L'ode Kraciense on badine; la poésie intime
— L'ode gracieuse ou badine est celle qui roule sur des sujets légers, agréables et tendres. Elle aime les descriptions riantes, les chants joyeux, les scènes touchantes et aimables, précisément enfin les pensées et les tableaux gracieux.
Les livres Saints eux-mêmes en fournissent plus d'un exemple:
Vous bénirez nos champs, Seigneur, et vos bénédictions seront la couronne de l'année, et les campagnes se couvriront de vos dons. Les déserts s'embelliront et deviendront fertiles ; les collines seront revêtues d'allégresse ; et les vallées enrichies de la multitude des grains, élèveront la voix et chanteront l'hymne de vos louanges. (1)
Ce nom scolastique d'ode gracieuse désigne donc la 'poésie intime, o\x vaieMu encore, dans le sens moderne du mot, la poésie tout court, lorsqu'elle s'épanouit dans le domaine des sentiments modérés, excluant les transports de l'enthousiasme et les mouvements de la passion.
Cette poésie, qui est rêverie, sentiment de la nature, émotion douce et pénétrante, a existé, comme on le voit, de tout temps. Nous venons d'en découvrir des traces dans la Bible. Homère, Hésiode, Sophocle, Aristophane en présentent transitoirement des modèles. Mais Anacréon de Téos, contemporain de Pindare, est le premier qui se soit fait de la poésie intime une spécialité. {La Colombe, La Rose, V Amour mouillé) ; plus tard apparaîtront, Théocrite, Méléagre et les quarante-cinq collaborateurs de V Anthologie. — Horace n'est donc pas l'inventeur de l'ode légère; mais c'est le poète latin qui l'a maniée avec le plus d'art et de charme : il y a déployé un véritable génie. Virgile, son ami, sans avoir rien écrit sous la forme de l'ode, peut être considéré comme un représentant de la poésie intime, grâce aux délicieux petits tableaux dont il a orné les Bucoliques et les Géorgiques...
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avait déclose Sa robe de pourpre au soleil, A perdu cette vesprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.
(1) Ps. 63.
Las I voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la place, Las, las, ses beautés laissé choir I 0 vraiment marâtre nature, Puisqu'une telle fleur ne dure.
Que du matin jusques au soir !
Dame, si vous me croyez, mignonne, Tandis que votre âge fleuronne En sa plus verte nouveauté.
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
(RONSABD.)
4. lia Chanson et la romance. — La chanson est une espèce d'ode au caractère ordinairement badin, léger, amusant, délicat, satirique ou touchant, dans laquelle on exprime par le chant une pensée ou un sentiment qu'on cherche à rendre populaire. Traitant toutes sortes de sujets, il est nécessaire qu'elle puisse prendre tous les tons. Elle demande, en conséquence, un esprit délié, une imagination enjouée, et, à l'occasion, une douce sensibilité. Ce genre de poésie doit présenter une suite d'idées naturelles et piquantes, d'images vives ou gracieuses : tout cela exprimé dans un style d'une perfection achevée.
La chanson se divise, comme le cantique, qui n'en est qu'une variété, en stances appelés couplets, lesquels se terminent par le même ou les deux mêmes vers, faciles à retenir et à chanter, que l'on nomme le refrain.
La romance est une chanson tendre ou plaintive, presque toujours avec refrain, et ayant pour sujet une histoire touchante, un regret, un souvenir mélancolique. C'est l'élégie de la chanson. On connaît l'exquise romance de Chateaubriand :
Combien j'ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance I
Ma sœur, qu'ils étaient beaux les jours
De France I 0 mon pays, sois mes amours
Toujours I
GENEE LYRIQUE 119
La chansonnette tient avec humeur des propos gais et doucement satiriques ; elle raille finement les travers, les manies, les ridicules et montre les choses sous leur aspect plaisant.
G. Nadeau restera célèbre par un grand nombre de petits chefsd'œuvre en ce genre : La Garonne, Les deux gendarmes, etc.