MADEMOISELLE DE LA VIGNE
Descartes. Dans ce morceau de poésie d'une richesse d'expressions irréprochable, Descartes, secouant la poussière des tombeaux, se félicite d'avoir les sympathies de mademoiselle de La Vigne, et ne doute pas que, pénétré de ses principes, son gracieux disciple, en les propageant dans ses charmantes productions , ne fasse dire bientôt :
En cent climats divers Descaries el La Vigne ont instruit l'univers.
La réponse de mademoiselle de La Vigne, qui n'est que l'expression d'un sentiment de modestie qu'on ne saurait trop apprécier, n'a rien de guindé ni d'emphatique, et son plus grand mérite est la simplicité. Une coupe de vers facile, un style agréable, une forme élégante, sont les qualités saillantes de mademoiselle de La Vigne. Le caractère de l'ode, comme je l'ai dit plus haut, ne se prêtait pas moins à son génie poétique. Celle qu'elle intitula Monseigneur le dauphin, et qu'elle adressa au fils de Louis XIV, est digne de J.-B. Rousseau. Le vers en est rapide, le style plein de feu , la pensée ingénieusement concise. Lorsque cette ode fut publiée, mademoiselle de La Vigne reçut mystérieusement, et sous le voile de l'anonyme, une boîte de coco où était renfermée une lyre d'or émaillée avec une ode à sa louange. Cette galanterie imprévue piqua sa curiosité , et dans quelques strophes remplies d'un abandon malicieusement calculé , elle laissa entrevoir qu'elle offrirait volontiers son cœur à celui qui s'avouerait coupable de cette aimable trahison. Pour donner à cet aveu une couleur moins décidée, mademoiselle de La Vigne termine par cette stance délicieuse de finesse et d'une imperceptible coquetterie :
Déjà de ma promesse en secret je soupire; Je sens qu'à la tenir il y va trop du mien, El si vous me laissez le temps de m'en dédire, Je ne réponds de rien.
Mademoiselle de La Vigne envoya ces vers à une de ses amies et les accompagna d'un madrigal que nous allons citer textuellement. Ce madrigal, s'il n'est l'expression de la vérité, laisse au moins percer une malice bien intelligente.
4 ij:s normands illustres.
Que votre aiislérité m'excuse Si j'ose à rincoMiiu parler si tendremeiil ;
Enlre nous, ce n'est qu'une ruse Pour le tirer plus lAt de son défïuisement.
Ma promesse est un peu hardie, Mais à la faire. Iris, je ne ne cours nul hasard; Je lui dirai, s'il vient: Je me suis repentie, Et vous venez tro|) tard.
Que d'esprit et de bon goût dans ce madrigal ! Est-il possible de traduire sa pensée sous une forme plus concise, plus élégante et surtout plus spirituelle i*
Ces productions charmantes, dont nous n'avons fait que donner une esquisse rapide et bien imparfaite , doivent faire regretter vivement qu'une maladie douloureuse ait brusquement terminé une carrière qui promettait de si brillants succès. Mademoiselle de La Vigne est morte en 1684. On lui a consacré cette épitaphe :
ml'nlmenta saxorum, sublimitas ejls.
Raimoivd DESLAIVDES».
NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
Les poésies de mademoiselle de La Vigne n'ont pas été publiées séparément. Elles font partie de différents recueils dont voici les principaux :
I. Recueil de vers choisis. Paris, George, 1 vol, in-8*', 1745. (Le Père Bouhours.)
II. Bibliothèque poétique. Paris, Briasson, 4 vol. in-8", 1745. (Le Fort de la Morinière.)
II. Annales poétiques, ou Almanacu des muses. Paris, Delalain, 40 vol. in-8". IV. Chefs -d'oeuvre poétiques des dames françaises. Paris, Paulin, 1 vol. in-12, 1841.
Paris. — Irnpriinerie el Fonderie de Hio.xoux, rue iVîonsieur-le-Princc, 29 bis.