‹ Poétique et rhétoriqueChapitre 35 sur 92 · LE DELUGE · texte numérisé non relu

LE DELUGE

1er Eécit

Dieu puissant dont le soufifle anima les mortels, Qui voulais de leurs cœurs te faire des autels.

Déjà toute la race humaine Par le crime a souillé l'ouvrage de tes mains. Tu t'en repens, ô Dieu I sans douleur et sans haine, Et ce repentir même entra dans tes desseins.

Air.

Aux mortels déclare la guerre ; Que ta justice arme ton bras.

Lève-toi, que de ces ingrats Ta vengeance purge la terre.

Ils n'écoutent que leurs désirs ; Ta voix ne se fait plus entendre : Frappe ; il est temps de les surprendre Dans l'ivresse de leurs plaisirs.

2ème Récit.

Quels prodiges I les mers franchissent leurs rivages.

Les fleuves se joignent aux mers ; De toutes parts les humides nuages, Rassemblés par les vents, ont obscurci les airs, Une nouvelle mer, dans les cieux suspendue, Mêle encor ses torrents à la fureur des flots.

Toute la nature éperdue N'est plus que cris, qu'horreur, que plainte et que sanglots.

Air.

Ciel 1 est-ce en vain que l'on t'implore ? Es-tu sourd aux cris des humains ?

Tirés du néant par tes mains.

Vont-ils y retomber encore ?

Ne reste-t-il aucun espoir ?

Vas-tu détruire ton ouvrage ?

Ton bras, pour venger ton outrage, Epuisera t-il son pouvoir ?

GENRE LYKIQUE 121

3ème Récit.

Non, ce vaste vaisseau, respecté par les ondes,

A sauvé l'innocent reste du genre humain ;

Les flots vont retourner dans leurs grottes profondes,

La terre se découvre, et l'air devient serein.

Sur les mortels qui doivent naître Un semblable courroux ne doit plus éclater ;

Mais ils en deviendront peut-être

Plus hardis à le mériter.

Air.

Gage de paix, nue éclatante, Etonnez et charmez les yeux; Hâtez-vous d'embellir les cieux, Rassurez la terre tremblante ; D'un bras si prompt à nous punir Sauvez désormais la nature, Et de la paix qu'un Dieu nous jure Eternisez le souvenir.

(Lamotte, 1672-1731.)

2° V ode-symphonie, créée par Félicien David, est une cantate à trois parties largement développées, pour soli, chœurs et orchestre, dont les récitatifs ne sont pas chantés, mais vraiment récités, déclamés par le coryphée, sur une tenue discrète des instruments à cordes. Cette conception de la cantate exige un poème plus lyrique en même temps que plus fini, plus parfait de forme.

Le livret du X)^»er< (15 déc. 1844), qui a pour auteur un poète cependant bien oublié aujourd'hui, Auguste Colin, mérite d'être étudié ; Rousseau n'a rien fait d'aussi poétique et d'aussi musical. En voici quelques strophes :

Au désert, tous se tait j et pourtant, ô mystère I Dans ce calme silencieux.

L'âme pensive et solitaire Entend des sons mélodieux!

IneflFables accords de l'éternel silence I

Chaque grain de sable a sa voix :

Dans l'éther onduleux le concert se balance.

Je le sens, je le vois t

{Le Désert, 1" partie.)

Des teintes roses de l'aurore

La base des cieux se colore :

L'astre du jour Eayonne tout à coup comme un hymne sonore, Et remplit le désert de lumière et d'amour.

(S-»» partie.)

3° V oratorio est, comme la cantate, un drame, ou tout au moins une série de tableaux dramatiques en raccourci, sur un sujet biblique ou religieux.

Tels sont la Création de Haydn, la Rédemption de Gounod, le Paradis perdu de M. Th. Dubois, la Terre promise et la Vierge de M. Massenet, le Déluge de M. C. Saint-Saëns, etc. Il est facile de se procurer les partitions de ces morceaux lyriques et d'en apprécier la valeur littéraire en même temps que musicale.

ARTICLE V

Le lyrisme ancien et moderne ; Vélégle et le satire*

1. Le lyrisme grec : poésie élégiaque, ïambique et lyrique proprement dite. —3. Le lyrisme latin.— 3. Le lyrisme en France. — 4. L'élégie. — .5. La satire.

1. Le lyrisme grec : poésie élégiaqae, ïambiqne et lyrique proprement dite- —Nous avons signalé une difficulté qui se présente, lorsqu'on veut classer les représentants de la poésie personnelle chez les Grecs, provenant de ce que ceux-ci différenciaient les genres, non d'après les sujets traités, mais d'après la métrique. Pour nous, encore une fois, noua ne distinguons pas, le fond étant le même, leur poésie élégiaque ou ïambique, de leur poésie lyrique, c'est-à-dire chorale.

1° Poésie élégiaque. Il n'est rien resté de la poésie antéhomérique. Nous savons toutefois, et précisément par Homère et par Hésiode, que cette poésie était exclusivement lyrique, c'est-à-dire chantée au son de la lyre, et qu'elle avait un caractère sacré, religieux. Les bardes de l'époque fabuleuse s'appelaient aèdes, c'est-à-dire chanteurs, et s'acquittaient de leur mission à la manière d'un sacerdoce. Orphée, Amphion, Olen, dans leurs improvistions ardentes, celé-

braient la divinité et enseignaient aux peuples leur devoirs. Le linus, le péan, Yhyménée, le thrène, qui sont les formes connues de cette poésie primitive, devaient avoir quelque ressemblance, l'inspiration divine en moins, avec les hymnes, les cantiques et les psaumes des Hébreux, et se chanter d'une façon à peu près analogue.

De sacrée, de divine, la poésie hellénique se fit semidivine, et vers le temps d'Homère, chanta les héros issus des dieux, demeurant toutefois impersonnelle et narrative. C'est seulement aux VIF et VP siècles av. J.-C, lorsque les Hellènes eurent secoué le joug des monarchies absolues et se furent constitués en états libres, en Cités indépendantes, que la poésie, s'émancipant à son tour, se fit humaine et personnelle. Elle descendit des cimes de l'Olympe pour traduire l'âme, ses joies, ses amours et ses haines, toute la gamme de ses émotions individuelles.

Les poètes de cette époque inventèrent le mètre élégiaque, qui consiste dans l'entrelacement du vers héroïque, l'hexamètre, et du pentamètre, de manière à former le poème d'une série de distiques. Telle était V élégie au point de vue de la métrique : une pièce composée de distiques, quel qu'en fut d'ailleurs le fond ou le sentiment. Il est probable toutefois qu'à l'origine l'élégie grecque fut, comme l'étymologie le suppose, un chant de tristesse.

Résumé historique : (a) Elégies guerrières : Callinus d'Ephèse et Tyrtée d'Athènes 5 (b) Elégies gnomiques (sentences morales), patriotiques : Solon d'Athènes et Théognis de Mégare ; (c) Elégies tendreSf à la façon de nos élégiaques modernes : Mimnerme, qui vécut un demi-siècle après les précédents. (1)

2" Poésie ïamhique. Archiloque de Paros (VII® siècle) est considéré comme l'inventeur de Vïamhe, un rythme vif et mordant qu'il mit au service de ses haines. (2) C'est le père de la satire.

(1) Voir A. Pierron, Hist. de la litt. greeq. ; Croiset : Leçons de litt. grecq,, et Villemain, oam: cité.

(2) " La rage, dit Horace, l'arma de l'Ïambe qu'il avait forgé : "

Archilocum proprio rabies armavit iambo.

On saitla devise de Juvénal :

Si natura negat, facit indignatio versum.

D'après la tradition, l'ïambe serait sorti du culte de Déméter (Junon). Dans l'hymne homérique à cette déesse, lambé est le nom de sa servante qui, par ses plaisanteries, fait rire Déméter de l'enlèvement de sa fille Perséphone ; plus tard, elle fut associée au culte de sa divine maîtresse. Cette légende montre que, dès l'origine, le genre ïambique fut synonyme de raillerie et de satire.

" Les poètes ïambiques proprement dits, remarque M. Croiset, les maîtres et les fondateurs du genre, sont des railleurs. Le mot même à!'iamhe est devenu, en grec et dans les langues modernes, synonyme de satire."

Simonide d'Amorgos et Hipponax d'Ephèse, contemporains d'Archiloque, manient l'ïambe avec beaucoup de gaîté et de malice. Ils furent les premiers " grotesques de la poésie, " et préparèrent les voies à la comédie d'Aristophane.

Les poèmes élégiaques et ïambiques étaient primitivement chantés, mais plus tard on se contenta d'une récitation mélodramatique. (1) L'élégie et l'ïambe ne sont donc par la forme qu'une sorte de demi-lyriame.

3*^ Poésie lyrique proprement dite. — En même temps que florissait la poésie élégiaque et ïambique, une autre forme du lyrisme grec naissait, probablement dans Lesbos et, des îles ïoniennes, se répandait bientôt par tout le territoire hellénique, Vode chantée, qui était un retour à la facture primitive, et constituée par deux éléments essentiels : la strophe et la musique, auquel s'y en ajouta un troisième : la danse.

(a) L'ode antique était divisée en strophes, c'est-à-dire en périodes rythmiques, développant à la fois une pensée poétique et une pensée musicale. La mesure de la strophe initiale se reproduisait jusqu'à la fin du morceau, de façon que Vair se répétait à chaque stance sur un texte différent, comme dans nos chansons. Dans l'ode chantée avec accompagnement d'évolutions chorégraphiques, on ajouta à la strophe, Yantistrophe et Vépode: ce qui formait une triade. Les deux premières sont symétriques : elles ont le même nombre

(1) On appelle ainsi la déclamation d'un monologue avec accompagnement instrumental pianossimo.

de vers, même rythme, même air musical; l'épode a une mélodie et un mètre particuliers.

(h) lie poète composait vers et musique ; d'ordinaire même, il était exécutant. La musique était, ou monodique, à une seule voix, ou chorale^ chantée par un chœur. L'accompagnement des monodies et des chœurs, comme la mélodie elle-même, dont notre plain-chant peut donner une idée, était très simple. Il préludait au chant et le soutenait.

Il se faisait au moyen de trois variétés d'instruments à cordes : la cithare, sorte de harpe sans pédales, la lyre et le phorminx : et d'un seul instrument à vent : la. flûte à deux tubes en roseau, terminés à une embouchure unique.

La musique athénienne n'admettait pas les intervalles chromatiques, tous les morceaux étaient notés en ut majeur. Enfin le chant était homophone ; on chantait à l'unisson : la prononciation des paroles n'en était que plus distincte.

Principaux représentants :

1° Lyrisme éolien ou lesbien, monodies : Terpandre de Lesbos (Vn« s.), inventeur de la lyre à sept cordes ; Alcée de Mithylène, Sapho de Lesbos, Erinne de Téos. — Odes à une seule voix, en strophes fixes, saphiques ou alcaïques. L'ionien Anacréon de Téos se rattache à cette brillante pléiade.

2" Lyrisme dorien, ou choral : Alcman de Sardes, Stésichore d'Himère, initiateur de Vépode ; Simonide de Céos, qui inaugura l'ode triomphale, Vépinikion, genre dans lequel s'immortalisa Pindare. La gloire de ce dernier efiace celle de tous ses rivaux ; on peut dire de lui ce qu'il chantait de l'un de ses coureurs . " Entré le dernier dans la carrière, un coup d'aile le porte au premier rang." (Hist. Utt.)

Enfin les grands tragiques, Eschyle, Sophocle et Euripide, appartiennent au lyrisme dorien, par le dialecte et la facture des chœurs qui forment un élément nécessaire de leurs drames.

3. JLo lyrisme latin. — Le lyrisme d'Horace dérive directement du lyrisme grec, en particulier du lyrisme lesbien, à strophes de forme fixe (alcaïques, saphiques, etc.). Il y a cependant une différence radicale entre ses poésies et celles de ses modèles grecs : ces dernières étaient toutes destinées à être chantées ; les siennes furent composées pour être lues

OU déclamées, sans aucun accessoire musical. Pour lui, la lyre n'est plus franchement qu'une métaphore. Du reste, Horace est un cas isolé dans la poésie latine : il n'eut pas de devanciers ni de disciples.

3. liC lyrisme en France. — En France, la strophe reste la forme traditionnelle de la poésie lyrique proprement dite. L'histoire littéraire, à laquelle nous devons renvoyer ici, distingue dans l'évolution du lyrisme français trois époques bien marquées : 1" le moyen-âge, avec ses trouvères et ses troubadours, chansonniers naïfs, ignorant des formes grecques ou latines ; 2° l'époque classique, qui reprend les cadres anciens: de Ronsard et la Pléiade, jusqu'à J.-B. Rousseau et Jacques Delille ; 3'' l'époque romantique, qui produit des œuvres originales, vraiment françaises.

4. li'élégie. — Nous avons vu que chez les Grecs, on appelait élégie tout poème écrit en distiques. Les premières élégies furent des chants guerriers, patriotiques ou gnomiques. Avec Mimnerme, elle sert à l'expression des sentiments tendres. L'élégie latine ne diffère de l'élégie grecque qu'en un seul point : elle n'est pas destinée à être chantée. Elle reproduit la même versification. Au reste, elle est toujours 'plaintive,

Elégiaques latins;

Catulle, Properce, Tibulle, Gallus, Ovide. (Hist. litt.)

En France, où elle fut introduite par Ronsard, l'élégie est comme chez les Latins, un petit poème destiné à exprimer des sentiments plutôt mélancoliques, tels que le regret et la tristesse :

La plaintive élégie, en longs habits de deuil, Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil.

(BOILEAXr.)

Elégiaques français :

Konsard, la Brièveté de la vie ; Malherbe, Consolation à Du Perrier; La Fontaine, Aux nymphes de Vaux, sur la disgrâce de Fou-

GENEE LYRIQUE 127

quet; Gilbert, le Poète mourant ; André Chénier, la Jeune Captive ; Millevoye, la Chute des Feuilles, l'Anniversaire ; Lamartine, Hugo, Musset, Mme Desbordes- Valmore, Mme Tastu, toute la pléiade romantique. (Hist. litt.)

5. lia satire. — La satire est la peinture en vers, plaisante ou indignée, des ridicules ou des vices humains ; ou bien encore, une composition en vers, dans laquelle on attaque directement les vices, les défauts et les travers des hommes, de même que les mauvais ouvrages, les faux jugements et les sophismes. (1)

Le mot " satire " est d'origine romaine ; il vient du mot saturai qui, diins les auteurs de la plus ancienne latinité, signifiait mélange, pot-pourri. Dans l'idée des Romains, il ne convenait qu'aux compositions réunissant un mélange familier, pour le fond, de sérieux et de plaisant, et, pour la forme, de prose et de vers {Satires ménippées).

Quintilien déclare le genre satirique d'invention romaine : " La satire, du moins, nous appartient tout entière : Satira quidem tota nostra est." Avant lui, Horace avait salué Ennius comme le " premier modèle d'une poésie à laquelle les Grecs n'avaient pas touché : intacti Grœcis cartninis auctor." — Si l'on considère le fond et la matière même de la satire, ces deux affirmations ne sont pas exactes. Comme expression de la colère ou de la moquerie, la satire est plutôt humaine ; elle n'est pas d'invention romaine. Et, pour ne parler que des Grecs, ils avaient vu naître, bien longtemps avant Ennius et Lucilius de Eome, des poètes satiriques de premier ordre : Archiloque, Simonide d'Amorgos, Théognis de Mégare, Hipponax d'Ephèse ; ils avaient eu surtout Aristophane, dont le théâtre est la satire en action. Sa comédie n'est-elle pas une critique des contemporains, tour à tour sociale, politique, littéraire et remplie de personnalités ? — La satire existe donc à l'état diffus dans la littérature grecque ; mais elle n'y a pas de cadre particulier, de poétique spéciale. L'originaUté des Romains consiste en ceci, qu'ils ont donné

(l) La satire est l'expression poétique de rindignation ou de l'hilarité qu'excitent les travers graves ou légers des hommes." (P. Verest ) Elle est sociale, politique, morale ou littéraire.

au développement satirique une forme inconnue avant eux et qui est restée définitive. Ils en ont fait une composition en vers hexamètres et traitant les sujets plus haut mentionnés.

Résumé historique : Y A Rome, les satires d'Ennius sont de purs essais. Le vrai créateur du genre, n'en déplaise à Horace, est Lucilius (148-103), qui a laissé un recueil de poésies mordantes, divisé en 30 livres. Il y attaque les vices populaires avec une verve étincelante et inspirée.

On ne rencontre pas dans Horace l'invective haineuse de Lucilius. n intitule les dix-huit pièces de son œuvre qu'on a rangées dans le genre satirique, Sermones, des causeries. Il y attaque les travers plutôt que les vices de l'humanité, sur le ton d'une conversation spirituelle et élégante. Son idéal serait de " corriger les hommes par le rire : Caitigat ridendo mores.'^

Avec Pétrone, la satire s'arrête complaisamment à la peinture trop fidèle des scandales d'une époque de dépravation (Satyricon).

Lia corruption des mœurs, sous la Rome impériale, était bien faite pour allumer les colères et provoquer les invectives d'un poète honnête homme. Aussi bien cette époque vit briller Perse et Juvénal, les deux seuls poètes qui ne cultivèrent que la satire.

2° En France : Au moyen-âge. les romans anonyme? du Renard et de la Rose ; au XVP siècle, Rabelais, la Satire Menippée, dirigée contre la Ligue, et Mathurin Régnier, qui fut appelé le Père de la Satire ; au XVII% Boileau ; au XVIIP, Gilbert et André Chénier ; au XIX** Barthélémy et Méry, Némésis, journal poUtique en vers ; Auguste Barbier, les ïambes, Y. de Laprade, Muses d'Etat, V.Hugo, les Châtiments, etc.

Ceux qui considèrent dans la satire principalement le but qu'elle se propose, ou du moins sa prétention de corriger les hommes en leur faisant la leçon, rangent ce poème dans le genre didactique.

La satire en leçons, en nouveautés fertile,

Sait seule assaisonner le plaisant et l'utile.

Et, d'un vers qu'elle épure aux rayons du bon sens,

Détromper les esprits des erreurs de leur temps.

Elle seule, bravant l'orgueil et l'injustice.

Va jusque sous le dais faire pâlir le vice ;

Et souvent, sans rien craindre, à l'aide d'un bon mot,

Va venger la raison des attentats d'un sot.

(Boileau.)

On peut se demander toutefoi'^, quand et par quel satirique ce but moral fut jamais ambitionné ou atteint.

Ce n'est guère, en eflFet, par Archiloque, honni autant que redouté de ses concitoyens, payé pour médire des autres, et dont Pindare disait plus tard : *' J'ai vu, quoique de bien loin, dans les angoisses du désespoir, l'outrageux Archiloque engraissé du profit de ses haines calomnieuses. (Pyth., II.) Aristophane, avec ses étincelantes comédies politiques, a t-il rendu les Athéniens plus sages, les a-til corrigés de leur inconséquence et de leur légèreté? Juvénal est reconnu pour un moraliste aflreusement immoral. Horace, en dépit de son aimable esprit et de son exquis bon sens, ne s'était pas montré plus édifiant. Boileau se fit plus d'ennemis qu'il ne forma de bons poètes. Enfin, V. Hugo, dans ses Châtiments, a surabondamment montré que la satire, au lieu d'être une œuvre de justice et d'enseignement, peut être une œuvre de haine et de passion.

Par contre, ce qui caractérise les auteurs de poèmes satiriques de tous les temps, bien plus que la préoccupation de moraliser ou d'instruire : c'est la verve railleuse ou indignée du poète, c'est le lyrisme. La satire est donc un démembrement de la poésie lyrique.

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