‹ Poètes modernes de l'AngleterreChapitre 4 sur 17 · PRÉFACE V · texte numérisé non relu

PRÉFACE V

tions humaines. A l'arôme vif et fin d'idées et de fantaisies rapides, perçantes, ironiques^ en un mot françaises, ils entremêlent le parfutn lourd, morbide, de théories et d'imaginations capiteuses, transplantées d'autres pays.

Ceei m'amène à terminer ce court avantpropos par une ou deux remarques d'esthétique. Dans votre étude sur Henri Heine vous écriviez ceci : « La poésie allemande nous attire mains que f anglaise, plus violente, plus abrupte, et donnant [exemple de ce colQris puissant et heurté, qui, depuis le romantisme, est le but de notre esthétique ». La phrase est parfaitement Juste. A ce point de vue spécial, peut-être les fragments de traductions dont s'émaillent ces Essais pourront-ils être utiles à ceux des lettj^és qui voudraient établir des points de comparaison entre la forme de nos grands écrivains d aujourd'hui et celle des poètes anglais. L'une et l'autre œuvre présentent des analogies de tour

VI PKÉKACK

curictfses, et ce, sans qu'il y ail le moins du monde à s'étonner. Du jour où les romantiques dWllematjne et d' Amjleterre ont détruit l'autorité du modèle classique, date en France r avènement d'une langue métaphorique et picturale, Notre littérature, devenue rélève des littératures germaniques, s* ingénie, depuis près d'un siècle, à reproduire, à coups de volonté, les puissants effets de musique et de couleur plus particulièrement obtenus par l'inconscience de Tinstinct anglo-sa.ron. Une manière nouvelle triomphe, vhatoj/ante et sonore. Et inème, grâce à [appoint de nos vieilles qualités toujours virantes de clarté et de précision, qui, de bonne heure, ont joint le tnétaphorisme et l'ont affiné, nous avons dépassé 7ios maîtres. \os a.*urres sont mieux composées, mieux coupées que les leurs. Le dessin de nos images est plus arrêté, par suite la vision plus nette, lin un mot., la contextare de notre style est plus serrée, plus artistique, plus parfaite.

PIIÊFACE VII

Sur un point, cependant, nous resterons en arrière. Notre imagination n'atteindra jamais le Urandiose, l'Immense, l'Illimité, de l* imagination poétique anglaise. Par le débordement même de ses priissances, leur étendue, leur multiplicité, celle-ci prime et primera toutes les autres. Elle seule aura su, délicate et brutale, suave et terrifiante, psychologique et poignante dans le drame, palpitante et séraphique dans i hymne, résumer rdme humaine. On iien verra d'autre qu'elle se jouer, légère, en d'innombrables incarnations, babiller fantastiquement par les nuits de lune, joindre ses mains passives à l'autel du sincère amour, s'attarder à l'aurore sur les échelles de soie, s'enfumer et sengodailler aux tavernes , se coucher en des réflexions de suaire, ou se dresser, délii^ante et crispée, sous des flambeaux de fête. Et depuis que le monde est monde , nulle n'aura, comme elle, accumulé cris sur cris, superposé tons sur tons, entassé chants sur

vin

PKKFACK

chants, jusqu'à ce que la Babel d'harmonie, de verbe et de couleur, ait touché le ciel.

Croyez-moi, mon cher ami, bien cordialement à vous,

Gabriel SARRAZIN.

Juilkt 1884.

WÂLTER SAVAGE LANDOR

AVALTER SAVAGE LANDOR»

Landor, mort centenaire il y a vingt ans, est non seulement un des grands écrivains de ce siècle, mais un des types les plus complets de la race anglo-saxonne. Presque aussi bien que la vie et Tœuvre de Byron, sa vie et son œuvre pourraient représenter et résumer Tesprit à la fois poétique et militant d*un petit état-major littéraire anglais qui s'illustra de 1800 à 1830. Par exagéra-

* The Works am! Life of Walter Saviijjc Lamior. M Vols. Loiidun. IM76. Cliapman and Hall.

POÈTES MODEHNES DE L^A.NGLETEKRE

tioQ d'indépendance et par horreur du « coudoiemenl », Landor vécut à l'écart de ses pareils. Nous nous permettrons d'être moins excentrique que lui, et de le placer tout à rheure en leur compagnie. Auparavant, donnons un abrégé de sa biographie, et étudions quelques-unes de ses idées.

Walter Savage Landor naquit on 1775, à Warwick. Sa famille, riche et influente, touchait à cette haute et vieille bourgeoisie d'Angleterre, rivale de la noblesse. Landor appartenait à ce qu'on appelle la îanded^ tnititled gentry^ et une de ses faiblesses fut d'être paiiois plus lier de son rang que de son intelligence. Envoyé à Rugby School, il s'y fit remarquer par son esprit d'indiscipline et ses grandes facultés. Il devint de bonne heure un humaniste d'une force extraordinaire, et de tous les gens de lettres de son temps, nul ne sut comme lui l'antiquité classique. A Oxford, il embrassa avec véhémence les idées révolutionnaires, et

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WALTEH SAVAGE LAXDOR

volontiers à Eschyle et à Pindarc, et n'admettant pas qu^il pût avoir tort dans une discussion. La longue injustice du public h regard do ses premières œuvres TalTermit encore dans sa bonne opinion de lui-même ; et il en arriva à ne plus pouvoir souffrir qu'on le contredît. Tyrannique où il était puissant, et rebelle où il se sentait faible, il passa sa vie à se quereller avec ses voisins, ses tenanciers, sa femme, bref avec tout le monde, excepté avec son ami Soulhey.

Ce qui no Tempêchait pas d'avoir de hautes parties d'esprit et de caractère. Son ami le docteur Parr le dépeignait avec raison « cœur ouvert et magnanime, haïsseur intraitable de l'oppression et de la corruption ». Et grand seigneur jusqu'au bout des ongles ; à la fois le plus généreux et le plus impossible des hommes.

Il semble qu'avec son irritabilité il eût di\ se créer une vie aussi désagréable que celle qu'il créait aux autres. Trois soupapes de

8 POÈTKS MODKRXES DE i/aXi;LETERKK

sûreté le sauvèrcnl : l'oubli rapide de ses tempêtes, la retraite elle travail. A son départ d'Oxford , il séjourna quelque temps à Londres, puis obtint de sa famille une pension de L. 400 et alla s'enfouir au pays de Galles. Il y vécut deux ans sur les bords de la mer, en compagnie des roses sauvages et des Heurs marines, et y composa sa première œuvre magistrale, le poème de Gebir.

Gehir obtint à peine dix lecteurs : il est vrai que ces dix étaient les premières intelligences d'alors, de Quincey, Humphrey Davy, Charles Lamb, les deux Hebcr, Shelley, Coloridge, Southoy. Ce dernier, notamment, conçut, dès 1795, pour l'auteur de Gebir, une admiration qui ne se démentit plus et se doubla d'une indissoluble amitié.

Pou après la publication de son poème, Landor quitta Bath. Dans un accès de rage contre les conquêtes de Napoléon et d'enthousiasme pour la résistance des Espagnols, il cingla vers l'Espagne. Il y équipa mille

WALÏER SAVAftK LANDOH

hommes à ses frais et combattit aux côtés de Blake. Le désastre de Cintra dispersa sa troupe, et il revint seul en Angleterre.

L'Espagne lui fut reconnaissante et le ministre don Pedro Cevallos le promut au grade de colonel dans Tarmée espagnole :

mais il résigna sa commission en termes des plus violents, lorsque Ferdinand rappela Tordre des jésuites.

A son retour d*Espagne, il publia sa magnifique tragédie du Comte Julien qui n'eut encore qu*un succès fort relatif (1812). Dès cette époque, il se démenait au milieu d'inextricables difficultés privées. En sa qualité d*alné, il avait hérité d*une immense fortune. Puis, il s'était marié, et avait acheté au pays de Galles Tabbaye de Llanthony. Il y dépensa ^es sommes énormes en plantations, et en libéralités de toute espèce. Mais il se fâcha avec son principal tenancier. Cet homme puisait sans vergogne dans la poche du généreux landlord^ refusait de lui payer

10 POKTF.S MODKUNKS WK i/a.N(;LKTF.U«K

ses formages et ameutait contre lui les voisins. De son côté, Landor, en dépit de son bon droit, trouvait moyen de se faire donner tort par tout le pays. Son manque do tactetsa hauteur indisposaient Topinion. Il engageait procès sur procès, écrivait libelle sur libelle. A plusieurs reprises, la justice du Comté, qui voyait do mauvais œil ses opinions libérales, le condamnait. Enfin la lutte atteignit un tel degré d'Acreto qu'au moment où la cour d'appel do rKchiquier donnait entièremt»nt gain de cause à Landor, celui-ci, à l'instar de Sbelloy etdeByron.s'expatriait(1 81 5). Il s'établit en Italie, près de Fiesole, à la villa Gberardesca, où il passa vingt ans de sa vie. De son exil volontaire, il lança Tœuvre qui le rendit tout k coup célèbre, les Imayhiary Conversations. Elles, parurent en 1824, et partagèrent avec le don Juan de Byron, la gloire do soulever, dans les chambres d'étudiants d'Oxford, ces chaudes discussions et dissertations, qu'y occasion-

WALTER SAVAGK LANDOIl 11

nent les événemeuls lilléraircs. Un des maîtres de la langue, un prosateur au style do cristal et de marbre, s'était révélé. La beauté lucide et simple de la forme autique réapparaissait. « J'écris comme d'autres écrivirent sur les hauteurs du Sunium » pouvait dire à bon droit Landor.

Dès lors, sa réputation ne fit que grandir.

Il publia Dialogues sur Dialogues. Lcigh Ilunt, Dickens, Haziitt et autres vinrent le saluer. L'Américain Emerson Tadopta pour un de ses auteurs de chevet, et en 1833, il passait l'Atlantique pour voir ces quatre écrivains : Wordsworth, Coleridge, Carlyle et Landor. Il trouva ce dernier «au milieu d'un nuage de peintures, dans une belle maison d'Italie qui commandait un magnifique paysage ». Landor reçut son hôte avec grande noblesse et courtoisie, et Timpression résumée d'Emerson fut qu'il était en présence «d'une étonnante intelligence, despotique, violente, inépuisable, d'une

12 POKTES MODRRNKS I»E l'aM.LETKRRE

intelligence de soldat passé par hasard aux lettres, dévoré d'appétit anglais pour l'action et rhéroïsme ».

En dépit du large rayon de gloire qui dorait maintenant son nom, Landor ne s'assouplissait point. A la villa Gherardesca, une futile querelle avec un attaché d'ambassade, son voisin, faillit tourner au duel. Depuis longtemps, il s'entendait fort mal avec sa femme. Un beau jour, il la quitta définitivement et retourna en Angleterre. Il s'établit à Bath, où il séjourna vingt ans. On recherchait son commerce, et les personnages les plus divers affluaient chez lui . Une bizarrerie de la destinée y conduisit tour à tour Orsini et le prince Louis Napoléon.

En 1856, le grand dialoguiste publia son dernier volume, The last fruits ofan old tree, (Il y avait juste soixante ans qu'avait paru Gebir). Il semblait qu'il dut finir ses jours dans son pays, lorsque sa violence Ten

chassa encore. Il édita contre une femme dont il croyait avoir à se plaindre un pamphlet qui le fit condamner à vingt mille francs de dommages-intérêts. De la belle fortune quMl avait eue entre les mains et qu'il avait dissipée avec une libéralité chevaleresque, semblable à celle de son ami Lamartine, il ne lui restait plus qu'une petite pension payée par ses frères. Il vendit ses tableaux, et retourna en Italie, à Florence, où il passa ses dernières années à côté de Robert et d'Elisabeth Browning, qui Tentourèrent d'attentions filiales. Jusqu'à son dernier jour, son génie garda sa fleur, et à quatre-vingts ans passés, il écrivait ce frais et délicieux dialogue, où il nous représente la mort à Ithaque du vieil Homère*. Un peu avant le soupir suprî^me, le doyen des écrivains de l'Europe recevait la visite du nouvel astre des lettres anglaises,

* Homer, Laertes, Agatha. T. 7. HeU^nics.

de son plus jeune et déjà glorieux successeur, Algernon Charles Swinburne. Puis il s'éteignit en 1864, h Vàge de quatre-vingtneuf ans.

J'ai résumé, d'après leur ordre chronologique, les principaux événements de sa vie :

il me faut ajouter le compte rendu do ses principales opinions ; et pour rintclligonce du caractère, cette seconde partie de sa biographie n'est pas moins importante que la première.

Posons d'abord comme principe l'opinion d'Emerson : «< Landor est un homme d'épéc passé aux lettres ». Rien de plus jusle, à mon sens, et de plus démontré que cette parole. Cent actes et opinions de Landor en sont les preuves à l'appui. Do Thomme d'épée, il avait la chpvalerie et l'honneur ; et il en avait aussi l'esprit d'autorité, l'entêtement, la violence, la confiance illimitée en soi, l'amour de Taction. Pour lui, un pas en avant valait mieux que toutes les

wÂLTKH SAVAGE LANDOR 15

dissertations. « Plus il y a de debaters, et moins on agit » dit-il dans le dialogue entre Machiavel el Michel-Ange. Il aimait de cœur les soldats qui avaient défendu Tindépondance ou les libertés do leur pays. Il considérait Washington, Phocion et Timoléon comme les trois plus grands hommes du monde. Et surtout, il vibrait au cliquetis des guerres religieuses d'Angleterre, à la vision sonore des casques et des cuirasses des héros puritains. Son style en acquérait des lueurs et des bruits de fer. De certains de ses Dialogues, Carlyle pouvait dire « qu'ils retentissaient comme les épées romaines sur la tête des barbares. »

Mais si la nature l'avait primitivement destiné à Tépée, un hasard Taviiit fait passer aux lettres. Aussi prisait-il d'une façon particulière ceux qui, à de fortes qualités d'action, avaient joint de hauts pouvoirs intellectuels, dont le cerveau avait égalé le bras, et qui, en même temps qu'ils dres-

16 POÈTES MODERNKS DK f/ ANGLETERRE

saient des échelles contre les défenses des ennemis, menaient aussi leur intelligence à la conquête plus pacifique du Vrai, du Bien et du Beau. De là les magnifiques dissertations platoniciennes qu'il met dans la bouche de sir Philip Sidney *, l'un des plus beaux caractères des temps modernes, héros doublé d'un philosophe et d'un poète, et, avec Raleigh et d'Aubigné, l'un de ces chevaliers-humanistes du xvi* siècle, qui maniaient aussi bien la plume que l'épée. De même applaudissait-il aux audaces de ces hommes de lettres de son temps qui, soudain, délaissant l'art^ se jetaient, les armes à la main, dans une aventure héroïque.

Byron, qu'il avait vivement attaqué, — non pourtant sans une certaine admiration', — grandit tout à coup à ses yeux de cent coudées et fit lui-même son apologie par son

* Imaginary Conservations. T. IV. P. A-17.

s Landor adopta le mot d'un de ses amis sur Tœuvre de Byron : c 11 y a là-dedans quelque chose de fort comme te poison et d'orig^inal comme le péché ».

expédition de Grèce et sa mort à Missolonghi. Et il ii*y avait pas pour lui de soldat que celui dont la main tenait une arme matérielle : il assimilait avec raison aux hommes d'épée ces combattants d*un autre ordre, dont Milton avait fourni le modèle, alors qu'armé du verbe^ il se ruait au fort de Taction, le barde puritain, dans la terrible lutte politique où il jouait sa tète. Et enfîn, il se prend d'admiration pour celui do ses contemporains et pairs littéraires que la platitude de la vie moderne riva à la contemplation pure, au simple rêve de l'héroïsme, mais qui avait à coup sur le tempérament du héros, et dont l'âme créa le Hero-Worslnp.

Constatation faite de son amour de l'action, voyons au service de quelle cause il eût voulu dépenser son vigoureux talent de dialoguiste satirique. Ici saille le caractère en sa complète originalité. Il fut républicain, mais non démocrate, et adversaire

18 i^oKi'Ks MODKHNKs hK i/an(;li:ti:huk

acharné de la démocratie pure. Toile qu'elle fonctionne en Amérique, il Tabomina, la déclara lAcho et disloquée, « usant la machine ». Rien, au reste, ne peut nous donner une idée plus nette et plus avantageuse de son cœur el do son style d'aristocrate que ces si dédaigneuses paroles de Machiavel à Michel-Ange* : « Kn vérité, ^Fesser Miclicd- « Ange, nous avons supporté trop longue lemps et Irop patiemment la pétulance et « les caprices d'une braillarde et impudente '( démocratie. Nons avons re<,Mi des instruc- « tions de ceux à qui nous devrions en don- « ner et commis le pouvoir à ceux qui au- « raient dû nous le remettre. Républicain « comme j'ai vécu et mourrai, jo vivrais « volontiers dans n'importe quelle forme « de la vie sociale phitôt que dans une grosce sière et nue démocratie: car j'ai toujours « trouvé celle-ci, plus qu'autre cbose, ja-

• Iinn^iiiary Conwrsatinns. Vnl. IV. P. Mi. Dial<);?iie mire .Marliinvcl ol MirliiM-Anîrc.

WALTEU SAVAi;i-: LANDOK 19

« louso de l'expérience, orgueilleuse de sou- « mettre au mors les grands esprits, satis- « faîte d'élever, à leur détriment, les petits « sur le pavois, amoureuse du verbe haut, « impatiente de la discussion calme, in- « constante, ingrate, féroce, et aussi parce « qu'elle conduit au despotisme, à travers (' la fraude, Tintempérance et la corruption. « Que la démocratie reste dans ses moni< tagnes ; qu'elle jouisse de son chalet ; « qu'elle écoule sa vie paisible et contente i< au milieu de ses troupeaux ; mais que sa o main calleuse ne s'appuie jamais sur la « balustrade de la chambre du conseil ; « qu'elle n'élève jamais sa voix bruyante « au milieu des images des libérateurs et i< des législateurs , des philosophes et dos « poètes. »

S'il exécrait la démagogie, en revanche il aimait et admirait les républiques aristocratiques de l'antiquité et du moyen Age, et particulièrement les plus oligarchiques

d'entre elles. A cinquante ans , âge où les opinions politiques sont définitivement assises et formées, il se plaignit de la boutade de Carlyle sur son compte : « Le principe de Landor, c'est la rébellion pure ».

Il maintenait que ses principaux écrits attestaient du contraire. Il avait toujours été, disait-il, autoritaire et conservateur : seulement, il désirait Téradication immédiate des abus, sans s'inquiéter du vieux cri bête :

« Que va-t-on mettre à la place? » Il n'aimait pas rinnovation pour Tinnovation. Il ne voulait pas modifier sensiblement la constitution anglaise. Il approuvait Thérédité de la pairie, et s'indignait même — pur orgueil d'aristocrate pur — qu'on peuplât sans cesse la chambre haute do nouveaux membres.

Il professait le plus haut respect pour la noblesse, et dans l'ordre, il ne comprenait pas seulement le pairafje, mais ceux des country gentlemen qui appartenaient comme lui, à la landed gentry^ et dont les ancêtres

WALTER SAVAGK LANJ)OH 21

étaient déjà nobles, alors que la plupart des pairs actuels n'étaient que des serfs. Enfin il marquait à la haute église et aux lords ecclésiastiques le vieux dédain de Thomme d'épée pour Thomme de robe, du casque pour la tonsure '. Par contre, il aimait la simplicité du méthodisme dont Faction est plus religieuse que politique, et dont l'influence, bornée à la vie spirituelle, ne lui portait pas ombrage.

Développant encore ses théories politiques, il soutenait que le républicanisme, comme il l'entendait, n'avait existé que dans fort peu de pays. Les nations de TÉbre et les Basques en avaient joui. La Hollande^ Rag^se, Gènes, en avaient été dépouillés par la Sainte-Alliance qui avait altéré jus-

' Voir notamment sa violente satire contre la caste sacerdotale dans le T. l(. des Imaginary Conversations. Dial. entre Alcibiade et Xénophon. P. Ml. Voir encore T. V. P. 148, Dial. entre Machiavel et Guichardin, la tirade qui commence ainsi «Nothing can be hoped for^ where priests and monks swarm in ail seasons ».

22 rdKlKà MODEllNKS IlK LA.MiLKTKUHi:

qu'aux traits de rAngleterre. Et eufni — voilà le grand mot lâché — la mort lente de la République de Venise avait été une des plus grandes calamités des temps moderne?. Alors avait passé la plus ancienne et la plus vraie aristocratie du monde.

Citons les propres paroles de Landor, traduites, soit de ses conversations privées, soit de ses œuvres : « Combien heureux étaient les états dc^ Venise, gouvernés pendant mille ans par les braves et inlelligents patriciens de la cité insulaire! Tous ceux qui ne conspiraient pas contre la patrie étaient en sécurité. Voyez les palais qu'ils ont bâtis ! Voyez les murs qu'ils ont élevés! » Ailleurs, dans le Dialoirue entre Machiavel et Guicliardin , le grand patriote italien chante cet hymne à Venise : « 11 n'y eut point de gouvernement aussi politique que le sien, point de peuple si longtemps satisfait. En d'autres pays, les nobles sont les pires des esclaves, parce qu'ils adulent

WALTER SAVAGE LANDOK 23

les pires des maîtres. La flatterie, à Venise, n'est pas moins exubérante ; mais c'est l'amiral victorieux ou la dame adorée qu'on llatte. Jour et nuit, Arioste souffle son âme au gondolier, et la musique s'élève sur le

clapotis de la lagune Venise elle-même

est une poésie, et de l'argile le plus grossier extrait un poète. Malheur à qui la déconsacre et rhumilie ! Elle peut tomber, mais pour se relever * ». En cette page harmonieuse se fondent l'admiration et l'amour

Pour Landor comme pour d'autres, mais surtout pour Landor, Venise eût été la patrie En ce siècle de démocratie, il fut le

dernier oligarque. Comme tous les tempéraments d'action, comme tous les caractères de commandement, il allait à l'extrême des opinions qu'il sentait en lui. 11 pensait que la plus forte des puissances humaines est l'autorité, et presque la tyrannie intelli-

* Iiiia^iiiury Coiivei'.su lions. Vol. V. V. 147-14N.

2i POÈTES MODERNES HE L*A.\GL£TËRRE

geule. Nou l'aulorité d'un seul, non Taulocrutie monarchique ou la dictature à vie, systèmes qu'il exécrait, mais le despotisme héréditaire d*uu putriciat vaillant, éclairé, opulent, primitivement institué, puis maintenu au pouvoir par le peuple ; à la fois guerrier , législateur , dilettante ; jaloux avant tout de Tindépendance nationale, et salut de la patrie aux jours de danger.

Cependant, des contradictions éclatent à travera l'ensemble des tirades politiques de Landor. Sa raison pratique se plaisait parfois à contredire son tempérament. L'histoire lui avait appris que les aristocraties ne sont pas partout habiles et patriotes, et qu'il n'y a pas de pire gouvernement qu'une oligarchie oppressive. Par moments, il rêve de voir s'établir, entre l'aristocratie et la démocratie, un compromis qui fasse la part belle à celle-ci. C'est du moins en ce sens que s'exprime Alfieri, son modèle : « Ces deux choses (l'aristocratie et la démocratie) quel-

WALTKK SAVAGE LANDOU 25

que contraires qu'elles soieut l'une à Tautre, ne sont pas si irréconciliables que vous l'imaginez. Entendons-nous d*abord sur les mots. Le démocrate est celui qui désire que le peuple ait sa part de gouvernement, et cette part sera, si vous voulez, la principale ». D'autres fois il tonne contre les monstrueuses erreurs d'égoïsme par où les aristocraties périssent. Il est célèbre en Angleterre, et d'une magniricence oratoire vraiment cicéronienne, ce dialogue de Landor, où Marcus Tullius se livre à la chaude apologie des Gracques et à Tamëre censure du parti sénatorial. Nul doute que les grands aristocrates n'aient connu mieux que personne la raison de vie ou de mort du système aristocratique. Un patrioiat — voyez ceux de Venise et d'Angleterre — no conserve son pouvoir ou son prestige qu'à condition d'aider au développement de la richesse et de la prospérité plébéiennes. S'il la jalouse ou l'entrave, comme aux derniers

26 POÈTES MOIIEKNES DK LÂNGLLTEUKE

temps de la république romaine, si, do politique aristocratie qu'il était, il se transforme en dure et rapace oligarchie, s'il ruine ou spolie la plèbe rustique^ il croule, et le pays tombe sous Tautorité, parfois très pesante, d'un seul. Si, au contraire, ainsi qu'à Venise, il protège de son épée l'extension du commerce de la bourgeoisie, et pare, au moyen de lois préventives (partage égal des successions, interdiction aux nobles de faire le négoce, obligation d'acquitter leurs dettes), aux dangers du système qu'il personnifie, ou si, comme au delà de la Manche, il vit de la vie des classes agricoles et manufacturières, ses clientes, s'il s'occupe de leurs intérêts et adoucit leurs souffrances, il peut être assuré d'une carrière longue et glorieuse. Le temps pourra le balayer à la fin, ce gouvernement idéal, sans avoir inventé contre lui d'autre argument que la loi brutale de mutabilité et d'évolution qui régit rUnivers.

Nous nous sommes assez étendu sur le caractère de Landor pour pouvoir nous permettre maintenant de le résumer. Sympathies et antipathies du grand écrivain s'ex* pliquent. Landor eût du être et fut parfois un homme d'épée * : rien d*étonnant à ce qu*il aime les hommes d'épée et déteste les hommes de robe. C'était un homme de lettres ; parmi les hommes de lettres, il préférait ceux qui manièrent à la fois Tépée et la plume.

C'était un aristocrate et un patricien ; de là son culte pour les grands aristocrates de l'antiquité et des temps modernes, pour Lycurgue, Solon, Aristote, Phocion, Cicéron, Caton d'Utique, Brutus, Algernon Sidney, Milton, Âlfieri, Montesquieu, pour tous ceux qui, en attribuantau peuple une certaine part de gouvernement, n'en désiraient pas moins,

dans TEtat, la prédominance de l'élément aristocratique et sénatorial. Enfin, c'était

* Sp rappolep son oxp/Mliiion d*ERpagne.

28 poirrKS Mnrn:RNKs uk i/AMjjrrEnRi:

un républicain : do là sa haine do raulocralie monarchiqiio et do la dictature. Véritable insulaire, fils do celte Grande-Bretagne qui n'esl, à y regarder do près, qu'une république aristocratique*, Walter Savage Landor incarne on lui Tesprit hautain, arrogant, énergique, orgueilleux, aristocrate, égoïste, patriote et militant do son pays. C'est un des types d'Anglais les plus" parfaits qu'on ait vus. D'où, ses ressemblances avec certains anciens, athlètes et soldats comme les étudiants d'Oxford, et^ comme eux, ]iréoccupés avant tout de la grandeur maritime et militaire de leur pays. Et — semblable encore en ceci à plus d'un de l'antiquité — à la pratique des « athletics » il joignait l'amour et la connaissance des lotiras. Cette vie d'exercices corporels

* Voir.M.Tainr,NolossurrAn{jlflono.P. 171-2^8. Chap. la FocioU'' et \o. (îouv 'rnoinenl. — 11 est vrai quo la (lilTiision par le; journaux do rcMliicatioii politique et loxteiisioii (lu droit de siilTrafro tend«Mit de plus en plus à fairp ontror la démocratie dans l'Élat.

WALTER SAVAGE LANDOIl 29

par laquelle l'Angleterre est aujourd'hui la seule nation d'Europe, qui se rapproche do la Cité antique, avait préparé Landor à la vie intellectuelle et morale, et à l'expression rapide, claire, imagée et forte de la pensée. Elle lui avait donné une Ame saine dans un corps sain, et, comme Xénophon, César et Cicéron, il eût pu être, au gré des circonstances, soldat, orateur, magistrat, poète, historien, philosophe, et exceller dans les parties les plus diverses.

PUisRomainqueGrec, cependant. Comme les grands hommes de la République Romaine croyaient aux Dieux des ancêtres, ainsi croyait-il profondément au Dieu moderne et au christianisme. Seulement, ce christianisme était ^072 christianisme, des plus larges et dégagés de dogmes, comme celui des penseurs modernes. Il écrivait : (c II m'affligerait de prévoir le jour où nos cathédrales et nos églises seraient démolies ou déconsacrées ; où les sons de Torgue, où les

30 pofcTKS MOï»i:nM:s hk i/AxriKKTKHnK

symphonies de Ha^ndel ne s'enfleraient plus, répercutées sous leurs voûtes et sous leurs vitraux. Mais que les vieilles superstitions s'émiettent et tombent en poussière ; que la foi, rospérance et la charité soient simples dans leur parure ; que quelques mots solennels soient prononcés devant Celui auquel tous les cœurs sont ouverts, par qui tous les désirs sont connus ».

Et enfin, plus Anglais que Romain. Il prétendait qu'après sa mort, h son arrivée dans leParadis-Klysée des sages, il s'y verrait accueilli par co salut de Millon : « Men of the Commonwealth, we meet atlast». Et en effet, la vraie place de Landor eût été dans la République d'Angleterre, aux côtés de Milton. Comme Milton, c'était un hautain, un convaincu, un combattant, un irréconciliable ennemi du papisme : comnfb lui, c'était un poète ; comme lui un républi-

^ cnominPK(h'1aConiiTinn\V(Mltli.noiisv(>iln oul'in rvim'a^.^i

WALTKR SAVAfiK LANDOH

cgiin; comme lui encore, un aristocrate et un patricien ; comme lui toujours, un déiste et un chrétien, et enfin, comme lui, il eût été un héros, aux beaux jours de la Commonwealth.

« Hautain, énergique, aristocrate, égoïste, patriote et militant » disions-nous. Tel nous l'avons vu dans sa vie ; tel ses œuvres vont nous le révéler. Sa prose est plus achevée et plus connue que sa poésie; cependant, puisque, en ce volume, nous nous occupons des poètes, restons dans notre cadre, et ouvrons ses deux volumes de vers.

Voici d'abord (t. YII) deux tragédies, celle du Comte Julien, et la trilogie intitulée André de Hongrie, Jeanne de Naples, Fra Rupert. Puis une série d'Actes et Scènes.

Landor nous prévient que ces Actes et Scènes n'ont point été écrits à Teflet d*ètre représentés ; et jamais il n'a mieux dit. Cela

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n'est point représentable en effet, pas plus les Tragédies que les Actes. La cohésion manque ; point d'action générale qui fonde en elle le développement des caractères et renchaînement des situations. Les personnages en prennent à leur aise. Ils forgent leurs périodes. Ils discourent. De temps en temps, un élan, un muscle saille ; puis tout rentre dans la dissertation, et le caractère n'apparaît jamais.

Je me trompe. Un caractère apparaît, celui de Tauteur. C'est lui qui parle par la bouche de ses personnages. Ceux-ci sont condamnés, comme leur créateur, à ne pas vivre de la vie agissante ; ils s'en consolent comme ils peuvent, en vivant de la vie raisonnante. Landor leur souffle ses axiomes, ses ardeurs, ses déclamations contre la tyrannie. Si la lecture d'une telle œuvre manque d'intérêt draniatique, au moins ne manquet-elle pas d'intérêt intellectuel et artistique. On s'oublie à admirer la force et la conci-

sioQ imagée du style. L'ampleur de la période se tempère d*une harmonie sèche due à la brièveté des incidentes. Mais tout cela n'est point du drame^ et je relève, par dizaines, dans le Comte Julien^ les longueurs et les hors-d'œuvre. C'est d'abord, à la seconde scène du second acte, les réflexions psychologiques de Sisabert sur Tamour. A la cinquième du même acte, tirade de Muza sur les ennuis du rang suprême. A la première du troisième acte, analyse — par Roderigo — de la passion, du désir, de la satiété, du regret. A la troisième du troisième acte, interminables considérations morales du métropolitain Opas sur la jalousie, Tinsuffisance de la vertu toute nue, le cœur des femmes, les différentes sortes de trahison, les signes des temps. A vrai dire, la plupart de ces personnages sont des fantômes. Ils s'éclipsent du drame sans qu'on soit bien sûr qu'ils y aient passé. Non seulement ils ne se développent pas, mais ils ne parviennent pas

à naître. Et on ne sait non plus pourquoi ils viennent et pourquoi ils s'en vont.

Le caractère du comte Julien est mieux tenu. Landor suppose, avec la légende historique, que le célèbre traître ne guide les Maures à l'invasion de son pays que pour venger sa fille Covilla, violée par le roi Rodrigue. Le Comte est, comme il le dit luimême « le ministre de la colère divine » ; seulement il est plus que conscient de son ministère. En son âme, s'immobilise un épouvantable drame, à Tidée que Tinilexible loi de justice qu'il accomplit va courber l'Espagne sous un esclavage de huit cents ans. La fatalité qui les engendre donne aux angoisses du comte quelque chose de la grandeur du tourment prométhéen ; pris entre la culpabilité d'une trahison et l'innocence d'une juste vengeance, c'est comme si le marteau l'écrasait sur l'enclume. Échapper à la nécessité supérieure qui s'abat sur lui? 11 n'y faut pas songer. S'expliquer à

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lui-mùmo cette nécessité? Plus impossible encore. Entendre des reproches, répoudre à des insultes? Il ne mérite ni les uns ni les autres. Demander des consolations aux hommes? Dieu seul peat le consoler. Dès lors, il s'enferme dans le silence et la torture.

C'est là, incontestablement, une conception surhumaine. L'originalité d'uu tel caractère consiste en ce qu'il contient deux ordres de faits bien distincts, tous deux propres à en représenter le double aspect, celui du dedans et celui du dehors.

Le premier ordre do faits correspond aux sensations invisibles et profondes ; à celles qu'on devine plutôt qu'on ne les sent; aux moments où, totalement replié sur luimême, Julien agonise, nmet, étendu sur la roue de son âme. Parfois il laisse échapper un cri, un gémissement involontaire. C'est si quelque nouveau Ilot de vinaigre avive la plaie saignante ; à la vue de sa lille séduite ou du séducteur de sa fille ; à la rouge appa-

rition de sa patrie ensanglantée, à la nouvelle de l'assassinat de ses fils par les Maures, a Autrefois, je croyais ma fille ce que tout père croit la sienne, la meilleure de toutes, gracieuse, douce, sensible et chaste ;. maintenant ces qualités de corps et d'âme disparaissent âmes yeux; aucune ne me repose, ni ne me console... » — « mon enfant, mon enfant, ne me presse pas davantage, ne me parle pas de la guerre, ne me rappelle pas notre patrie.... » — « Oh ! soutiens-moi, Ciel ! contre ce coup ! J*ai supporté tous les

autrjcs. Ermenegild, tu aurais pu vivre !

Mes fils!... non!... tous deux morts!»

« agonie, agonie au delà de toute expression I do toute pensée ! » D'ordinaire, en effet, son atroce douleur est inexprimable ; ainsi la dépeignent ses amis et familiers :

c< L'état de son âme n'est point un état de vive inquiétude, d'agitation qui jette des éclairs, mais une vaste houle de mélancolie, profonde, infranchissable, interminable».

38 POÈTES MODERNES DE l'aN(ILET£KRE

« La victoire qui le couvre de ses ailes, il ne la voit pas : aucune passion aérienne ou légère ne s'élève du dehors pour le troubler ou Tapaiser: toutes sont écrasées sous un poids d'âme plus fort et plus dur; dans la veille, il siège, seul, iuébranlé, hors de portée des traits, regards et clameurs des hommes: comme un aigle, avant que le soleil lance sur la terre à teintes changeantes son premier rayon, se tient, solitaire, immobile, sur quelque haut pic, et roule son œil clair, stable, inattentif^ inhumilié, dans la froide lumière, au-dessus de la rosée du matin. » C'est la douleur concentrée d'une âme anglaise ou espagnole, qui se déchire elle-même, inaccessible aux yeux humains.

Seulement, cette conception d'une haute et hautaine douleur n'appartient pas en propre à Landor ; on la trouve dans toute la littérature anglaise, notamment dans le Satan de Milton et sous tous les personnages de Byron. Landor pouvait reprendre à son

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tour le type et le fixer: pourtant on ne saurait dire qu'il le portât vivant en lui : car, en dépit de ses accès de colère, il eut, en somme, une âme assez bien équilibrée et partant, une existence assez heureuse. Ses fureurs elles-mêmes dérivaient du sang plutôt que des nerfs; elles Taffolaient un moment, mais ne le détraquaient pas. Beaucoup moins sensitif, moins agité, d'épiderme plus dur que plusieurs de ses grands contemporains, il ne se dégoûta point , comme eux, de la vie ; il ne fut point enfant perdu comme eux, et ne donna pas de gaieté de cœur, avec une sorte de désespoir nerveux, dans tous les dangers. Il avait, quand il le voulait, le sang-froid, la tactique et la discipline du combattant régulier ; on s'en aperçoit àcenains de ses Dialogues si sensés, si clairs, si philosophiques, si habilement conduits contre les préjugés et les abus*.

* Sir Philip Sidney and LonI Brooke. Marciis Tulliiis and Quinctus Cicero. Machiavelti and Guicciardini. Ma-

40 MODERNES DE l' ANGLETERRE

En outre, les circonstances ne l'attaquèrent pas d'une façon implacable ; il n'y eut pas entre elles et lui duel à mort, et il s'éteignit dans le calme. •

Mais s'il eût été forcé par elles, il n'y eût pas eu d'homme plus redoutable et plus terriblement désespéré. Par obstination et par orgueil de soi, il eût tenu tète jusqu'au dernier souffle, avec l'héroïsme d'un soldat de Wellington, à Waterloo. Il avait au plus haut degré l'instinct et la connaissance de la lutte. Témoin la face externe du caractère du co^nte Julien , celle qui manifeste la partie visible de cette âme. Julien n'est pas seulement le martyr de la fatalité, il est aussi rhomme d'action, le combattant, le chef d'armée que les événements arrachent à sa torture intérieure pour l'obliger à se montrer et à décider. Il faut voir alors son langage. Prenez la scène entre le comte

chiavelli and Michel-Àngelo. Alûeri and Salomon the Florentine Jcw. Leopold Peter and Président du Paty,etc.

WALÏER SAVAGE LANDOH 41

vainqueur et le roi Rodrigue prisonnier, et considérez cette superbe : s'en peut-il une plus espagnole ou plus anglaise'?

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