‹ Poètes normands;Chapitre 59 sur 63 · L. H. BARVTTE · texte numérisé non relu

L. H. BARVTTE

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Amazones (les), tragédie en cinq actes en vers. Paris, F. Mérigot, 1749, in-8°.

Colombiudc [la), ou la foi portée au Nouveau-Monde, poënie. 1756, in-S", (ig.

OEuvres poétiques (ses). Paris, Nyon aîné, 1788, 2 vol. in-12.

Paradis terrestre [le), poëme imité de Milton, par madame Du B***. Londres, 1748, in-8".

Poésies diverses, publiées avec une notice, par M. Lepeintre. Édit. stér. d'IIerhan. Paris, madame Babo-Bustchert, 1825,in-18.

OEuvres (recueil des es), augm. de l'imitation en vcrsdu poème û'Abcl. Lyon, les frères Périsse, 1762, 1764, 1774. 3 vol. petit in-8°.

Ces trois volumes contiennent : Tom. I, le Paradis terrestre , poëme imité de Milton (en six chants) ; l'imitation en vers du i^oémcà' Abel (en cinq chants); le Prix alternatif, poëme qui a remporté le pri\ de l'académie de Rouen, distribué pour la première fois le 12 juillet 1746; les Amazones, tragédie; le Temple de la Renommée, poëme de Pope, trad. en vers français -, Poésies diverses. Tome II, la Colombiade ; Oraison funèbre du pritice Eugène de Savoie, par le cardinal Passioneï, alors nonce à Vienne, trad. de l'italien; la Congiura dit Valstein, tradolta del francese {di Sarasin) en italiani ; traduction commencée à Borne par l'auteur, mais qui n'a pas été achevée. Tome III, Lettres sur l'Angleterre, la Hollande et l'Italie.

Paris. — TyiiogiMjiliie Lacrampe el coimi., rue Ujuiicltc,

LffSaruHe. tùr

GABRIEL BORNAT

Né a Rouen i.î'' [lu I fiil729

La fin de l'année 1854 fnl, pour la vieille capitale de noire Normandie, une époque bien ménioralde. Dans les premiers jours d'octobre, cette cité voyait, après deux siècles d'attente, s'élever sur sou piédestal la statue de Pierre Corneille ; (pielques jours plus lard, elle exprimait, par des larmes, dans une solennité funèbre, la douleur que lui faisait éprouver la perte de Boïeldieu.

En elfet. Rouen tout entier avait applaudi à la glorification de son grand poëte, Rouen tout entier avait pleuré sur la tombe de son illustre musicien. Certes, nous ne pouvons douter que le souvenir de ces ovations, rebaussées de tout l'éclat de la renommée des personnages qui en étaient l'objet, ne soit resté profondément gravé dans la mémoire de beaucoup de ceux qui en furent les témoins ; mais un fait qui pourrait bien être tout à fait oublié, c'est que, dans le même temps, une autre célébrité rouennaisc, beaucoup moins retentissante il est vrai, venait de s'éteindre, après avoir fourni une carrière de plus d'un siècle.

Rappeler une existence séculaire, n'est-ce pas déjà avoir nommé celui à la mémoire duquel nous allons consacrer quelques lignes biographiques? n'est-ce pas avoir nommé le vénérable J.-F.-G. Dor>'.\v, doyen de plusieurs Académies, et dont les titres littéraires se trouvent consignés, en grande partie, dans les publications de ces sociétés savantes ?

C'est à cette source que nous avons dû puiser les principaux documents à l'aide desquels nous allons essayer de faire connaître le but et apprécier la portée de l'esprit du poète philosophe, de celui ([ui n'a cessé

1 Nous empruntons ceUe cxcellcnle Notice à la Jievue de Rouen (mars 1846). La sévcrilc qui préside à la rédaction de ce recueil est pour nos lecteurs un sur garant de l'esprit de conscience qui a dicté cette biographie, une des plus remarquables entre celles que la lieviie de Rouen a déjà consacrées aux célébrités normandes.

Le portrait est la reproduction fidèle du dessin original par H. Langlois. Nous remercions ici M. Delaquéricre, neveu de M. Dornay, de la gracieuse complaisance (pi'il a mise à nous confier ce dessin.

2 LES NORMANDS ILLl'STHES.

un seul inslant, j)enduiil sa longue; can'iiTc, du se monlrer, dans ses aclions et dans ses écrits, l'un des plus généreux amis de l'iiunianilé.

Empressons-nous, toutefois, de constater (|ue déjà une Noiicc hiograi)lii(pie a ét(; publiée, sur noire compatriott; cenleiuiirc, par un lionnne qui a eu le bonheur d'être son ami, l'Iionorable M. Tougard ; certain de l'assentiment de l'auteur, à l'obligeance dutiuel nous nous plaisons à rendre hommage, nous nous[»ermcttrons d'(;mprunter, à son intéressante Noiicc, les passages suivants. Nous croyons ne pouvoir mieux commencer notre }ianégyri(|ue.

« Jean-François-Gahriel Dou.nav na((uit à Rouen, le 23 août 1720. Son père était procureur ; il le perdit Tort jeune, et perfectionna luimême ses études. 11 fut reçu lic(;ncié à Caen ; bientôt après, il prêta le serment d'avocat au Parlement...

« M. Dornay, jeune, ardent, passionné, avait lu les écrits de tous les auteurs contemporains : leurs vers, leurs pensées étaient gravés en traits de feu dans sa mémoire ; il les connaissait presque tous ; mais Voltaire était à Ferney, où la publication de son poëme de la Piicelle l'avait conduit par suite des allusions sanglantes qui s'y rencontraient à l'égard de Louis XV et de madame de Pompadour. M. Dornay voulut contempler les traits du prince des poètes ; cette vue était un besoin, une nécessité qu'il devait satisfaire.

« Le voyage de Ferney était pour lui ce qu'est celui de la Mecque pour un vrai croyant. Il s'impose des privations ; il amasse les frais de son voyage ; son petit trésor est-il à peine suffisant, qu'il part pour la demeure du philosophe. Il y arrive inconnu ; il entre dajis un appartement où étaient rassemblés plusieurs jeunes gens, occupés à faire des extraits par l'ordre de Voltaire. — Qui êtes-vous, et que demandez-vous? lui dit-on. — Voyageur français et normand, je n'ai d'autre désir que de voir le maître de ces lieux. — Ce langage intéressa les secrétaires en faveur de l'étranger. — Rien de plus facile, lui répondirent-ils ; restez ici : M. de Voltaire y va venir chercher les extraits qu'il nous a demandés.

« M. Dornay s'assit à la table des travailleurs, et s'occupa luimême à les seconder. Voltaire arriva peu après, et prit successivement toutes les notes dont il avait besoin. Parvenu auprès de M. Dornay, il voit une ligure inconnue : — Qui êtes-vous, jeune homme, et qui

(rAHRIEL DORNAY. 5

vous a i»lacé là \ lui dit-il. —Le jeune voyageur répond de son mieux, en lui faisant connaître le luolil' de son voyage. Voltaire, quoique philosophe, était glorieux de sa renommée; il fut sensihle à la réponse de ce secrétaire improvisé, examina son travaU, le trouva bon, et le lui dit. Deux heures après, M. Dornay reçut une lettre d'invitation à se présenter au château, et fut ensuite admis aux soirées de madame Denis, illustre compagne du génie de Ferney.

« C'est à M. Dornay lui-même qu'il fallait entendre raconter les détails de ce voyage, rappeler les conversations auxquelles il avait assisté, tracer les portraits des hommes (pi'il avait rencontrés. Dans sa bouche, tous ces récits étaient palpitants d'intérêt, et, malgré les cent années qui pesaient sur sa tête, il savait, par le charme de son élocution, si bien reproduire toutes ces choses, qu'il semblaitles avoir sous les yeux. « Avoir connu Voltaire et ne pas avoir vu le grand Frédéric, eût été laisser son voyage imparfait. Aussi se dirigea-t-il vers la cour de Berlin, où il vit le roi de Prusse, au moment où le philosophe de Sans- Souci \e\VA\i de se brouiller avec celui de Ferney... »

La Hollande, la Suisse, Rome, les principales villes d'Italie, le Piémont et les provinces méridionales de France, furent également l'objet des explorations de J.-F.-G. Dornay.

De retour dans sa ville natale, en 1765, il fut reçu à l'Académie de Rouen, et y fit son entrée par un remarquable discours sur l'Emulation . Peu de temps après, il lisait à la même Compagnie un intéressant mémoire sur les Moyens de rendre les voyages utiles. Il examinait, dans ce travail, cette utilité sous trois points de vue dilfércuts : le premier en ce qui concernait les voyageurs mêmes, le second en ce qui était relatif à la patrie, et le troisième en ce qui touchait l'humanité en général. Les vues les plus progressives, les plus liantes questions d'économie sociale, avaient fait le fond de ses études ; elles étaient l'unique objet de ses méditations : aussi, lorsque, cette même année, l'Académie de Caen mit au concours cette question : « Quelles dislinctions peai-onac- « corder aux laboureurs, tant propriétaires que fermiers, pour multiplier « les familles dans cet étal utile et respectable, sans en ôter la simplicité « qui en est la base essentielle ? « notre conq)alriote se mit au nombre des concurrents. Le mémoire qu'il présenta renfermait déjà, eu majeure partie, les principes de sage philosophie et de saine morale qui

4 LES NORMANDS II>Ll'STl\l!:S.

(Icvniciil S!) (l('!VC'loj)|t(!i' à im si Ii;uil degré cIk'z (•el écrivain yiissi irréproclial)lc dans ses actions que plein d'indépcindance dans la rnanileslation de sa pensée. Ecoulons-le répondre, dans ce mémoire, à ceux qui proposaient alors d'accorder aux laboureurs et aux fermiers, comme moyen d'encouragement, des récompenses lionorifiques.

« Eh quoi ! — disait-il, — on parle; d'honneurs et de distinctions « pour les gens de la campagne, et ils sont encore dans l'abjection et « la misère! On veut en faire des illustres, et ils sont toujours escla- « ves! On cherche à leur assurer le superflu, et ils n'ont pas même le « nécessaire ! N'intervertissons point l'ordre des choses : commençons « par briser leurs fers pour en faire des hommes ; gardons-nous encore, « après cela, de tenter leurs âmes simples et honnêtes par l'appât « des distinctions de la vanité. Le bonheur doit être le partage de la « vie chanipêlrc ; tâchons de le lui procurer, et, comme le vrai bonheur « ne peut exister sans mœurs, évitons tout ce qui les corromprait. »

Puis, se livrant à des considérations dont la portée politique avait pour but un acte d'affranchissement dont peu de personnes osaient encore prévoir la réalisation, il disait : « Je désirerais que l'on accou- « tumât la nation à compter l'ordre des paysans pour quelque chose « dans l'Etat ; que les habitants des campagnes participassent à la « chose pul)li(|ue, pour une portion quelconcfue d'autorité qui leur « serait confiée. C'est encore un moyen eflicace pour réveiller dans « leurs âmes honnêtes un sentiment patrioti(pie ; ce serait en faire des « citoyens, des hommes; ce serait la plus belle ou du moins la pre- « mière distinction que l'on pourrait leur accorder, et celle de toutes « qui serait la moins nuisible à la pureté de leurs mœurs. »

Certes, si l'on réfléchit, comme le dit fort bien l'auteur de la Notice dont nous venons de parler, que cela s'écrivait en 17G5, sous l'empire du pouvoir absolu, qui souvent remerciait le donneur d'avis par unordre d'emprisonnement à la Bastille, on conviendra qu'il fallait un certain courage pour s'exprimer ainsi dans un Mémoire destiné à la publication, s'il obtenait le prix ; ce qui ne manqua pas d'arriver : le 3Iémoire fut couronné , et ce succès académique commença la réputation de l'auteur.

Quelques années plus tard, ramené pour toujours à des goûts sédentaires, Dornay ne s'occupa jdus qu'à mettre à [)rolil, dans l'in-

fiADUIEL DORNAY. 5

tôrèt (le ses principes, tout ce qu'il avait acquis de ses bonnes et solides éludes, de ses nombreux et utiles voyages.

En politique, s'associant aux idées préduminanles chez les esprits supérieurs de son époque, il écrivait des observations pleines de sagesse sur l'esprit national et les principes du gouvernement français ; en agronomie, science dont il faisait alors une étude spéciale, il composait un ouvrage concernant les lois agricoles, dont il lut l'introduction dans une séance i)ubli({ue de l'Académie. Cet ouvrage méritait, à tous égards, de devenir le code des propriétaires et des cultivateurs.

En 1776, un nouvel appel était fait aux écrivains s'occupant d'économie politique ; l'Académie de Lyon mettait au concours cette question : « Quels avanlages on pourrait lirer de la confeclion ou de la re- « paralion des chemins de traverse, etc. »

Notre compatriote, qui ne perdait jamais de vue tout ce qui pouvait contribuer à la splendeur et au bien-être de son pays, se mit encore sur les rangs, et cette fois encore il oblint la palme académique. Ce triomphe était justice; car ce travail, d'une clarté et d'une précision remarquables, accusait, dans toutes ses parties, les connaissances variées de l'auteur, auquel nous laissons exprimer lui-même, dans un passage de son Mémoire, tout l'enthousiasme que lui inspirait l'amour de la patrie : « A l'imitation des Romains, excitons chez nous une noble « émulation ; réveillons l'amour de la gloire, toujours inséparable de « l'amour de la patrie ; mais aussi, que la patrie soit reconnaissante, « et qu'elle transmette à la postérité les noms de ceux qui auront fait « pour elle de grands sacrilices. Il y a mille moyens en France pour « inspirer de belles actions... »

Puis, plus loin, s'adressant aux riches, à la générosité desquels il faisait un appel, il s'écrie : « Qu'elle a de douceur, la gloire d'enri- « chir, féconder et embellir toute une contrée, fournir du travail aux « pauvres, faire disparaître la misère, trouver partout sur ses pas des « cœurs reconnaissants, des amis, des enfants ! Je l'ai dit cent fois, « je ne puis concevoir qu'il ne vienne point dans le cœur, ou au moins « dans la fantaisie de nos millionnaires, qui dépensent avec tant de « légèreté des sommes énormes dont ils ne retirent d'autres fruits que « des douleurs et des remords, de s'illustrer, de se faire aimer par « quelque entreprise , par queh(ues monuments utiles , commodes

« ou agréables à leurs roneiloyens, d'associer k-iir propre gloire à « celle delà nation, de placer leur nom pour jamais parmi ceux des « bienlaileurs de l'Iiumanilé, plutôt (pu3 le voir perdre dans un cra- " piileux oubli, ou, ce qui est pis encore, de le voir rangé parmi ceux « des extravagants, des corrupteurs du goût et des mœurs, des « fléaux de l'État et de la vertu. »

Pl(!in d'une vive sympathie poui- celui (pii sait si bien exprimer d'aussi nobles ri généreuses pensées, suivons-le dans ses travaux littéraires et jibilanliiropiipies cpii devront être encore si nombreux.

Reirouvons-le, en l'an XIII, à la Société libre d'Émulation, dont chaque membre est, appelé à traiter le sujet le plus en rapport avec ses idées, et où il choisit, lui, cette question à résoudre : « Quelle « influence exerce, sur l'imagination et sur les mœurs du peuple, l'effu- « sion du sang des animaux qu'il voit massacrer tous les jours, et prin- « cipalement dans les villes. »

Ce texte lui fournit l'occasion de faire connaître sa pensée sur une question qui, de nos jours encore, est souvent, pour les hommes éclairés, l'objet de sérieuses méditations.

En se résumant, il demandait alors, avec l'éloquence d'une ame pleine de sensibilité, il demandait l'abrogation des supplices des criminels ; il voulait ([ue tout ce qui présente une image cruelle et repoussante lut éloigné de la vue des honnêtes gens.

Dans ces heureuses dispositions en faveur de l'humanité, dans cette activité incessante ({ui le portait à s'occuper du bien-être de tous, sa ville natale ne pouvait manquer non plus d'être l'objet particulier de sa sollicitude, et c'est aussi ce que la môme société savante eut à constater dans la lecture qu'il lui fit, en 1800, de son Essai sur la ville de Rouen et sur les travaux faits et à faire pour la plus grande utilité et le plus grand avantage de cette ville.

Doruay passe en revue, dans cetEssai, les améliorations et embellissements que notre cité a successivement reçus depuis le cardinal d'Amboise jusqu'à M. de Crosne ; il s'occupe des places et fontaines; il rappelle avecregret de beaux plans abandonnés et d'excellents terrains dont ona négligé de tirer parti pourla construction de quelques édifices utiles; il termine en réclamant le redressement de dillerentes voies publiques qui coiuluisent à la ville, et qui traversent l'intérieur de sou enceinte.

Le meilleur éloge que nous puissions faire de cet ouvrage, dans lequel notre compatriote se montre aussi profond (''conomiste que citoyen généreux, est de constater, avec M. Tougard, que ses prévisions étaient justes, puisque la plupart de ses idées furent adoptées dans la suite.

Mais n'abandonnons pas encore l'infatigable académicien, qui, la même année, en sa qualité de vice-directeur de sa compagnie, était appelé à faire une allocution aux élèves de l'Ecole Polytechnique. Avec quelle force d'expressions il leur fait comprendre l'utilité des sciences qu'ils étudient! Avec quelle pénétrante conviction il leur fait entendre des paroles propres à leur inspirer les sentiments du plus pur et du plus ardent patriotisme ! Sa tâche n'est pas encore terminée : voici la séance publi([ue de l'Académie dont il préside les travaux, et où il lit un discours d'ouverture, empreint à chaque ligne des généreux sentiments qui l'ont toujours animé :

« Malheur! — s'écrie-t-il encore dans un passage de ce discours, — « malheur à toute société littéraire, malheur à tout savant, à tout « honmie de lettres, à tous ceux qui parcourent la vaste carrière « des arts libéraux et mécaniques, qui n'ont pas pour but principal « et constant le bien général, l'avantage de la patrie, le bonheur de « l'humanité, le soulagement de la grande famille, c'est-à-dire de « tous les êtres raisonnables. Plût au ciel que tous les hommes ne « composassent, en effet, qu'une nombreuse et indissoluble associa- « tion, et que la vie ne fût qu'un échange continuel de bons offices ! »

Retrouvons-le, deux ans plus tard, à cette môme Académie où il examina cette question : « Quelles sont les vcrlus qui honorent le plus « l'espèce humaine... ? » — « A cette belle question, dit-il, je me suis «' arrêté comme par inspiration; un sentiment sublime et doux s'est « emparé de moi ; j'éprouvais déjà une sorte de bonheur difficile à expri- « mer, mais délicieux à éprouver ; je m'en demandais la raison : elle se « présentait d'elle-même ; j'allais parler de la vertu. »

Et voici en quels termes il parlait : « Celui (pii, dans le silence, sou- « vent même dans l'obscurité, se voue au soulagement des misères hu- « maines ; celui qui, par des bienfaits cachés ou connus seulement de « celui (pli en est l'objet, lui assure l'existence, l'honneur et la liberté ; « sans doute, tous ces hommes doivent être classés parmi les êtres « heureux qui honorent l'humanité par leurs vertus. »

8 LES NORMANDS ILLl'STRES.

Là se borne à peu près ce que nous connaissons des prodiulions qui nous ont semblé capal)b's de faire apprécier le mérite du vénérabbî J.-F.-G. Dornay, connue écrivain prosateur, (^'est mainlenaut sons une autre l'oriue qu'il va nous apparaître ; c'est dans un langage pour lequel il eut toujours, comme il le dit lui-même, une prédilection manpiée, qu'il va nous initier à ses pensées les plus intimes.

Les premiers vers que nous ayons à citer sont ceux qui lui furent demandés [)our servir d'iuscripliou au rideau du tbéàtre de Rouen, lorsque ce lliéàlre fit son ouverture eu 177G. Voici celte inscription :

« Vous qu'amènent ici vos loisirs et nos jeux,

« Sortez-en plus instruits, meilleurs et plus heureux. »

C'était là, comme on le voit, une œuvre des plus modestes, du moins sous le rapport de l'étendue ; eh bien ! cela n'empêcha pas que cette inscription de deux vers fût vivement critiquée et en fit éclore une trentaine sur le même sujet, i>ar didcrents auteurs, et nous croyons même en différentes langues.

Remarquons pourtant que le poêle qui avait chanté les Abeilles^, dont sou esprit imitait la diligente activité en même temps que son â/ne conservait la douceur de leur miel, ne fut point agité de ces critiques, et n'en continua pas moins à faire des vers et à les lire aux sociétés savantes, qui les écoutaient avec tout l'inlérèt que leur devait insjiirer le talent de l'auteur.

Mais la tourmente révolutionnaire devait suspendre, au moins pour quehpie temps, les chants du poêle, pour lui faire prendre une part active dans les travaux politiques -. Plus lard, il retrouva ses inspirations : c'est ainsi qu'en 1807, avec la gaieté d'Anacréon, il faisait enteiulre à ses amis ces strophes charmantes, dans lesquelles il se proclamait octogénaire :

J'arrive à mes quatre-vingts ans, Point trop fatigué du voyage; Puisqu'on ne peut fixer le temps, Semons au moins des fleurs sur son passage.

On dit que le cœur n'a point d'âge,

1 Celle pièce, dont nous ne trouvons pas de trace, fut composée en 1764.

2 En 1792, il faisait partie des administrateurs de district du département de la Seine- Inférieure.

On a raison ; malgré mes cheveux blancs, Les plus doux sentiments sont encor mon partage. J'ai près de moi mes amis, mes enfants : Pour être heureux, en faut-il davantage?

Au beau cortège des neuf Sœurs J'ouvre mon àme épanouie.

Tous les goiîts, tous les arts, fruits heureux du génie,] Ont pour moi les mêmes douceurs

A l'exemple d'Horace, il invoque ce dieu puissant,

.... Ami de la vieillesse Dont la liqueur enchanteresse Inspire, en nos riants festins, Le fin couplet, la brillante allégresse

Puis, se reportant vers ses plus belles années, dont le souvenir n'est déjà plus qu'un rêve qui s'évanouit, et qu'il s'efforce encore de retenir, il s'exprime ainsi avec une douce mélancolie :

Pourquoi me fuir, agréable chimère?

Le temps, l'impitoyable temps Me conduit à grands pas au bout de ma carrière. Bientôt j'aurai vécu, vécu quelques instants, Bientôt mes yeux seront fermés à la lumière. Tout ce qui commença doit avoir une fin ; C'est une loi de la nature ; Subissons-la sans regret, sans murmure, Mais jouissons jusqu'au déclin.

Mais peut-on bien jouir à voir souffrir les autres? Soulager les chagrins, c'est alléger les nôtres ; Les voir heureux, voilà l'objet de mes désirs. Égo'istes glacés, laissez-moi ce plaisir. Et sans regret je vous laisse les vôtres

Toujours les mêmes senlimeuts pour ses semblables, toujours l'bomme de bien et le philosophe, qui, par le bon emploi qu'il a fait de sa vie, ne saurait redouter la mort :

Qu'ai-je à craindre de son approche'/

J'ai fui le mal, j'ai fait le bien ; De l'amitié j'ai serré le lien.

Pour l'être pur et sans reproche, La mort n'est plus qu'un paisible sommeil. ...

Par bonheur, noln; oxcellenl vieillard esl jeune encore, malgré ses qualre-vingls ans, et la morl ne devra pas le livrer de sitùl à ce paisible sommeil; le rianl domaine des chimères dans lequel son imagination se plaît tant à s'égarer, ne devra pas non plus lut être si tôt fermé.

En voici la preuve dans (juel(|ues vers d'une petite pièce dont le sujet est précisément un songe. Le poète suppose qu'un beau soir de printemps il s'endort

Sur l'herbo tendre, élastique et fleurie,

et qu'un songe le tninsporle dans un monde nouveau, où les femmes sont toujours belles, et, ce (|ui vaut mieux encore.

Toujours tendres, toujours fidèles, ^

Les hommes toujours indulgents, Toujours vrais, toujours bienfaisants. . . .

Dans cet empire.

On était heureux, c'est tout dire; Jouir vaut mieux que raisonner.

Mais le songe s'évanouit, et il s'écrie, en se réveillant :

Pour être heureux il faut rêver !

Le poêle, pour prolonger son boidieur, va prolonger aussi ses agréables rêves, auxquels il sait donner autant de variété dans la forme, que d'élégance et de naïveté dans la manière de les exprimer.

Ecoutez plutôt cet ingénieux plaidoyer entre la Mémoire et l'Oibli :

Un jour, la Mémoire et l'Oubli Eurent ensemble une querelle, Querelle d'amitié, d'espèce bien nouvelle. L'ordre de discuter fut bientôt établi ; La Mémoire était femme, et parla la première; Il s'agissait de discuter entre eux Lequel rendait les hommes plus heureux. . . .

La Mémoire cherche à se donner gain de cause, en élablissanl que c'est elle qui rappelle au souvenir des humains les heures fort nuées de l'existence ; elle soutient que, si les hommes savaient

jouir de ses bienfaits,

ils seraient plus heureux, ils seraient plus parfaits.

L'Oubli soulient, de son côlé, que la somme du mal remportant icibas sur la somme du bien, il doit être par conséquent plus avantageux d'oublier que de se ressouvenir :

Pour calmer tous les maux dont le monde est rempli, Le Ciel, dans sa bonté, créa l'heureux Oubli

A qui des deux accorder la victoire? dit à son tour le poëte :

Tous deux également ont des droits sur nos cœurs.

Profitons sans juger ; disons à la Mémoire :

« Des vertus, des talents et surtout des bienfaits,

« Rappelle fréquemment la consolante histoire ;

« Puisse, à son tour, l'Oubli, que suit la douce paix,

« De l'être infortuné taiir enfin les larmes,

« Sur nos jours trop bornés répandre quelques charmes,

■< Et, par cet accord généreux, « Les hommes devenir meilleurs et plus heureux! »

N'ùublie-t-on pas, en lisant ces vers, que l'auteur est plus qu'octogénaire? Ou plutôt, n'aime-t-on pas à se le rappeler, pour s'en étonner davantage?

Pour prolonger cet étonnement, passons aux dernières productions du poëte, qui va nous prouver que, jusque dans sa centième année, il conservait encore toute la fraîcbeur de son imagination. Écoulons-le s'exprimer, dans une épître adressée à une jeune dame qui cultivait avec succès la poésie et la botanique :

Heureux qui, comme vous, bonne et sage Amélie,

Sait connaître le prix du temps.

Heureux qui, comme vous, au printemps de la vie, Unit le don de plaire aux vertus, aux talents.

Après avoir invité Amélie à l'accompagner au milieu de cette végétation embaumée dont lui-même a toujours tant aimé la culture, il l'exhorte à suivre son penchant pour les délicieux passe-temps qu'elle s'est créés, etqu'il serait si heureux de pouvoir encore partager. Oh! lui dit-il:

Si je n'avais que vingt-cinq ans,

Je réclamerais l'avantage De partager vos goûts, vos travaux séduisants. Vains projets! vains désirs! l'impitoyable temps

42 LES NORMANDS ILLUSTRKS.

M'a t)ul ra\i.... sauf le courage; Je vois mal, et vais à pas lents. . . .

Si, dans quelque heureuse lelraitu, Jusques à présent trop secrète.

Vous parvenez à découvrir La plante qui fait rajeunir.

Votre fortune est faite, ô ma chère Amélie!

Mais ce prodige mémorable Ne s'est vu qu'une fois, dit-on ; On parle souvent de Tithon, Oui, mais ce n'est que dans la fable.

Il devait appartenir à celui dont la vie avait parcouru une aussi longue carrière de décrire les différentes phases par lesquelles l'existence humaine doit passer, et c'est une tâche dont il va s'acquitter dans une pièce intitulée : le Voyage de la Vie, dont voici quelques vers :

On nous dit, et l'on a raison, Que notre vie est un voyage; J'admets cette comparaison, Elle est fidèle et fait image.

Et il commence par nous exposer l'image si tristement fidèle de tous les fléaux qui affligent notre pauvre humanité ; il peint avec une grande variété de couleurs et une touche des plus vigoureuses les Irihulations et les misères que l'homme rencontre sur sa route lorsqu'il se laisse diriger par ses folles passions ; mais il s'empresse de jeter un voile sur un aussi désolant tahleau, et c'est maintenant à des couleurs moins somhres que ses pinceaux vont avoir recours :

C'en est trop; éloignons, s'il se peut, de nos yeux Ces tableaux aftligeants des humaines misères; Sur les égarements de nos coupables frères

Jetons un voile olficieux.

Pardonnons, oublions, pratiquons la clémence ; L'être le plus parfait a besoin d'indulgence.

Pour l'honneur de la vérité,

Pour l'honneur de l'humanité.

(tAHUIKL DORNAY. 13

Pour rendre ù nos esprits un calme salutaire. Croyons qu'il est encor des vertus sur la terre. Croyons qu'il est encor des êtres fjénéreux Qui mettent leur bonheur à faire des heureux; De grands consolateurs, des cœurs purs et sensibles, Au cri de la douleur en tout temps accessibles. C'est là, c'est auprès d'eux qu'il faut nous réunir.

N'oublions pas une petite fleur pleine de parfums, ofi'erle par le vieillard à la jeunesse et à la vertu. Voici à quelle adresse allait cette fleur : Un pèhe a sa fille.

Pour captiver le cœur et l'esprit de ton père, Aimable et chère enfant, dis-moi, comment fais-tu? Tu l'aimes tendrement, voilà tout le mystère. Aime aussi ton époux-, pour régner et pour plaire, 11 est deux sûrs moyens : l'amour et la vertu.

Il avait dit, avant, dans la bonté de son âme :

0 céleste amitié! divinité suprême!

Exauce en ce moment le plus doux de mes vœux : Pour ce couple charmant que j'estime et que j'aime, Retranche à mon bonheur, et les rends plus heureux.

Enfin, nous touchons au moment où l'aimable vieillard que Dieu semblait avoir oublié sur la terre , paroles qu'il se plaisait à répéter, va, comme le cygne, exhaler son plus harmonieux chant. Ecoutez, c'est un chant d'adieu :

J'ai chanté mes quatre-vingts ans :

J'étais jeune encore à cet âge ; J'avais encor des goûts, des désirs et des sens ; Quelques fleurs se montraient parfois sur mon passage ; Je croyais au bonheur, c'était presque en jouir. Ce beau rêve est passé pour ne plus revenir. Quelques instants de plus, et ma tâche est finie. Dieu ne nous donne point, il nous prête la vie; Et, quand il la réclame, il lui faut obéir.

J'ai voyagé longtemps, bien longtemps sur la terre, Où tout est, pour le sage, et merveille et mystère -, Sur ce globe pesant, dans les airs entraîné, Par d'invisibles mains sagement gouverné,

Si grand à nos regards, si petit dans l'espace, Où l'homme fièrement prend la première place.

Rien de [ilus élevé pur l'expi-essioii, rien de plus proloiid par la pensée, que celle belle slroplic. Rien, aussi, de mieux seiili ([ue les adieux que le poêle va faire enlendrc :

Adieu, riant séjour de ma paisible enfance! Adieu, temps fortuné de joie et d'espérance ! Adieu, jardins fleuris! Adieu, gazons charmants ! Bien plus charmants encore à l'âge de vingt ans. Adieu mes bons amis, et mes bonnes amies, Vous chez qui les vertus aux grâces sont unies. A la pure amitié bornant tous vos désirs, Partagez mes douleurs et doublez mes plaisirs.

Adieu mes souvenirs! Adieu tout ce que j'aime! 11 faut nous séparer : telle est la loi suprême. Le moment du repos est enfin arrivé.

Vers le plus grands objets je me sens élevé. De se 5 liens mortels bientôt débarrassée, Jusq' es à l'Éternel s'élance ma pensée.

Le meilleur éloge de ces vers si remplis d'une ex([uise sensihililé ne sera-t-il pas fail, quand nous aurons dit que l'auleur avail alors quatre-vingl-qu nze ans ! I !

Tels sonl les litres littéraires et philanthropiques qui recommandent notre vénérable compatriote à noire souvenir, qui le recommandent à l'admiration de tous ceux dont les sympathies s'éveillent au seul nom d'un homme de bien. Pour nous, qui n'avions d'autre but que de nous faire, dans cet article, le simple biographe, ou plutôt l'hundjle apologiste du poêle philosophe, nous laisserons à des écrivains plus capables à décider quelle })lace il convient de lui assigner parmi les célébrités contemporaines ; nous laisserons à des critiques idus éclairés le soin de rechercher si, dans ses écrits, il ne se rencontrerait pas quelque étincelle de la philosophie et de l'esprit de Voltaire, s'il ne se trouverait pas, dans ses vers, beaucoup de la facilité el du naturel de Chaulieu, et un peu de la grâce et de la naïveté du bon La Fontaine.

Nous ne dirons plus que quelques mots, qui serviront à faire conliaître jusqu'à son dernier moment celui dont les bienfaits et les talents

GABRIEL DOIINAY. 15

devront triompher de l'oubli ; nous le montrerons encore à nos lecteurs, présidant, en 182B, dans sa centième aiuiéc, une séance publi(|uedela Société libre d'Emulation, où il improvise un discours remar({uable par la clarté etl'élégance.Nous le retrouverons, deux ans plus tard, luttant avec le célèbre improvisateur Eugène de Pradel, qui lui fut présenté :

Avant-hier (dit-il) j'avais cent deux ans,

Aujourd'hui je n'en ai que trente ;

De cette énigme embarrassante

Voici le mot et le vrai sens :

Un nouvel Amphion et ses enchantements, Ou, si vous l'aimez mieux, Pradel et ses talents, Ont su me rajeunir

Accompagnons maintenant l'illustre centenaire jusqu'au sein de sa famille, jusqu'au milieu de ses nombreux amis; recueillons avec respect les paroles qui vont s'échapper de ses lèvres, d'où le souffle de la vie va bientôt s'exhaler; inscrivons cette sage maxime, cette réponse à l'un de ses amis qui l'interrogeait sur les moyens qu'il avait employés pour se conserver une santé aussi parfaite jus([ue dans un âge aussi avancé, cette réponse : « J'ai usé de tout, et n'ai abusé de rien. »

Contemplons-le avec une sainte vénération, en le voyant, quelques jours avant sa mort, faire sauter sur ses genoux sa quatrième génération. L'enfant dont il était le trisaïeul prenant plaisir à caresser de ses petits doigts le front ridé du bon vieillard, — « Voyez, mes amis ! disait-il à « ceux qui l'entouraient, les deux extrémités de la vie se touchent ; un « être qui entre dans le monde jouant avec un autre qui en sort. »

En effet, l'heure de sortir de la vie était arrivée pour lui, et, le 25 novembre 1854, il expirait entre les bras de sa petite-fdle, mademoiselle Louise Dornay, qu'il appelait son Anligone. Il entrait alors dans sa cent sixième année.

Ainsi s'éteignit ce Nestor de la Uttéralare, cet ami de l'humanité, qui fut doyen de l'Académie de Rouen, de la Société libre d'Emulation de la même ville, des Académies de Caen, de Lyon, et de celles des Arcades de Rome et des Géorgifdes de Florence, etc. Il avait été successivement aVocat du Roi près d'une Cour souveraine, échevin de la ville de Rouen, dont il lit planter une partie des boulevards, et

16 LKS N()n.)IAM)S ILLISTUKS.

il remplissail, depuis vingt ans, les niodeslcs fondions de ju|j(.' de paix de canton à sa résidence de Sainl-Georues-de-Bocherville, où les honneurs liinchres lui furent rendus, hors pourtant, le dirons-nous? ceux que l'on décerne aux chevaliers de la Légion d'honneur I

La Société lihre d'Kmulalion se fit représentera ses ohsèques par une dépufation, et son président fit entendre, sur la tonihe du vénéral)le doyen, des paroles vraies et touchantes.

L'honorahle M. Tougard, dont la Notice nous a fourni de si utiles renseignements, paya aussi, en cette circonstance, son trihut à l'amitié, en prononçant un discours plein de sentiment et hien digne à tous égards de celui (jui en était l'objet, bien digne de l'iiomme vertueux dont il avait été l'ami.

Quelques jours après, un de nos collaborateurs disait en terminant un article nécrologique inséré dans une livraison de la Revue de Rouen (novembre 4834):

« L'amour des sciences, des lettres et des arts a rempli la vie du « vénérable J.-F.-G. Dornay des plus pures jouissances ; les affections « de famille l'ont embellie ; l'amitié de tous ceux qui l'ont connu l'a » entourée de regrets et de considération, et cela a duré cent ans. »

Tliëofl. LEBRETOIV. (Rouen.)

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

I. Discours qui a remporté le prix de l'Académie royale des belles-lettres de Caen, le 5 décembre 1765. Brochure in-S". G. Leroi, 1766.

II. Mémoire qui a remporté le prix sur le sujet proposé par la Société royale d'Agriculture de Lyon, en1'/76. Broch. in-8», 1778.

III. Discours prononcé au nom de l'Académie de Rouen, le 12 septembre 1806, jour de l'ouverture de l'examen des aspirants à l'École Polytechnique. Broch. in-8», 1807.

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