — Et toi ? dirent-ils tous deux à l'Honneur. — Nous t'avons indiqué — où tu pourrais nous retrouver ; — dis-nous à ton tour où tu serais.
» — Moi, répond l'Honneur, — l'avis que j'ai à
vGoOQle
262 POÈTES|GRECS;GONTEMPORAINS
vous donner, — c'est de bien veiller — et ne point me perdre de vue.
» Si je vous échappe une fois, — si vous ne me retenez point, — vous me chercherez en vain après. — Honneur perdu ne se retrouve pas ! »
Vilaras, quoique très érudit, n'a point écrit dans la langue classique, mais dans la langue vulgaire, celle qu'on parlait autour de lui. Non content de l'employer en poésie j il osa s*en servir pour la prose.
Poussant jusqu'à ses eltrêtnes limites l'amour du vulgarisme, il ne recula point devant la suppression de Torthographe, prétendant par là faciliter l'usage pratique de la langue. Pour donner la preuve que sa méthode n'était pas née de son ignorance du grec ancien, il traduisit d'après elle le Criton de Platon.
Mais son système phonétique, — par lequel il devançait les tentatives analogues faites depuis en plusieurs pays, — n'a pas eu plus de succès pour la langue grecque
vGooQle
que pour les autres. Vilaras d'ailleurs ne s'entêta point. Ce fut un caprice passager dont il ne resta que cette traduction du Criton^ et quelques pages d'une prose pleine de verve où il ne ménageait point le pédantisme de son époque.
Vilaras est mort dans son pays, en 1823, à l'âge de cinquante ans, avant d'avoir vu triompher la révolution, mais après avoir entendu Fécho des premières victoires de la liberté qui parvint alors jusque dans les* montagnes de son Épire.
vGooQle
Tandis que Vilaras s'éteignait en Épire, le jeune SpiridionTrîcoupis,cle Missolonghi, étudiant alors à Paris, publiait, en 1821^ à la librairie Firmin-Didot, un poème où dans la même langue que lui, mais avec des accents plus mâles, il glorifiait les combats, mais pas encore ceux qui ont pour but la liberté.
Ce n'est pas pour la patrie que meurt son héros. Seul, avec son frère d'armes, Dimos s'est vaillamment battu contre dix adversai-
vGooQle
res pour arracher Photo, sa belle fiancée, aux mains de ses ravisseurs. Il tombe percé de balles. On rapporte son cadavre à son vieux père qui jure de levenger.Ce père tiendra son serment, on n'en peut douter. Il y a dans la douleur du vieillard et dans les regrets des jeunes camarades de Dimos une colère virile qui devait éclater contre d'autres ennemis, pour une cause plus grande.
Ce ne sont pas des mirologues de femmes qui retentissent autour du corps inanimé de Dimos :
«Jeunes Kleph tes, ceints d'une épée libre,— pleurez Dimos, pleurez notre jeune palikare... — Ses pensées, ses actions, ses paroles — n'étaient qu'exploits de Klephte, qu'épées, poudre et balles. — Il apprenait des vieillards comment on attaque Tennemi, — comment on s'élance pendant la nuit sur ses campements. — Sa mère n'a point bercé son enfance de contes ; - -elle enflammait son jeune cœur en lui récitant les cLants de nos héros. »
Un autre Klephte prend sa lyre et chante la mort des braves.
« La mort est douce quand c'est une balle qui la
vGooQle
donne. -^ Celui qui meurt en combattant tombe avec gloire. — Ses blessures sont autant de trompettes de ses exploits.— Ses louanges honorent la bouche des guerriçra, — Et les vallons et les gorge», — témoins de sa bravoure, — deviennent autant de lieux de pèlerinage. — Les palikares teignent leurs mouchoîri dans son sang ; ^ Tun dit : J'ai été ton compagnon j -^ l'autre : Cest lui qui m*a enseigné à manier les armes — et à demander où, non combien, sont les ennemis ! »
Yoilà des vers dignes de cette jeunesse qui allftit bientôt affronter la mort en combattant pour la liberté, et dont Théroïsme immortalisa à deux reprises Missolonghii la patrie du poète.
Tricoupis, revenu en Grèce, prit de bonne heure une part active dans les affaires de son pays. Mais en devenant homme d'État, il resta toujours homme de lettres, poète, A la mort de lord Byron, il prononça à Missolonghi une oraison funèbre, célèbre encore aujourd'hui.
Il fit des discours politiques dont la va-
vGooQle
leur a survécu à Pintérêt des questions qu'ils avaient pour objet, et qui, dans ces temps difficiles, établirent sa réputation d'orateur. Plus tard, ministre de Grèce à Londres, il y composa son Histoire de la Révolution grecque^ l'un des meilleurs ouvrages que son pays possède en ce genre.
Tricoupis n a pas beaucoup écrit en vers, ~ si tout ce qu'il a écrit est publié. On a de luij entre autres poésies, une pièce où il peint avec amour les lagunes de sa ville natale.
En voici le commencement;
Je voguais sur la lagune, par une nuit sans nuages ; —mon coçur oppressé recherchait U iolitude, «^ L'onde murmurait tout bas, fendue par le canot j — une légère brise de la terre gonflait la voile. — On n'entendait que le bruit des poissons — qui sautent bruaquomont et plongent au fond de Teau. — Au loin, dans les barques, les fQuic des pêcheurs — semblent se mouvoir tout seuls — comme autant de planètes errant sur les eaux — et forment à Thorizon un arc lumineux qui m'envi-
vGooQle
ronne. — Des oiseaux de mer sans nombre, juchés par-ci, par-là, font des flots leur codche et des ténèbres leurs gardiennes.— Au-dessus de la montagne de Patras, la lune — s'avance à pas lents dans le ciel limpide, —plonge ses légers rayons dans Ponde — et Ponde calme frémit sous son regard.
Tricoupis a écrit une excellente imitation de rhymne de Tyrtée. Coray aussi essaya de traduire en grec moderne cette Marseillaise de l'antiquité. Mais, en comparant les vers pleins de feu de Tricoupis à la versification correcte mais froide du célèbre helléniste, on peut conclure sur preuves que pour être un grand savant et un homme d'esprit, il ne s'ensuit pas qu'on soit poète. Tricoupis semble s'être donné la tâche de refaire le poème antique, comme Tyrtée Peut fait, s'il se fût adressé aux Hellènes de 1 821, et il y a pleinement réussi.
Tricoupis est mort à Athènes, entouré du respect et de l'estime de ses concitoyens.
Son nom n'y serait point oublié même s'il
ne l'avait transmis à son fils, Phomme éminent, tour à tour ministre ou chef reconnu de son parti, et à sa fille, mademoiselle Tricoupis, qu'une patriote française a le droit de saluer en passant, comme Tune des plus sympathiques patriotes grecques.
Spiridion Tricoupis a gardé jusqu'à ses derniers jours la fraîcheur de son sentiment poétique ; vieillard il continuait à encourager les jeunes poètes, ainsi que nous Pavons vu, jeune lui-même, encourager Solomos.
Lorsqu'à la mort de ce dernier, Valaoritis, dont la popularité était alors naissante, chanta la mort du Rossignol de Zante^ dans une ode remplie de charme et de tristesse, Tricoupis adressa au poète de Leucade ces vers :
Le rossignol n'est pas mort ; — il vit toujours, — il a changé ses ailes, — il n'a point perdu la
vGooQle
voix. -^ De Scopos* il a pris son vol -^ vers le rocher célèbre — où le chant du cygne — fut jadis chanté par Sapho. ^ Et ceux qui entendent au« jourd'hui le rossignol chanter — ne peuvent dire si la voix part — de Scopos ou du rocher de Sapho.
1 Montagne de Zante, tu-deasus de la ville.
vGooQle
Valaoritis (Aristote) est mort en juillet 1879* Il naquit en 1824 à Sainte-Maure, Tantique Leucade. Cette île, comme le dit É. Reclus, n'est qu^une dépendance du continent. Elle n*en est séparée que par une lagune de peu de profondeur; un pont unissait jadis les deux rivages. La population aussi est la même^ des deux côtés de la lagune« Les habitants de Tîle par leur langue^ par leurs usages, sont bien plus Épirotes que Ioniens.
Né en fa^ et pour tàinsi dii*e à Tombre
vGooQle
des montagnes du continent, Valaoritis s'y sentait de plus rattaché par son origine. Sa famille a gardé le souvenir de ses ancêtres, et le jeune Aristote lorsqu'il alla faire ses études à TUniversité d'Athènes, s'y fit inscrire comme Épirote. C'est cette Épire avec la Thessalie, sa voisine, qui ont servi de thème à l'inspiration du poète. Les chants populaires du Pinde et de l'Olympe ont nourri son imagination; les vers et la langue de ces chants ont été ses modèles, les exploits des héros qu'ils célèbrent, ses sujets de prédilection.
Dans la petite île de Madourî, qui était sa propriété, il aimait à vivre seul, et à se transporter en imagination aux temps épiques, précurseurs de la révolution grecque. Il revivait avec ces palikares, dont pas un ne courbait le front devant l'oppresseur et qui ont su conserver intactes les vertus guerrières de leur race à trayers la
vGooQle
longue servitude. Valaoritis pensait tout haut avec ces grandes ombres qui lui parlaient de liberté.
La taille athlétique de Valaoritis, sa mâle figure, son tempérament fougueux, s'accordaient avec les tendances de son génie poétique. Tout son être en faisait comme un Klephte des temps passés, égaré au milieu d'une génération nouvelle. Aussi ne se mêlait-il que de loin au mouvement de son époque, si ce n^est lorsqu'il s'agissait des destinées de la Grèce. Alors il apportait à ce grand œuvre Fardeur de son âme passionnée. Il travailla de toutes ses forces à Tannexion des îles Ioniennes à la Grèce.
Son cœur s'émut lorsque la malheureuse Crète se débattit avec héroïsme dans le cercle de fer du conquérant, pour obtenir, elle aussi, le sort des sept îles. Ce qui le préoccupait surtout c'était la délivrance de rÉpire et de la Thessalie.
Il est mort avant de voir son rêve se réaliser. Valaoritis n'eût pas été seulement le Tyrtée d'une nouvelle guerre, mais son héroïque soldat. Il aurait porté en même temps à la bataille la lyre et Pépée.
En attendant l'heure, il se tint à Pécart.
Lors de l'annexion, pourtant, il avait consenti à se laisser élire député, et il était venu siéger à la Chambre d'Athènes ; mais il comprit bientôt que les débats parlementaires n'étaient pas faits pour Tinspirer, et il retourna dans la poétique solitude de son île, à Madouri.
Ce chantre populaire, ce palikare était un esprit aussi cultivé que délicat. Après avoir fait ses études à l'Université d'Athènes, il les avait complétées dans nos écoles de Paris. Versé dans la langue et la littérature grecques comme dans celles de la France et de l'Italie, il subissait l'influence du plus grand de nos poètes contemporains^
vGooQle
mais sans cesser de rester lui-même un poète grec : aussi a-t-il mérité dans son pays, le titre de poète national.
Dans l'article d'une revue grecque, VHestia, publié à l'occasion de la mort de Valaoritis, M. Roïdis cite une lettre du poète, dans laquelle il confesse lui-même l'influence que Victor Hugo a exercée sjir sa manière d'écrire. « Et, ajoute M. Roïdis, nous pouvons considérer Valaoritis comme le meilleur parmi les disciples du maître français. »'
M. Roïdis accuse Valaoritis de trop de fécondité. Ce reproche est peut-être juste, mais combien il se rachète par une véritable richesse, et combien la surabondance est, en tout cas, de premier choix ! Les critiques et les analyses que l'on a faites du talent de Valaoritis ne pourront que ratifier le verdict de la Grèce contemporaine et le placer parmi ses meilleurs poètes.
vGooQle
La première publication qui attira Tattention sur lui et qui, du même coup, e'tablit sa réputation, fut un recueil de poésies sous le titre de Mvrjjx6auva, mot qui signifie Souvenirs, et qui en même temps désigne, dans rÉglise grecque, ,les services commémoratifs pour les morts, in mémoriam. Ainsi que le titre l'indique, ces poésies sont consacrées à ceux qui ont disparu, quelquefois à des êtres chéris et pleures par le poète, ou bien à des amis : par exemple l'ode à Salomos, dont nous avons déjà parlé ; mais la plupart sont consacrées aux héros qui ont préparé l'indépendance grecque. La beauté des vers, la vigueur de l'expression, la profondeur du sentiment, la puissance et la hardiesse des images révèlent un véritable poète.
Nous citerons d'abord un fragment de Vlachavas, en empruntant à la préface de Valaoritis ce qu'il nous apprend de son héros :
vGooQle
Euthyme Vlachavas était un Klephte célèbre. « Campé sur les montagnes de rÉpire ou de la Thessalie, il luttait contre les forces d'Ali-Pacha, auxquelles il fit plus d'une fois essuyer de sanglantes défaites. Il avait toujours comme compagnon de ses exploits un moine, Démétrius^, dont le nom était connu et révéré de toute la Thessalie.
Ces deux hommes conçurent l'idée de la régénération nationale de la Grèce, et ils préparaient leur mouvement insurrectionnel, lorsque, en 1809, Ali-Pacha, informé que Vlachavas attirait autour de lui des combattants, dont le chiffre croissait de jour en jour, le surprît avec des forces dix fois plus nombreuses. Le combat fut terrible.
Vlachavas pris par les Albanais du pacha, fut conduit à Janina chargé de fers. Il y supporta en héros toutes les tortures que Iç tyran put imaginçr, »
vGooQle
— Vlachavas, qui t'a enfanté ? — Quel père i Quelle mère ?...
L'Olympe aima Ossa • la belle, — la fière, la désirable. — Depuis longtemps il la regardait avec amour ; — elle en paraissait émue et craintive à la fois.
Durant Tune de ces nuits de printemps, — où semblent planer Tamour et la joie, — où les étoiles du firmament brillent, où leurs regards tremblent
— comme si un amour secret faisait battre leur cœur brûlant; — les brebis bêlent, — les grelots tintent — dans le troupeau qui traverse le vallon, — et parfois on entend le chalumeau du berger — qui berce amoureusement les arbres et les fleurs; — Phaleine du laurier, de la rose, s'exhale parfumée
— et le nénuphar blanc qui sort de l'eau, — pareil au visage virginal que le soleil ne colore jamais, — se penche et se mire coquettement — et voit son ombre au fond du ruisseau ; — un doux, très doux écho, apporte de loin le chant — du Klephte qui se souvient du brave Millionis; — alors les arbres, lair, les eaux s'oubliant — s'arrêtent pour entendre
— celui qui chante leur ancien ami ; — la rosée tombe, transparente comme les larmes d'un petit enfant; — on dirait que la nature, jeune épouse, pleure — en se rappelant la mort du brave Millionis...
* Montagne en face de l'Olympe.
vGooQle
C'est une nuit si belle qu'a choisie FOlympe — pour dévoiler son amour et peindre sa flamme à Ossa. — Voyez l'amoureux comme il s'est embelli. — Sa chevelure toute blanche, sur ses fortes épaules
— fièrement déployée, flotte majestueusement.
— Mais des rayons de la lune la parcourent — et elle semble toute blonde et dorée. — L'Olympe a pour cape des nuages blancs comme l'écume, — pour fustanelle il porte le brouillard de mai. — A sa ceinture, à son épaule flamboient — l'éclair au lieu d'épée, le tonnerre au lieu de fusil. — Heureuse la belle qu'aime l'Olympe, ce superbe Klephte !
Les deux montagnes se parlent tout bas, toute la nuit... — Lorsque l'astre du matin se leva, et que ses couleurs se répandirent sur les hauts sommets,
— l'Olympe vit la belle Ossa qui rougissait comme une vierge pudique.
Et le temps vint — où l'on entendit, tel qu'un grondement dans les gorges du Pinde et d'Agrapha
— les pas de l'armatole, du redoutable Vlachavas, — et les aigles, les éperviers s'écrièrent : — Vallons, ouvrez-vous ; forêts, écartez vos branches, — livrez passage au dragon, au génie de l'Ossa !
L'aisance avec laquelle est conduite cette grandiose et magnifique prosopopée des amours de TOlympe et de POssa appelle
vGooQle
28o POÈTES GRECS CONTEMPORAINS
vaguement comme une réminiscence des hymnes homériques. C'est évidemment un produit de la même inspiration.
Ce Viachavas, fils de TOlympe et de rOssa, le poète nous le montre couvert de chaînes dans le cachot d'Ali-Pacha. Accablé par la douleur, brisé par la torture, il sommeille.
Si la tombe a des rêves, quel est le sien ?
Celui qui entre comme un fantôme, qui est-il ? — Sa robe est noire ; sous ses plis — il tient quelque chose... il s'avance lentement, il cherche Viachavas. — Il entend sa respiration et se met à genoux devant lui. — a Euthyme, Euthyme, m'entends-tu ? Ne me reconnais-tu pas ? — Réveille-toi, les heures fuient !... »
C'est Démétrius, l'ami, le compagnon de Viachavas, qui bravant tous les dangers, vient apporter au héros qui va mourir les dernières consolations. Ce dialogue entre le moine et le martyr de la liberté, cette confession suprême dans le cachot du t;)rran
vGooQle
est un mélange de sentiment religieux et de patriotisme dont l'effet dramatique est saisissant.
— Dans les tortures que tu as subies, ô mon fils
— t'est-il échappé une larme, une malédiction, une plainte 'i
— Non, mon père, il ne m'est pas échappé une plainte pour la cruauté de ma destinée.— Seulement j'ai eu le regret — de voir le sang du Pinde et de l'Olympe versé en vain. — Mon père, j'ai désiré que la Thessalie redressât, libre, la tête jusqu'aux cieux.
— Oh ! qu'elle est belle, notre Thessalie, mon père ! — J'ai rêvé d'elle cette nuit, je l'ai vue dans mes songes — telle qu'une vierge angélique, vêtue de noir. — Mon pauvre cœur a battu ; pour un moment j'ai oublié Dieu, — mes yeux se sont voilés de larmes... — Suis-je coupable, mon père ?
— Non, mon fils, rassure-toi. — Notre sang à nous — comme une pluie de printemps, arrosera notre terre — p*our que la liberté en sorte ! — L'heure approche 1 Nous dormirons, nous, au fond du tombeau — et nous entendrons le mugissement terrible de la guerre, — le fracas des armes et des marches, le tumulte de la victoire — passier audessus du sol qui nous recouvre, — et les fils des martyrs de la liberté viendront libres — prier pour nous et ils évoqueront notre mémoire.
vGooQle
La pièce suivante que nous donnons tout entière, a le ton aussi guerrier que le fragment de Vlachavas; mais, quoique sombre, elle est d'un genre moins tragique :