liO drame romantiqae et le drame moderne
Nous n'aurions pas tellement insisté sur le drame populaire, s'il n'eût eu, sous sa forme la plus récente, une influence considérable sur les. destinées du théâtre en France. Lorsque les Romantiques entreprirent de chasser de la scène les Luce de Lancival, les Lemercier et les Campistron, ils s'attaquèrent à la tragédie elle-même, brisant son cadre traditionnel et démolissant son idéal. Plus d'unités, plus de style noble, plus
(1) Vapereau.
de distinction des genres : le lugubre mêlé au plaisant, le sublime à côté du grotesque ; d'autre part, une représentation plus exacte du milieu historique, une image plus fidèle de l'homme et de la vie ; ils demandaient enfin que le théâtre fut " une chaire et une tribune, " c'est-à-dire que le drame eût une portée morale, philosophique et même politique. Or, tout cela, on le retrouve dans le mélodrame. Ajoutez, quant à l'exécution, mêmes intrigues saugrenues, mêmes coups de de théâtre, déguisements, escaliers dérobés, cachettes, quiproquos, reconnaissances. — Le drame romantique n'est donc, en définitive, qu'un mélodrame relevé par la couleur plus éclatante, par la poésie, c'est-à-dire le lyrisme, et surtout par le style.
Le drame, tel que le conçoivent actuellement les poètes de valeur, et que l'admettent les critiques les plus autorisés, tient à peu près le milieu entre la tragédie classique et le drame romantique. On peut dire qu'il a pris à l'une et à l'autre ce qu'ils ont de bon. — Le nom vague de pièces, donné de nos jours aux œuvres dramatiques, en vers et en prose, indique combien il est difficile de ranger dans une catégorie définie (drame, tragédie, comédie) les productions du théâtre moderne.