FONTENELLE
lanl de bonne grâce, que nous nous faisons presque un scrupule de le relever. Cependant ce défaut s'est manifesté, à notre connaissance, dans une circonstance tellement caractéristique, qu'il ne nous est pas permis de ne pas la mentionner ici. M. Richer d'Aube, maître des requêtes, dans la maison duquel Fontenelle, qui était un peu son parent, eut un appartement pendant plus de vingt ans, n'aimait pas les asperges au beurre ; c'était à cette sauce au contraire que Fontenelle les préférait. M. d'Aube meurt ; Fontenelle , en apprenant sa mort, la mort d'un parent, d'un ami intime, d'un bienfaiteur, ne trouve dans sa position rien de cbangé qu'une chose : « Allons, dit-il, nous mangerons désormais à notre aise les asperges au beurre. » Ce fait a été rapporté au P. André, à Caen, par un homme incapable de mensonge et qui vécut longtemps à Paris dans l'intimité de Fontenelle, par M. de Croismare. Un mot pareil ferait presque croire à l'authenticité d'un autre mot célèbre qu'on a mis dans la même bouche : « Il faut, pour être heureux, avoir l'estomac bon et le cœur mauvais. »
De tout ce qui précède, il résulte évidemment que Fontenelle n'était pas un de ces hommes dont l'âme use rapidement le corps , et il n'y a rien d'étonnant qu'il ait prolongé sa carrière de beaucoup au delà des proportions communes. Il fallut bien cependant, quoi qu'il fît pour le reculer indéfiniment, arriver au terme fatal. Cette vie , qu'il avait tant économisée, il fallut ])ien lavoir finir. Fontenelle, pour qui la mort est « le plus grand des maux, » garde, à son approche, non-seulemeni lout son calme, mais encore toute sa gaieté. Lors((ue ses facultés physiques, l'ouïe d'ajjord et par degrés, la vue ensuite et subitement, commencèrent à le quitter : « J'envoie devant moi, disait-il, mes gros équipages. » Ses deux ou trois dernières années furent légèrement incommodées par des faiblesses qui allaient parfois jusqu'à l'évanouissement ; mais sa santé n'en était que médiocrement affectée. Au commencement de l'année 1757, sentant peut-être déjà cette difficulté d'élre, le seul symptôme qui dût lui annoncer sa fin, il demanda (ne discutons pas la sincérité de cette démarche) et reçut les sacrements. Quelques jours après, il tomba dans une de ces faiblesses auxquelles il était sujet, mais ce fut la dernière. Le lendemain, 9 janvier 1757, sur les cinq heures du soir fil avait alors cent ans moins un mois et
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deux jours), il s'éleignil. connue il le dit de (^assini d;nis sou Kloge, sans maladie, sans douleur, par la seule necessile de mourir.