‹ Poètes normands;Chapitre 54 sur 63 · VIII. Raeine vemjè, 1739, in · texte numérisé non relu

VIII. Raeine vemjè, 1739, in

IX. Traduction (\es œuvres de Virgile, Paris, 17 i3, l vol. in 12 et in-8".

X. Traduction en vers des Psaumes; 1725, in-12. Cette traduction nous autorise à placer Desfonlaines parmi les poètes normands, i— L'ahhé de La Porte a publié, en I7."i7, VEsprit de Vahbé Desfonlaines en 4 vol. in-12.

V.iii». — Tyiin^iapliic l^ciUMPG et l'umii., me Daniiette, i.

L'ABBK ÎW HESJXEL

Ne à Rouen iSemelnC) en 1692 Mort à Paris en 1361.

^lutciud/c taifi.

L'ABBE DU BESNEL.

Né à Rouen, le 29 juin 1692, de François seigneur du Bellay, capitaine d'infanterie dans le régiment du roi, Jean-François Du Resnel entra de bonne heure au collège des Jésuites de cette ville , où il fit d'excellentes humanités. Il fut ensuite reçu dans la congrégation de l'Oratoire. Là, son ardeur pour les études, loin de se relâcher un instant, ne fit que s'accroître, au point d'inspirer pour sa santé de sérieuses inquiétudes. Il y acquit une connaissance profonde des langues savantes, et, à l'âge où la plupart des jeunes gens secouent à peine la poussière des bancs, il était déjà versé dans les langues grecque, latine, anglaise, italienne et espagnole. Il avait appris ces trois derniers idiomes à Boulogne, où il professa quelque temps la philosophie. Nonseulement il aimait la littérature des étrangers, mais encore il affectionnait leurs usages et leur tournure d'esprit ; ce qui fît dire un jour à un de ses amis : « Je voudrais être Huron, vous m'aimeriez à la folie. »

La sévérité de ses moeurs autant que ses talents lui concilia l'intérêt de l'évêque de Boulogne, qui lui conféra un canonicat dans sa cathédrale. Après la mort de ce prélat, en 1724, Du Resnel, ayant permuté avec un chanoine de Saint-Jacques-l'Hôpilal, vint fixer sa demeure à Paris. Le duc d'Orléans, auquel il fut alors présenté, l'accueillit avec une faveur qu'il lui conserva toujours, et dont la première marque fut de lui obtenir l'abbaye de Sept-Fontaines.

Les sermons de l'abbé Du Resnel, empreints de majesté gracieuse et de force élégante dans le style, le firent connaître avantageusement au début de cette carrière, qu'il eût sans doute exclusivement adoptée si un crachement de sang opiniâtre ne l'eût obligé de quitter la chaire. De ce jour, il se consacra tout entier aux belles-lettres, et les cultiva jusqu'à sa morl.

2 LKS NUK.MA.NDS ILLLSTKKS.

Uccu Tn(!iiil»re de rAcadéinie royale des iiisci-iptions el licUesleltres le 5 mai 1755, son ha])iliide des lilléralures anciennes el modernes le mil à même d'enrichir les mémoires de celle sociélé de dissertations pleines de remarques et d'aperçus aussi curieux qu'instructifs. Le 50 juin 1742, l'Académie française l'appela au fauteuil vacant par la mort de l'abbé Dubos. Dans cette enceinte connue dans l'autre, il sut mettre à profit sa vaste érudition, en fournissant au nouveau dictiomiaire qui s'élaborait alors plusieurs articles sur la botanique, science qu'il possédait à fond bien qu'il n'en eût jamais fait qu'une étude d'amuscmenl. Nommé censeur royal, il fut choisi à deux reprises différentes pour partager les travaux de la société savante qui composait le Journal Ultéraire de la yadon; il s'y distingua autant parla finesse de son goût que par l'impartialité de sa critique, toujours calme et judicieuse.

Les œuvres de l'abbé Du Resnel, considéré comme poêle, se réduisent à deux traductions en vers français qu'il a faites de Pope : l'une. Essai sur V Homme ; Y nuire, Essai sur la Critique. M. Guilberl, dans ses Mémoires biographiques el littéraires, lui attribue à tort la traduction d'un autre poënie du même auteur, la Boucle de cheveux enle{'ée. Cette traduction est de 3Iarmontel, qui a su faire passer dans la copie toutes les grâces de l'original.

Ce que nous appellerons ses ouvrages en prose, outre son Discours

de réception à l'Académie Française , sa coopération au Dictionnaire

de cette académie, et sa collaboration au Diclioimaire des savants,

sont : un Panégyrique de saint Louis, ]e seul de ses sermons iju'il ait

pulilié, el ses mémoires ou dissertations recueillis par l'Académie des

Inscriptions au nond^re de six, parmi lesquels nous remarquons les

Recherches sur les poètes couronnés (VoeVâi laureati), où l'auteur nous

apprend que l'usage de couronner les poêles subsista jusqu'au règne

de Théodose ; qu'il fut remis en vigueur pour Pétrarque, qui obtint

les honneurs du triomphe sur le Capitole en 1541, et suspendit sa

couronne à la voûte de Saint-Pierre de Rome ; qu'enfin cette ovation

cessa au temps de François P"", et fut pour la dernière fois accordée

sérieusement à Publius Faustus Andrelini, alors âgé de vingt-deux

ans, et dont Vossius a dit que « ses ouvrages étaient une rivière de

paroles, sans une goulle d'espril. »

L'ABBE DU BESNEL. 3

Los Recherches sur Timo:i]emisanihrope, avec celle singulière anecdocle : Un jour, à une assemblée des Alhéniens, Timon monta à la tribune aux barangues. Il se fit aussitôt uh silence général ; tout le monde était dans une grande attente, à cause de la nouveauté de la chose. Timon éleva la voix et dit: « Athéniens, j'ai dans mon babi- « talion un petit terrain où il y a un grand figuier : plusieurs honnêtes « citoyens s'y sont déjà pendus. Comme je vais bâtir sur ce terrain, " j'ai voulu vous en avertirpubliquement,afin quosiquebju'un devons « antres a aussi envie de se pendre, il puisse profiter de la commo- « dite tandis que l'arbre est encore sur pied. »

Maintenant examinons notre sujet au point de vue qui nous guide. Dans son Essai sur la Critique, l'abbé Du Besnel obtint tous les suffrages. On trouva que partout la versification y offrait autant de noblesse que d'aisance correcte et d'élégance sans prétention. Enfin cette traduction fut généralement mise bien au-dessus de VFssai sur V Homme. Nous ne voulons point atténuer par des comparaisons souvent inutiles, et toujours fastidieuses, le mérite incontestable de l'une et de l'autre de ces traductions ; notre mission est plus de rendre juge le lecteur que de nous l'instituer nous-même. Ce que nous avons à faire dans l'intérêt de tous, c'est de choisir autant qu'il est en notre discernement, et parmi leurs propres armes, celles qui peuvent le mieux défendre nos personnages contre une critique trop souvent passionnée jusqu'à l'aveuglement.

Passons à la traduction :

CHANT PREMIEn.

Qu'on ne s'étonne plus si le nom de crilique Est aujourd'hui l'objet de la haine publique; C'est la faute de l'homme, et non celle de l'art. C'est que, loin de le suivre, on décide au hasard. 01>! combien de censeurs, conduits par le caprice, Paraîtraient sans esprit s'ils étaient sans malice ! Sur le vrai, sur le faux, souvent indifféroiils, Scrupuleux et chagrins plutôt que pénétranis, Ihdiiles à railler, incapables d'instruire, Ils n'établissent rien, leur but es( de (létruir(>.

Tout poëmc qui plaît n'est jamais mal écrit : Rarement sur le goût le cœur trompa l'esprit. Sophiste pointilleux, je ris de ta censure : Je ne t'écoute point où parle la nature; J'aime mieux un autour sublime et véhément, Qui tombe quelquefois, mais toujours noblement, Que ces rimeurs craintifs, gênés dans leur justesse, Où, si rien ne déplaît, rien aussi n'intéresse : Pour écouter leurs chants je fais de vains efforts, Et, sans les critiquer, je bâille et je m'endors.

Il est presque impossible de rendre le texte avec plus de bonheur et de concision que ne le fait ici l'interprète. Qui ne le mettrait de moitié avec le poëte anglais? II est plus heureux encore quand il s'agit de poésie imitative ; certes l'abbé Delille, le prince de nos traducteurs, n'eût pas désavoué cette délicieuse tirade, que nous ne craignons pas d'élever au niveau du sujet original :

Mais c'est peu dans un vers que de fuir la rudesse ;

Il faut que le son même avec délicatesse

Fasse entendre au lecteur l'action qu'on décrit,

Et que l'expression soit l'écho de l'esprit.

Que le style soit doux lorsqu'un tendre zéphire

A travers les forêts s'insinue et soupire;

Qu'il coule avec lenteur quand de petits ruisseaux

Roulent tranquillement leurs languissantes eaux :

Mais les vents en fureur, la mer pleine de rage.

Font-ils d'un bruit affreux retentir le rivage :

Le vers comme un torrent en grondant doit marcher.

Qu'Ajax soulève et lance un énorme rocher,

Le vers appesanti tombe avec cette masse.

Voyez-vous, des épis effleurant la surface,

Camille dans un champ qui court, vole et fend l'air * :

La muse suit Camille et part comme un éclair.

S'il faut assigner aux critiques de nos jours un modèle d'impartialité, de fermeté sans entêtement, de sincérité polie, de hardiesse sans hauteur, desévérité sans rigorisme. . . l'auteur choisit ainsi son modèle :

Pope a tiré celle idée de Vir^iile.

111a vol inlaclœ spgelis pcr summa volaret

Gramina, noc toncrascursn laesisscl aristas. (Enkide, I. vu.)

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