‹ Poètes normands;Chapitre 7 sur 63 · IV. Discours funèbre sur la morl du feu roi, 1612, in · texte numérisé non relu

IV. Discours funèbre sur la morl du feu roi, 1612, in

y. Sermons sur les principales fêles de l'année, composés par messire Jean Berlaut, évêque de Séez, etc. Paris, Sebastien Gramoisy, 1613, in-8".

On trouve des poésies de Bertaut dans :

VI. Les Délices de la poésie françoise, par Rosset. Paris, Toussainct du Bray, 2 vol. in-8".

VII. Le Recueil des plus belles pièces des poêles français, depuis Villon jusqu'il M. de Benserade. Paris, Barbin, 1692, 5 vol. in-12.

VIII. L'Encyclopédie poétique, par de Gaigne, Paris, 1767-1780, 17 vol. in-8".

IX. Les Poètes français depuis le \II' siècle jusqu'il Malherbe, par Auguis, Paris, Crapelet, 1824, 6 vol. in-8", etc.

l'aiis. - T;|Mi^i'.iiiliic I.AtBAMrK cl ctMii|i., 1110 DaiiucUe, '2.

CMarle-p DeoriAr .rc ■

WIALHEB'BF.

Descendant de l'illustie famille de Malherbe Saint-Aignan , qui avait porté glorieusement les armes en Angleterre sous Robert , fils de Guillaume le Conquérant , François MALHERBE naquit à Caen , vers l'an lôôô, sous le règne de Henri II, Son père, dont l'état de fortune ne rappelait guère l'opulence de ses nobles aïeux , était assesseur ou conseiller au bailliage, et n'avait d'autre ambition pour son fils que de le voir un jour lui succéder dans sa charge. C'est dans ce but qu'il le fit étudiei- à l'université de Caen , où le jeune Malherbe eut pour professeur d'éloquence et de droit le célèbre Jean Rouxel.

Envoyé ensuite en Allemagne et en Suisse , il prit à Heidelberg et à Bàle les leçons des maîtres les plus habiles , et fit en peu de temps de tels progrès , qu'à son retour dans sa ville natale , on le vit souvent , dans les écoles publiques , prononcer d'excellents discours , ayant l'épée au côté ; particularité qui , selon Daniel Iluet, n'était pas alors sans exemple.

La Normandie venait d'être décimée par les massacres de la Saint- Barthélémy, et le calvinisme, comme toutes les religions persécutées, voyait le sang de ses martyrs enfanter par milliers de nouveaux prosélytes. Le père de Malherbe fut de ce nombre : dans les dernières années de sa vie , il se fit protestant ; et son fils qui , sans être véritablement pieux , pensait qu'un bon citoyen ne doit pas avoir une religion antre que celle de son roi , éprouva tant de chagrin de cette

2 LUS i\()HMAM)S ILLISTHKS.

délonuiiiatioii , qu'il quitta le pays à l'âge (reriviron dix-neul" ans , suivit en Provence Henri , duc (rAngoulèine , grand prieur de France et fils naturel de Henri II , et resta attaché à sa personne jusqu'à la mort de ce prince, qui fut assassiné à Aix, le 2 juin 1586, par un gentilhonnue marseillais, Philippe d'Altouvitis, ou Alloviti, baron de Castellane.

Malherbe, pendant son séjour en Provence, épousa Madeleine de Coriolis, veuve d'un conseiller, et fille d'un président du parlement d'Aix. De cette union naquirent jdusieurs enfants, notamment une fille , qui mourut de la peste à l'âge de cinq ou six ans , et un fils, nommé Marc-Antoine, qui fut tué en duel, vers l'automne de 1027, à l'âge de vingt ans, lorsqu'il allait être reçu conseiller au parlement de Provence.

Nous reviendrons bientôt sur ce déj)lorable événement , qui exerça sur le cœur du père une si cruelle influence ; mais il importe , avant tout, de dire quelques mots du caractère de notre poëte.

Né misanthrope et morose , Malherbe avait , dans son langage et dans ses manières, toute la bruscpierie d'un vieux soldat ; son regard était dur , son ton tranchant , sa répartie caustique et souvent impertinente ; il ne plaisantait jamais qu'avec amertume ; il affectait pour les peines du cœur une insensibilité excessive , et se montrait d'une indifférence systématique pour tout , excepté pour les commodités de la vie; enfin, il écrasait de son superbe mépris tous les poètes français , anciens ou contemporains ; il ne faisait aucun cas des Grecs ni de Virgile, et n'était parfaitement content que de lui-même et de ses propres talents. — Voilà , tant au moral qu'au physique , le croquis du personnage que nous allons peindre.

La vocation poétique de Malherbe ne dut se révéler que fort tard , car de toutes les pièces qui lui sont attribuées et auxquelles Saint- Marc a pris soin d'assigner un ordre chronologique , en s'aidant des Recueils de poésies du temps, i\es,Lelires de Malherbe et des Observalions de Ménage, la plus ancienne ne remonte guère au delà de 1585. L'auteur avait alors trente ans.

Sa seconde pièce est de 1586; elle précéda de quelques mois seulement le poëme ayant pour titre les Larmes de saint Pierre, imité du Tansillo, poëte italien , et dédié au roi Henri III. Ce poëme, long de

plus de soixante sixains, doit être considéré, (jiiantau fond , comme le premier jet d'une imagination Imigueuse, sans but et sans frein. Il y a dans toute cette œuvre une exubérance de pensées qui étonffe l'idée principale, un débordement d'images dont l'exagération égale le mauvais goût, et, qu'on nous pardonne l'expression, un cliquetis d'antithèses forcées qui surprend d'abord, fatigue bientôt et n'émeut jamais. Notre critique n'est pas sévère; elle n'est que juste , car Malherbe lui-même avait pour cette pi'oduction de son enfance poétique un souverain mépris ; et Ménage , sur le témoignage de Racan et de Guyet , affirme qu'il la désavouait obstinément.

Quoi qu'il en soit, le bon goût alors était si rare en France , que les Larmes de saint Pierre eurent un immense succès. Il en fut tiré six éditions du vivant de l'auteur.

Parmi les autres poésies qui , par la date de leur composition , appartiennent au temps que Malherbe passa en Provence , sept pièces différentes viennent, dans l'ordre chronologique, se placer avant VOde à la reine Marie de Médicis sur sa bienvenue en France , ode qui , présentée à Aix en 1600 , obtint une grande faveur à la cour et détermina , comme nous le verrons bientôt , la fortune littéraire de notre poëte.

Nous ne mentionnerons parmi ces pièces que les stances ayant pour titre Consolation à Du Perrier (1), sur la mort de sa fille , les seuls vers de Malherbe qui soient dans la mémoire de tout le monde. Ces stances ne méritent pas le titre de Consolation; elles accusent une rare maladresse , une ignorance profonde du cœur humain, et montrent dans toute sa sécheresse l'extrême insensibilité que déjà nous avons reprochée à l'auteur.

Ces stances , quel que soit le mérite poétique de cinq ou six strophes choisies entre vingt et une , renferment-elles un seul mot qui

(1) Ce Du Perrier, dont il est ici question, était un gentilhomme d'Aix, fils d'un avocat au parlement. Ce fut lui qui présenta Malherbe à Marie de Médicis, lorsqu'en 1600, le poiite offrit à cette princesse l'ode qu'il avait composée à l'occasion de son arrivée en France; et ce fut aussi lui qui se porta caution de la dot de la femme que Malherbe épousa. — Il mourut vers l'an 1623.

Mademoiselle Du Perrier, sur la mort de laquelle furent faites les stances que nous citons, s'appelait Marguerite f^i non pas Rosette, comme l'ont prélendu quelques écrivains.

4 I. K S iN O H M A >' D S I L LU S ï R E S.

puisse alléger une douleur vraie, une seule pensée de nature à verser un peu de baume dans le cœur saignant d'ini père qui pleure sa fille ;'. . . Assurément non. — Mais c'est de la philosophie , dira-t-on... Erreur ! c'est de la dureté , c'est de l'égoïsme pur. Le poète ne conseille-t-il pas à Du Perrier de chasser de sa pensée jusqu'à la mémoire de l'ange qu'il regrette ?

Ne te lasse donc pUis d'iniiliies complaintes :

Mais sage à l'avenir, Aime une ombre comme ombre , et des cendres éteinics

Eteins le souvenir.

(Test bien, je le confesse , une juste coM/M/nr,

Que le cœur affligé, Par le canal des yeux vidant son amertume,

Cherche d'ôtre allégé.

Mais d'être inconsolable et dedans sa mémoire

Enfermer un ennui.

N'est-ce pas se haïr pour acquérir In gloire

De bien aimer autrui P

Pleurer sur les morts, c'est une coutume!... C'est par hypocrisie et pour acquérir la gloire de bien aimer autrui, que l'on verse des larmes sur une tombe , sur la tombe de sa fille ! . . . Malherbe produit , comme raison déterminante de l'insensibilité qu'il prêche , un misérable motif d'intérêt personnel , et ne craint pas de citer pour exemple la sécheresse de son propre cœur ! . . .

De moi (quant à moi), déjà deux fois d'une pareille foudre

Je me suis vu perclus , Et deux fois la raison m'a si bien fait résoudre ,

Qu'il ne m'en souvient plus.

Mais c'est trop nous appesantir sur d'affligeantes réflexions. Hàtonsnous de donner au poëte la part d'éloges qu'il a droit d'attendre de notre impartialité.

Les premières strophes de la pièce que nous venons de ri'itiquer , la seconde, et la quatrième surtout, sont d'une grande beauté. Que d(^ fraîcheur , que de grâce dans ces deux vers :

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses. L'espace d'un malin !

Des deux stances imitées d'Horace, la première : F.a mort a des rigueurs, etc. , est infiniment siipe'rieure au passage qui en a lounii l'ide'e ; et la seconde , belle de simplicité et de grandeur , soutient si avantageusement la comparaison avec l'original , que la plupart des critiques ne savent à quel poète donner la préférence. Pour ne pas encourir le blâme de trancher aveuglément une question que de hautes intelligences ont laissée indécise, nous mettons les deux textes sous les yeux du lecteur :

Pallida mors œquo puisât pede pauperuni labcrnas Ik'gumque turres, ô beatc Scxli.

Le pauvfe en sa cabane , où le cliaume le convie ,

Est sujet à ses lois , Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

Si le latin offre une image dessinée avec une force inimitable , le français en offre deux, l'une d'un naturel exquis, et l'autre d'un grandiose qui touche au sublime. L'ensemble de la strophe est d'une suave harmonie ; et de tous les poètes qui , depuis Malherbe , ont illustré la France , il n'en est pas un qui ne se fût montré fier d'en être l'auteur.

VOde à la reine Marie de Médias, écrite en Provence, et présentée à Aix en 1600, est le premier ouvrage où Malherbe se soit montré véritablement poète : elle est large d'invention , riche de pensées et d'images , étincelante de génie ; l'élocution en est brillante , élevée et souvent sublime. A part quelques imperfections , quelques témérités , la versification de celte pièce est noble , grande et soutenue. Si des vingt-trois dizains dont l'ode entière se compose , on supprimait les plus faibles , ce morceau ainsi épuré pourrait être sans contredit cité comme un chef-d'œuvre.

Le cardinal Du Perron estimait extraordinairement cette pièce , et c'est pour cette raison que , pendant un voyage que le roi fit à Lyon en 1601 , il lui parla de Malherbe comme du premier poète de l'époque. — Voici à quel propos :

Henri IV ayant demandé à Du Perron, qui n'était encore que simple évêque d'Évreux, s'il ne faisait plus de vers, le prélat répondit : «Sire, depuis que Votre ÎSlajeslé m'a fait l'honneur de m'employer

6 F.ES iNOH.MANDS ILLUSTRES.

eu ses alïaiies , j'ai tout à lait quitté cet exercice , et il faut que personne ne s'en mêle, après un certain (jentilhonnue de Normandie, habitué en Provence, nonuné Malherbe , qui a porté la poésie l'rauçaise à un si haut point , que personne n'en peut jamais a[)procher. » Le roi n'oublia pas le nom de notre poëte; souvent même il en parlait à Yauquelin des Yveteaux, précepteur de son fils, le duc de N'endôme, ([ui plus tard devint Louis XIII; et ce gentilhomme , Normand aussi , pi'ofitait de chaque occasion pour servir son compatriote auprès de Henri IV , et offrir à ce prince de le feire venir de Provence ; mais le roi ne lui en donna point l'ordre , et ce ne fut que quatre ans après (jue Du Perron eut fait son éloge, que Malherbe fut présenté à la cour. C'était en l'année 1605. Des Yveteaux, informé que le poëte se trouvait par hasard à Paris, où l'avaient amené des affaires particulières , choisit le moment favorable pour en avertir le roi , qui cette fois donna l'ordre de l'envoyer chercher. Henri lY reçut le protégé <le Yauquelin des Yveteaux avec une bienveillance extrême ; et , comme il était sur le point de partir pour le Limousin , il le pria de faire , sur son voyage , des vers que Malherbe lui présenta à son retour. Cette pièce , intitulée Prière pour le roi Henri le Grand allant en Limousin, commence ainsi :

0 Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées, etc.

Henri lY fut si content de ces vers , que , désirant s'attacher l'auteur en qualité de gentilhomme ordinaire de sa chambre , il le recommanda , en attendant , au duc de Bellegarde , pair et grand écuyer de France , qui le logea dans son hôtel , lui donna sa table , mille livres d'appointements, et lui entretint un homme et un cheval. Mais il paraît certain que le roi , malgré l'excellent accueil qu'il avait fait à Malherbe , ne le gratifia jamais que du titre de gentilhomme ordinaire , et divers mémoires en donnent pour raison le ressentiment que son ministre des finances , M. de Sully , avait conservé contre le poëte-soldat , qui, pendant la Ligue, l'avait poursuivi l'épée dans les reins l'espace de deux ou trois lieues. Quoi qu'il en soit, l'austère Malherbe n'en resta pas moins le très-souple courtisan de l'oublieux monarque et de ses successeurs , la reine régente et Louis XIII.

Nous venons de voir cpielles furent pour lui les heureuses consé-

queiices de son premier pas à la cour; il ne nous reste plus qu'à faire appre'cier, par une courte citation , le me'i'ite incontestable de l'œuvre dont il s'agit. Malherbe dit du roi :

La lerieur de son nom rendra nos villes forles. On n'en gardera plus ni les murs ni les portes; Les veilles cesseront au sommet de nos tours; Le fer mieux employé cultivera la terre, Et le |)euple, qui tremble aux frayeurs de la guerre, Si ce n'est pour danser, n'orra plus de tambours.

Cette pièce, véritablement belle pour un temps où la poésie française était encore fort imparfaite , dénote le progrès immense de la réforme que Malherbe apportait dans la versification ; réforme graduée que nous avons voulu , en citant des œuvres de plusieurs dates . démontrer d'une manière précise. Toutes les observations que désormais nous aurons à faire, viendront constater une vérité tant de fois proclamée depuis Despréaux, que Malherbe a été le régénérateur de notre langue. Mais avant d'aborder cette dernière question , revenons à la personne même du poëte, et complétons l'histoire de sa vie.

Tant que vécut Henri IV, la muse famélique de Malherbe lui prodigua des odes, des stances et des sonnets. L'attentat d'Etienne de Lisle , malheureux fou qui avait eu l'audace d'arracher le manteau du roi sur le pont Neuf, inspira au poëte courtisan une ode dont l'esprit et les figures sont d'une exagération poussée jusqu'à l'extravagance. Le siècle qui avait vu naître le monstre y est qualifié d'abominable, et le soleil vertement admonesté pour le tort qu'il avait eu d'éclairer encore la France après un tel forfait ! . . . « 0 soleil , ô grand luminaire ! dit-il ,

D'où vient que la sévérité Moindre qu'en la faute d'Alrée, Ne punit point cette contrée D'une éternelle obscurité?

Mais l'indignation de Malherbe n'était si gr-ande en présence de ce prétendu crime , tenté par un insensé , que pour une bonne raison : c'est que Henri IV pouvait l'entendre et la payer en roi. Les stances faites , six années plus tard , sur la mort du même prince , n'en sont-

8 I>ES iNORMANDS ILLUSTRES.

elles pas la preuve i' Pour être coiiséquenle , sa muse aurait dû alors [)leurer des larmes de sang , et jamais douleur ne fut plus calme que la sienne... Le grand roi celte l'ois ne l'entendait plus.

Apiès la mort de Henri IV, Marie de .Médicis gratifia Malherbe d'une pension de cinq cents écus. La princesse deConti, dont il s'était acquis l'estime et la confiance pour quelques vers et un sonnet sur la mort de sa fille , le combla aussi de ses largesses ; mais toutes ces ressources ne lui suffisaient pas, «Il n'épargnait point sa veine, dit Daniel Huet , pour tâcher de se procurer une meilleure fortune ; sa poésie , toute noble qu'elle est , n'est pas toujours employée noblement. » — Vauquelin des Yveteaux disait aussi «qu'il demandait l'aumône le sonnet à la main. »

Il suffit d'ouvrir le recueil des poésies de Malherbe, pour se convaincre que l'un et l'autre avaient raison. C'était faire bon marché de sa dignité que de mettre sa verve poétique au service des amours ambitieuses et adultères du duc de Bellegarde ; et la multiplicité de ses sonnets au roi , à la reine régente , au cardinal de Richelieu , et à tous ceux qui tenaient en leurs mains les richesses ou le pouvoir, laisse peu de doutes sur le genre d'inspiration qui montait sa lyre.

Voici quelques vei's d'un sonnet au cardinal-ministre :

Peuples, çà de l'encens; peuples, çà des viclinieb,

A ce grand cardinal, grand cheP-d'œuvre des cieux... etc.

Le mérite d'un lioinme , ou savant, ou guerrier, Trouve sa récompense aux chapeaux de lauriei'. Dont la vanité grecque a donné les exemples ;

Le sien , je l'ose dire , est si grand et si haut.

Que si, comme nos dieux, il n'a place en nos temples,

Tout ce qn'on lui peut faire est moins qu'il ne lui faut.

Des Yveteaux avait dit vi-ai : Malherbe offrait ses éloges d'une main et tendait l'autre. Dans un sonnet au marquis de La Vieuville , surintendant des finances , le poète discute ouvertement ses intérêts :

Tout ce qu'à tes vertus il reste à désirer,

C'est (|ue les beaux esprits les veuillent honorer,

Kl (ju'en réleinilc la Muse les im|)rime.

J'en ai bien le dessein dans mon âme formé :

Mais je suis généreux et liens celle maxime,

Qu'il ne faul poinl aimer quand on n'est point aimé.

On remarque aussi dans les œuvres poétiques de Malherbe quelques pièces galantes faites pour Henri IV, sous le nom à'Alcandre, et adresse'es à la princesse de Condé dont il cache le nom sous celui d'Oranthe , et plusieurs sonnets et stances à la vicomtesse d'Auchy, qu'il paraît chanter pour son propre compte , mais en pure perte , si l'on en croit ce tercet du dernier sonnet qu'il a fait pour elle :

Vous m'étiez un trésor aussi clier que la vie : Mais puisque votre amour ne se peut acquérir, Comme j'en perds l'espoir, j'en veux perdre l'envie.

La plupart de ces pièces sont d'une froideur excessive , et le style semble , à chaque vers , protester contre la passion qui les inspire ; disons plus , il en est même fort peu dont la fecture soit ingénieuse. Voici le meilleur; il fut fait à Fontainebleau, sur l'absence de la vicomtesse d'Auchy, que le poète appelle partout Calisle :

Beaux et grands bâtiments d'éternelle structure , Superbes de matière et d'ouvrages divers , Où le plus digne roi qui soit en l'univers, Aux miracles de l'art fait céder la nature;

Beau parc et beaux jardins, qui dans votre clôture Avez toujours des fleurs et des ombrages verts , Non sans quelque démon qui défend aux bivers D'en effacer jamais l'agréable peinture;

Lieux qui donnez au cœur tant d'aimables désirs , Bois, fontaines , canaux, si parmi vos plaisirs Mon humeur est chagrine et mon visage triste ,

Ce n'est point qu'en effet vous n'ayez des appas : Mais quoi que vous ayez, vous n'avez point Calisle ; Et moi , je ne vois rien quand je ne la vois |)as.

Ce sonnet est bien le phis gracieux (pi'ait jamais feit Malherbe ; et , si deux vers chevilles , les troisième et quatrième du second cpia-

10 I.ES iNOBMANDS ILIXSTRES.

Iraiu, n'y luisaient laclie, ce serait un moi'ceau admirable de noblesse et de sinii)licilé.

Des sujets qui ont insi)iré notre poète , les mieux Iraite's sont ceux qui prêtent à l'élévation de la pensée. Sa muse, nourrie avec lui dans les camps , en avait pris les brusques allures ; sa voix , souvent rude quand il voulait qu'elle lût tendie , n'avait pas ces notes délicates , amoureuses ou déchirantes , qui convieinient aux chants du cœur; ses doigts, trop nerveux pour des cordes qu'il ne faut pas que l'on touche, mais que l'on effleure, ne savaient tirer de la lyi-e que des sons impuissants pour émouvoir ; mais dès que son inspiration l'emportait loin de la terre, dès qu'il s'élançait dans l'infini à la recherche de Dieu , quelque peu croyant qu'il tut , Malherbe se montrait alors éminemment poëte.

Voici la première stance d'une paraphrase du psaume 8 qui , composée avant l'admission de l'auteur à la cour , doit être considérée comme un essai :

0 sagesse éternelle , à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers Ou'on voit également sur la terre et sur l'onde !

Mon Dieu , mon Créateur , Que ta magnificence étonne tout le monde , Et que le ciel est bas au prix de ta iiauleur !

Cette strophe, comparée aux poésies de la même époque, c'est-à-dire antérieures à 1605, ne mérite-t-elle , malgré l'adverbe prosaïque du troisième vers, d'honorables éloges?... Et la. paraphrase, malheureusement incomplète, du psaume 145 n'est-elle pas digne de la lyre sacrée de J.-B. Rousseau ?

Aussi n'hésitons-nous pas à reproduire de cette pièce tout le fragment qui a été publié.

N'espérons plus , mon âme, aux i)romesses du monde : Sa lumière est un verre, et sa faveur une onde Que toujours quelque vent empêche de calmer. Quittons ces vanités , lassons-nous de les suivre;

C'est Dieu qui nous fait vivre.

C'est Dieu (lu'il faiil aimer.

Ëii vain pour satisfaire à nos làclies envies,

Nous passons près des rois louL le temps de nos vies

A souffrir des mépris et ployer les genoux.

Ce (pi'ils peuvent n'est rien ; ils sont, comme nous sonunes ,

Véritablement hommes ,

Et meurent comme nous.

Ont-ils rendu l'esprit, ce n'est plus que poussière Que cette majesté si pompeuse et si fière Dont l'éclat orgueilleux étonnait l'Univers; Ktdans ces grands tombeaux où leurs âmes hautaines

Font encore les vaines ,

Ils sont mangés des vers.

Là se perdent ces noms de maîtres de la terre , D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre ; Comme ils n'ont plus de sceptre, ils n'ont plus de flatteurs ; Et tombent avec eux d'une chute commune

Tous ceux que leur fortune

Faisait leurs serviteurs.

Nous avons dit au commencement de cette notice que Malherbe , qui se feisait gloire de son insensibilité , fut douloureusement affecté de la mort de son fils ; mais nous croyons être dans le vrai en attribuant une large part de son cliagrin à l'impossibilité où il fut réduit , lui , vieux soldat , querelleur et quelque peu spadassin , de tirer vengeance de cette mort. Il alla exprès au siège de La Rochelle pour en demander justice au roi Louis XIII ; mais n'ayant pas obtenu toute la satisfaction qu'il espérait , il voulut se battre contre le gentilhomme qui avait tué son fils : c'était un nommé De Piles, âgé de vingt-cinq ans à peine , et Malherbe était dans sa soixante-treizième année. Ses amis, pour le détourner de cette résolution désespérée , lui représentèrent qu'à son âge il serait plus que téméraire de jouer sa vie avec un jeune homme ; mais il leur répondit : « C'est pour cela que je veux me battre ; je ne hasarde qu'un denier contre une pistole. »

Cependant ce duel n'eut pas lieu. La famille de De Piles offrit une somme de 10,000 écus que Malherbe accepta pour élever un mausolée à son fils; mais la mort étant venue le surprendre lui-même quelques mois i)lus tard , son pieux projet ne fut pas exécuté , et , si l'on en croit cette épitaphe que lui fit Gombaud , il n'en mourut pas plus riche.

12 LES NORMANDS If.M STRES.

L'Apollon <le nos jours, Miiilieibc ici repose. Il a vécu longteiDps sans beaucoup de support — En <|uel siècle ? — Passant, je n'an dis autre chose : Il est niorl |)auvre... Et moi je vis comme il est morl.

INlalhei'be , qui lui appelé de son temps le jwctc des princes et le prince des poêles , luouriit à Paris eu 1 628 , à l'âge de soixante et treize ans, et fut enterré à Saint-Geimain-l'Auxerrois. Né en 1555 , il avait vécu sous le règne de six rois : Henri II , François II, Charles IX , Henri III , Henri IV et Louis XIII.

La vie de Malherbe est pleine de particularités lort curieuses parmi lesquelles nous avons choisi celles-ci , comme les plus saillantes et les plus propres à faire apprécier son caractère.

Lu conseiller de ses amis exprimait un jour devant lui le chagi'in «[ue lui causait la mort de deux entants jumeaux dont la princesse de Condé était accouchée la veille: «Eh! consolez-vous donc , monsieur, lui dit Malherbe , vous ne manquerez jamais de maître. »

L'archevêque de Rouen , François de Harlay, chez qui le poëte avait diné , le voyant s'endormir après le rei)as , l'éveilla pour l'emmener à son sermon : «Dispensez-m'en , s'il vous plaît, dit-il , je dors bien sans cela. »

Il fît pour un parent dont il venait d'hériter l'épitaphe suivante :

Ci-gît monsieur Dis; Plût à Dieu qu'ils fussent dix :

Mes trois sœurs , mon père et ma mère , Le grand Kléazar mon frère. Mes trois tantes et monsieur Dis !

Vous les nommé-je pas tous dix ?

Nous aimons à croire que ces six vers, que nous n'essayerons pas de qualifier, furent dictés à INIalherbe par le ridicule désir d'afficher une insensibilité sans exemple, et que son cœur n'y fut pour rien. Vu ainsi, c'est blâmable; autrement, ce serait odieux.

Mais revenons à ses brusqueries. — Un soir qu'il se retirait fort tard de chez son protecteur, le duc de Bellegarde , il fut rencontré par un geutilhonune qui s'appi'était à l'entretenir de quelques nouvelles, quand Malherbe l'interrompit par ces paroles :« Adieu , adieu, monsieur;

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