RIME
Rime, qui donnes leurs sons Col étroit par où saillit
Aux chansons, Et jaillit
Rime, l'unique harmonie La source au ciel élancée,
Du vers, qui, sans tes accents Qui, brisant l'éclat vermeil
Frémissants, Du soleil.
Serait muet au génie ; Tombe en gerbe nuancée ;
Rime, écho qui prends la voix Clé qui, loin de l'œil mortel,
Du hautbois Sur l'autel
Ou l'éclat de la trompette. Ouvres l'arche du miracle ;
Dernier adieu d'un ami Ou tiens le vase embaumé
Qu'à demi Renfermé
L'autre ami de loin répète ; Dans le cèdre au tabernacle ;
Rime, tranchant aviron. Ou, plutôt, fée au léger
Eperon, Voltiger,
Qui fends la vague écumante ; Habile, agile coursière.
Frein d'or, aiguillon d'acier Qui mènes le char des vers
Du coursier Dans les aix's,
A la crinière fumante ; Sur deux sillons de lumière... (Les Poésies de Joseph Delorme.)
" Pas une de ces images qui ne soit une définition précise, une analyse subtile et profonde de quelque vertu musicale ou morale Sle la rime. Et le poète a voulu, par une sorte de gageure, que tant de choses fussent dites en un vers si court qu'il est presque réduit aux seuls mots qui forment la rime elle-même, dont le pouvoir est ainsi justifié de la façon la plus ingénieuse et la plus forte."
2. Kimes mascnlines et féminines. — La rime mas-' culine est celle qui est constituée par une syllabe sonore bonté, vérité — fort, effort. Elle est féminine, lorsque la syllabe sonore finale est suivie d'une des syllabes muettes : e, es, eut.
Remarques : V^ Les 3mes personnes plurielles de l'imparfait de l'indicatif, en aient, sont rajog^s parmi les mots à terminaison masculine :
an|^s
Aux accents d'Amphion les pierres se mouvaient Et sur les murs thébains ^ ordre s^élevaient,
(BOILEAU
2" Le mot soient et les autres mots en oient^ placés à la fin du vers, deviennent rimes féminines, de même que toutes les terminaisons en ient et en ouent : voient, soient — rallient, oublient — avouent, renouent.
Au reste, ces 3mes pers. du plur. ne pouvant rimer qu'entre elles, et amenant ainsi des rimes trop faciles et trop prévues, il convient de n'en user que rarement, à l'exemple des meilleurs poètes.
3. Richesse de la rime. — La rime est riche, 1" lorsqu'elle présente non seulement une consonnance, mais encore toute une articulation pareille :
Candeur, splendeur — charmille, famille — infortune, importune — lumière, rivière.
Indomptable taureau, dragon impétueux, Sa croupe se recourbe en replis tortueux.
(Racine.)
.Te ne prétends de vous aucune récompense : Je cède les honneurs à qui Dieu les dispense.
(Lemeroier.)
2° Quand, outre l'identité de la lettre d'appui, elle présente quelque chose d'imprévu et de saisissant :
Corridor, balustres d'or — portes, tu t'emportes — ^hommes, nous sommes, — superbe, gerbe.
S^ Enfin pour être vraiment riche, la rime doit être suggestive, et frapper vivement soit l'oreille, soit l'esprit, soit l'imagination. " Dans tout vers bien fait, la rime est un mot de valeur, significatif par le son qui se fait entendre comme par Vidée qu'il exprime." (1)
4. Conditions de la bonne rime; quand elle est lausse ou insuffisante ; la banalité* — Le principe d'où découlent toutes les conditions de la bonne rime, c'est que celle-ci est essentiellfl«^t faite pour l'oreille. Donc la rime exige des sons semb^As, mais non pas nécessairement les mêmes lettres. AinsWes rimes suivantes sont régulières, malgré la divergence des teifciinaisons :
Talent, penchant — mort, bord — troupeaux, repos — enfant, triomphant— gazon, saison — laisser, tracer — charmant, tourment,..
Mystère, solitaire — déjà, partagea — consumé, allumai — prodige, dis-je — courts, discours — beautés, méritez...
(1) P. Stapfer, ouvr. cité-