SANADON. T
trop son nuleiir, dont trois pièces à peine sont restées inlaclos. Le système irorlhograplie de l'écrivain, qui consiste à supprimer presque partout les lettres qui ne se prononcent point, à moins qu'elles ne serven t à marquer le genre, le nombre et le temps, et à écrire les dérivés du grec sans accents et avec les mêmes caractères que le latin et le fi'aiiçais, ne pouvait être accepté des élymologistes. Jeune encore, Sanadon avait rêvé cette réforme impossible de l'orthographe ; ses camarades d'études, avant de pouvoir faire des extraits de ses cahiers, étaient obligés d'apprendre à les lire. Dès le seizième siècle et encore de nos jours, de semblables essais ont été vainement tentés , ils le seront toujours, quelques raisons que puissent donner les novateui's. « On n'improvise pas plus, a dit Ch. Nodier, les orthographes que les langues ; ce qui forme irrésistiblement les unes et les autres, c'est le temps. »
En 1728, Sanadon, nommé, parla protection de son élève, bibliothécaire du collège Louis-le-Grand, doima une traduction du Peivigilium Vencris, accompagnée d'une ample préface et de notes abondantes, pleines de conjectures qui parurent aux critiques, et notamment au président Bouhier, plus ingénieuses que solides. Il avait lait au texte des corrections et des changements qui l'ont rendu méconnaissable. Il n'avait pas conservé la mesure des vers, il en avait retranché plusieurs et transposé un grand nombre. « Ce n'est plus, dit Le Franc de Pompignan, la traduction de l'ancien hymne de Vénus ; c'est un poëme composé par le commentateur. »
Le Pervigilium Veneris fut la dernière publication de Sanadon. Il mourut le 21 septembre 1755, dans la cinquante-huitième année de son Age. Il laissait parmi ses papiers plusieurs ouvrages auxquels il n'avait pas mis la dernière main : une géographie en latin; un traité de la versification latine qui devait être suivi d'un autre sur la poésie ; un rudiment ; des commentaires sur les fables de Phèdre ; des commentaires sur les vaisseaux de guerre des anciens ; un trèsgrand nond)re de remarques sur la latinité ; des tragédies qu'il avait fait représenter ; une traduction de la vie de Nicolas Gabrini,dil Rienzi, par Thomas Fortifiocca ; enfin des poésies fugitives et une collection de discours qui annoncent qu'il possédait à un degré assez élevé les qualités de l'orateur. L'oraison funèbre du dauphin et VOraliode
0 LES NORMANDS ILLl STRES.
maïa iiiu:rni<mnn contagione {ilanda, rciilc conlre le «lisfduis Dr ntii ingenii <lii I*. l^oi'ée , son conrrrre , avaient été imprinu-s en 1712 cl 1711. Les Mercures cl les autres rec\ieils du temps conliennonl anssi de lui (|iiel(iues aili«'les ciili(jues. Dans V lissai sur la Musique (le La Horde, t. IV, p. 579, noire anleiir est cité coninie poëte fra?irais, el on lui attribue un mauvais r-ouplet sur le dieu du jour (jui se couche dans l'onde, et qui ne sortirait pas de son lit si malin s'il se couchait dans le vin. Sanadoii a eu seulement le lortde faire passer celle chanson dans la langue qui lui «'lait le jdiis lamilière.On ne connail de lui, en français, que l'épilaplie de mademoiselle de Tendus de lîourdemare, et nous pensons «pi'il a liien fait de s'arr»''ler apivs ce premiei' essai :
Ci gisl Magdelon de Tendes,
A qui sa beauté fit grand los.
Un chacun pour si grand domma;j;('
Cliargela nnort de maint outrage, Fors les galans ; car, grâce à sa vertu, En la perdant, ils n'ont tous rien perdu.
Le V. Sanadon n'était pas seulement considéré dans son ordre, il était recherché dans le monde pour la douceur, la politesse, l'aménité de son caractère, et pour son savoir exempt de pédanterie. Il fui lié avec les hommes les plus distingués de son temps , et sut s'en faire des amis. On a prétendu que son air froid et sérieux avait dégoùlé de lui le prince de Conti, qui l'aurait fait nommer hihliothécaii-e du collège Louis-le-(irand pour se délivrer d'un maître incommode : la lettre suivante du jeune prince à un autre prince, conservée par le Mercure de 175.1, prouve la fausseté de cette accusation :
" C'est avec un sensible regret, monseigneur, que je rappelle à « V. A. le souvenir du feu P. Sanadon, qui a été le premier à vous « recevoir au tribunal de la pénitence, et le seul à diriger voire con- « science à Paris. Il vous aimait tendrement, et il méritait toute la « tendresse que vous vouliez bien avoir pour lui. La France perd en « lui un de ses plus beaux esprits, l'Europe un de ses plus habiles « critiques, et un des derniers disciples du grand Huet. Pour le goût « et la délicatesse, il semblait être du siècle et de la cour d'Auguste. ' Vous vous rappelez, monseigneur, celte douceur, ces grâces et celle