L'ABBE CHAI^LIEU
Né à Fonlenay-BeaaReôard (Eure.) en 1639. Mort à Pans en 1720.
L'ABBE DE CHAIJLIEU.
Chaiilieii l'duillaunie Aiifric de), fils de Jacques-Paul Aufnc de Chaulieu, uiaîtrc descoiuptcs à I\oueu, nacjuil en 1050, au château de Fontenay, dans le Vexin fcançais, el niourul à Paris le 17 juin 17'2(), dans la maison qu'il occupait au Temple, après avoir été successivement abbé d'Aumale, }»iieui' de Saint-Georges en l'ile d'Oléron, puis de Pouriers, de Renel et de Saint-Etienne.
Tout jeune il fut envoyé à Paris, où il fit ses études au collège de Navarre. Les dispositions les plus brillantes mirent tout d'abord en relief le génie qu'il tenait de la nature ; et, l'éducation aidant, Chaulieu se fil bientôt place dans les rangs suprêmes du plus grand siècle littéraire.
Voyons l'œuvre première de l'abbé de Chaulieu : Les Trois façons dépenser snr la mort; et, sans entrer dans aucune considération orthodoxe, bornons-nous au rôle pur el simple de cilaleur.
1° Manière d'envisager Dieu en dehors des terreurs superstitieuses :
En ce Dieu de pitié j'ai mis ma confiance,
Et, sûr de ses bontés, je vis en assurance
Qu'un Dieu qui par son choix au jour m'a destiné,
A des feux éternels ne m'a point condamné.
Voilà par quels secours mon âme défendue
A banni les terreurs dont on l'a prévenue,
El, sans vouloir braver le céleste pouvoir,
A fait céder la crainte aux douceurs de l'espoir.
2° Principes du pur déisme :
Mai.«, s'il est aux mortels un maître redoutable, Est-il pour ses enfants de père plus aimable? C'est lui qui, se cachant sous cent noms dillcrenls, S'insinuant partout, anime la nature,
El dont la bonté sans mesure Fait un cercle de biens de la course des ans;
Lui, de qui la féconde haleine Sous le nom des zéphyrs rappelle le printemps, Ressuscite les fleurs, et dans nos bois ramène Le ramage et l'amour de cent oiseaux divers, Qui de chantres nouveaux re[)euple l'univers.
5° A propos des principes d'Épicure et de Lucrèce :
Aux pensers de la mort accoutume ton âme ;
Hors son nom seulement, elle n'a rien d'affreux.
Détachez-en l'horreur d'un séjour ténébreux, De démons, d'enfer et de flamme, Qu'aura-t-elle de douloureux?
La mort est simplement le terme de la vie.
Or, voici ce que dit l'abLé de Cliaiilieu dans sa préface , à propos de ses Trois façons de penser sur la morl :
« L'applaudissement de tant d'illustres amis que j'ai eus ; l'envie « de plaire à des princes, tous ensemble aussi libertins que moi ; ce « malheureux amour-propre dont il est impossible de se défendre, et « qui rehausse le prix de ce que nous possédons, me persuada que je « pouvais tenter tout ce que l'étendue d'une imagination brillante et « féconde pouvait mettre au jour. Je pensai que Timaginalion portée « à un certain degré pouvait égayer ce qu'il y a de plus triste, con- « server les ornements de la poésie parmi ce qu'il y a de plus sérieux. . . »
En fait de vers, l'abbé de Chaulieu n'a fait et a la prétention de n'avoir fait que des croquis... 3Iais des croquis, c'est une grande chose, du moment qu'ils valent des tableaux.
Connaissez-vous Un tableau qui , soUs quelque jour et à quelque époque que vous le considériez, vaille ce croquis-là :