‹ Poétique et rhétoriqueChapitre 39 sur 92 · lie drame lyrique on opéra ; l'opéra comiqne · texte numérisé non relu

lie drame lyrique on opéra ; l'opéra comiqne

La tragédie lyHque ou opéra est un poème dramatique fait pour être chanté, soit en entier, soit en majeure partie, avec accompagnement d'orchestre, entrecoupé de danses, et relevé par des spectacles aussi brillants que variés.

Ce nom d^opéra vient de ce qu'en Italie, où le genre a pris naissance au XV^ siècle, on l'a regardé comme Vœtivre par excellence, destinée à enchanter à la fois l'esprit par les beautés de la poésie ; les oreilles par les charmes de la musique, et les yeux par la splendeur des décorations et par les danses.

C'est en cherchant la mélopée destinée à accentuer et soutenir les récits de la tragédie " à l'antique," faite exactement sur le modèle des drames d'Eschyle, que les compositeurs italiens de la Renaissance trouvèrent le récitatif, qui est à la base de l'opéra, quant aux airs et aux danses, il n'eurent qu'à transporter sur la scène la chanson, dont la vogue datait de loin, et les nombreuses formes chorégraphiques déjà existantes.

GENRE DRAMATIQXJE 18.9

L'opéra fut introduit en France par Mazarin (1645) ; mais il ne devint un genre littéraire que sous Louis XIV, lorsque le musicien Lulli et le poète Quinault eurent uni leurs talents :

Lulli chantait les vers que soupirait Quinault.

Les grands opéras dus à la plume de Quinault, et la plupart de ceux qui furent mis à la scène aux XVIP et XVITP siècles, de Lulli à Rameau et à Gluck, empruntèrent leurs sujets à la mythologie ou plutôt à la tragédie grecque, telle que déjà adaptée au théâtre moderne par les dramatistes français: Atys, Proserpîne, Orphée, Eurydice, Iphigénie, Idoménée, etc. Toutes les grandes tragédies furent réduites à ce patron ; Racine, Corneille et plus tard Crébillon père, furent ainsi dépecés en ariettes et mis en musique Il était regardé d'abord comme de l'essence du nouveau

drame, que l'action fût héroïque et merveilleuse. Mais quand la musique fut devenue un langage expressif, capable de rendre les passions, les mouvements de l'âme, les poètes ramenèrent le poème d'opéra aux conditions ordinaires des œuvres dramatiques, et l'intérêt fut substitué au merveilleux.

On désigne sous le nom de lihretto, livret, le drame qui constitue le fond de l'opéra. Le musicien complète l'œuvre en écrivant d'après les situations et les paroles, la partie lyrique. L'opéra demande une intrigue nette, facile à nouer et à dénouer, des incidents qui ne soient pas trop multipliés et qui naissent d'eux-mêmes, du contraste enfin dans les situations ainsi que dans les spectacles. Le sujet doit donc être intéressant, pittoresque et sentimental. Le nombre des actes varie de trois à cinq, entrecoupés par autant de ballets, c'est-à-dire de danses.

Il y a dans un drame lyrique, comme dans la cantate, deux parties, l'une chantée, composée d'airs, de duos, de trios, de quatuors, etc., et de choeurs ; l'autre pour ainsi dire parlée, sous forme de récitatif.

L'opéra s'écrit en vers, mais il demande la plus grande variété de mesure, afin que les vers se prêtent mieux à la musique, encore comme dans la cantate. Au reste, le besoin d'une harmonie continue condamne la langue à de nombreux sacrifices sous le rapport de l'énergie, de la variété, et même de la propriété de l'expression.

Chaque acte débute ordinairement par un chœur. Le chœur, c'est la voix des peuples qui encadrent l'action, l'agrandissent et lui donnent son caractère. Le chœur réclame l'unanimité des sentiments ; quand les personnages sont animés d'émotions diverses,

c'est un morceau cPensemhle et non plus un chœur Uair apparaît

dans les situations, il les dessine, il les développe ; il a ses phrases, ses retours, ses évolutions ; comme la danse, il s'élance, puis il revient sur lui-même 5 il ne craint pas de répéter à satiété les mêmes paroles dont le musicien saura varier l'expression jusqu'à ce que la situation soit épuisée — Le duo apparaît lorsque les sentiments de deux personnages sont en contraste et en rapport à la fois ; souvent il est dialogué d'abord, les deux chants se réunissent, puis ils s'interrompent pour se réunir de nouveau, quelquefois opposés, quelquefois convertis à un même sentiment. Il en est de même des autres morceaux où plusieurs voix se réunissent ; plus l'ensemble sera nombreux, plus il se rapprochera du caractère du chœur. Les grands morceaux d'ensemble finissent ordinairement les actes que les chœurs ont commencé — Le tissu de la pièce, les expositions, qui doivent être fort courtes, sont en vers qui se déclament en récitatif soit bbre, soit mesuré. (C'est la partie qui reste en prose dans l'opéra-comique.)

Partout le vers, celui des morceaux d'ensemble surtout, doit être soigneusement rythmé ; il faut que la mesure du musicien et celle du poète se trouvent d'accord. St la musique est légère, le rythme du vers doit être vif, sautillant ; grave et sonore, si la musique est lente et majestueuse. Sur tous les points, du reste, il est indispensable que le poète et le musicien se consultent, s'entendent et se fassent de mutuelles concessions. Ce ne sont pas des artistes travaillant à deux œuvres séparées, ce sont des collaborateurs qui font ensemble le même drame. (1)

L'opéra prend tous les tons, il correspond à la tragédie, au drame, à la comédie, à la pastorale, et s'empreint du caractère de toutes ces formes. — Le grand o'péra est celui où la musique ne s'interrompt jamais (le Faust de Gounod). Dans Vopéra-coinique, la musique s'interrompt pour laisser parler le dialogue {Mignon d'Amb. Thomas). L'opéra-comique n'a donc rien d'essentiellement comique ; il peut prendre tous les tons comme le grand opéra. Celui-ci se divise, selon qu'il a pour sujet une tragédie ou une comédie en opéra séria et opéra buffa (2).

(1) Encyd. du XIXe siècle.

(2) On comprendra plus aisément «es données succinctes, si l'on a sous les yeux une partition, chant et paroles.

GENEE DRAMATIQUE 191

ARTICLE V

La comédie et ses variétés.

1. Définition ; lois générales de facture. — 2. Le ridicule et le risible ; définition du comique. — 3. Les sources du rire : le contraste et la méprise. — é. Comédie d'intrigue et comédie de caractère ou de mœurs. — 5. Comédie héroïque. — 6. Opéra-comique proprement dit, comédie-vaudeyille et opérette.

1. Définition ; lois générales de facture, — La œmé' die est la représentation d'une action prise dans la vie commune, et qui peint d'une manière plaisante les mœurs, les défauts ou les ridicules de la société, dans le dessein de les corriger. Ce drame a un double but : amuser et instruire, exciter l'hilarité et rendre les hommes meilleurs, ou du moins plus sages : Castigat ridendo mores.

La comédie est soumise aux lois générales du drame : unité et vraisemblance. Ce genre a donné lieu à moins de discussions que la tragédie. A peu près toutes les écoles font des comédies sous la même forme. Toutefois, dans les comédies modernes, en général, on fait bon marché des unités de temps et de lieu ; les auteurs de nos jours ne veulent pas souvent s'astreindre à des conditions acceptées et subies par le plus grand des poètes comiques, par Molière. Du reste, ils n'ont peut-être pas tort ; il est certain, en effet, que, l'unité d'intérêt ou d'action étant maintenue en principe, avec beaucoup de temps et d'espace, les situations peuvent être variées davantage, les péripéties multipliées sans contrainte et, comme conséquence, les caractères se dessiner plus complètement.

Quand au style. " le dialogue de la comédie doit être spirituel, pétillant, plein de verve. Les ripostes piquantes, les rapprochements imprévus, les saillies, les bons mots, les traits d'esprit doivent éclater comme un feu roulant." (Verest.)

2. lie ridicule et le risible; définition du comique.— Qu'est-ce que le comique, qui fait l'essence même de la comédie ? qu'est-ce que cette " force comique " {vis comica) que César regrettait de ne pas trouver dans les pièces de

Térence, et que possèdent à un si haut degré, Aristophane chez les Grecs, Plaute chez les Latins, Molière chez les classiques modernes, et de notre temps une pléiade de dramaturges étonnants de galté, de verve et d'esprit : Eu g. Labiche, H. Meilhac, Ordanneau, et beaucoup d'autres ? — Le comique, c'est le ridicule rendu risible. Le ridicule est ce qui est digne de risée, de moquerie ; le risible, ce qui provoque le rire. Le ridicule, dans un homme, est ce qui, par sa manière d'être, choque la raison, les bienséances ou les usages reçus, mais sans que ce défaut ou ce vice même occasionne de grands malheurs : car s'il affecte vivement la sensibilité, en excitant, par exemple, la pitié ou l'aversion, il cesse d'être plaisant et tourne au tragique. Un autre caractère du ridicule, c'est qu'il est inconscient, et par là même toujours un peu risible.

Ce sera, par exemple, un magistrat qui, oubliant la décence et la gravité de son état, ne s'occupera que de puérilités (les Plaideurs) ; ou un homme d'une condition ordinaire, qui voudra prendre le ton^ les manières des grands seigneurs, et qui ne parlera que de rois et de personnages illustres (le Bourgeois gentilhomme.)

Le mot de ridicule s'emploie toujours en mauvaise part ; dans la réalité, il ennuie ou il agace, il n'est pas risible de sa nature. Mais il y a des choses qui font rire, parce qu'elles sont déplacées, désordonnées, immodérées : celles-ci sont risibles et ridicules. — Et voilà en quoi consiste le vis comica des Anciens : la touche risible du ridicule, ou en d'autres termes, le ridicule exactement saisi dans les travers ou les faiblesses de la nature humaine, et exprimé d'une manière qui prête à rire.

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