LES CLOCHES
Souviens-toi des matins où chantaient les clochers,
Et des longs soirs d'octobre assoupis de langueur
Oii le vent qui fait les feuilles se détacher
Avec des bruits pareils au battement d'un cœur,
Soudain apporte en le silence un chant de cloches...
Souviens-toi de ces jours si lointains et si proches
Où l'espoir te berçait de mystérieux chants,
Quand s'épandaient, comme des larmes retenues,
Les voix des cloches claires ou sombres comme les nues
Qui versent le soleil et l'ombre sur les champs,..
Souviens-toi, souviens-toi des matins de dimanche Où ton âme était grave et tière et toute blanche...
Les clochers bourdonnaient comme un essaim d'abeilles,
Et les cloches comme une plainte qui s'éveille
Et s'endort et renaît plus forte, sursautaient,
Et se lamentaient doucement, et sanglotaient...
Et leurs voix sur les vents passaient comme de grandes ondea
Qui noyaient les forêts profondes Et caressaient les plus secrètes fleurs, Et comme des flots chargés de sanglots allaient se briser Par les hameaux en joie et les champs apaisés Aux grèves murmurantes de tous les cœurs...
Ces jours si lointains et si proches,
Ces jours qu'ont évoqués les cloches Du fond du passé sombre où s'endorment les jours,
Ces jours si lointains et si proches Ont-ils fui pour toujours ?
0 passé I Souvenir doux-amer ! ô regret 1 Keviendrezvous, matins des divines tristesses ? Le chant a-t-il menti des cloches prophétesses ? L'espoir qui me parlait en leur voix fut-il vrai ?
Ou bien, comme ce soir en écoutant les cloches
Dois-je pleurer toujours.
En écoutant chanter, longs sanglots, doux reproches, Au fond des soirs, du fond des jours.
Les cloches incertaines, Les cloches Lointaines...
(FeenaîO) Grkoh.)
L'auteur a, depuis, renoncé à ces formes indécises.
Enfin, M. Louis Mercier (1), un des plus grands poètes d'aujourd'hui, sinon le plus grand, remplace à son gré, avec beaucoup d'indépendance, la rime par l'assonance. Chose curieuse, il faut être averti pour s'apercevoir que les règles sont enfreintes sans plus de façon.