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liCS sources dn rire ; le contraste et la méprise

1" Le contraste est un des premiers caractères du risible.

Il faut en outre que le contraste ait quelque chose qui amuse, de gai qui réjouisse. Le plaisir et la gaîté font donc aussi partie du risible. (1)

(1) Risible et comique sont des termes généraux qui embrassent le gai, le plaisant, le spirituel, le bouffon, le burlesque, le grotesque, etc.

Ex. Père avare, fils prodigue (l'Avare) ; sévérité et sincérité excessives, basse complaisance ("Alceste et Philinte). Ainsi, le plus souvent, la comédie repose sur deux ridicules ou deux défauts opposés. Ce qui fait rire, dans le Misanthrope, c'est le contraste perpétuel de ce caractère âpre et intolérant avec la société et les mœurs de son temps.

2° La méprise a aussi le don de nous dérider. Nous nous estimons meilleurs que celui qui se trompe sous nos yeux, et pourvu que l'erreur n'ait pas de conséquences fâcheuses, nous nous permettons volontiers un sourire de satisfaction maligne.

La présomption est une source inépuisable de comique, parce qu'elle est le principe de beaucoup de mécomptes ; la distraction,

parce qu'elle amène des méprises Un mauvais poète est ridicule

pour plusieurs raisons : d'abord parce que, croyant faire de bons vers, il en fait de mauvais ; ensuite, parce que, visant à l'admiration de tous, il n'obtient que la sienne. En général, les illusions de l'amour-propre sont toujours comiques.

Le comique de situation naît toujours de quelque embarras, soit individuel, soit réciproque ; souvent deux personnages sont en présence, et leur seul rapprochement excite le rire, parce qu'on sait qu'ils vont apprendre ce qu'ils ne veulent pas savoir (Oroute et Alceste, dans le Misanthrope, la scène du sonnet.)

4. Comédie d'intrigne et comédie de caractère on de mœurs. — 1*^ La comédie d'intrigue consiste dans un enchaînement d'aventures plaisantes qui tiennent le spectateur en haleine, et forment un embarras qui croît toujours jusqu'au dénoûment. Les incidents en font ordinairement tout le mérite, parce que les mœurs et les caractères n'y sont touchés que superficiellement. A ce genre se rattachent :

(a) La farce ou comédie de caricature, dont l'objet est exclusivement de faire rire.

V Avocat Pathelin, Brueys ; les Plaideurs, Racine ; les Fourberies Scapin, Pourceaugnac, le Malade imaginaire,yLo\\kve ; les Trois cousines, Dancourt.- Ajoutez le Théâtre de Labiche (8 vol.) et les œuvres d'une foule d'auteurs comiques contemporains.

(6) Le vaudeville moderne, imbroglio ou l'auteur accumule les événements les plus inattendus et les plus invraisemblables, mais où, à la fin, tout s'explique.

La vaudeville ne fut d'abord qu'une chanson bachique et satirique de circonstance, se chantant sur un air facile qui aidait à sa popularité. Le nom vient de Val de Vire (Normandie), patrie d'Olivier Basselin (XV* siècle), auteur célèbre de ces sortes de chansons à boire, vaux de Vire. Boileau rattache le vaudeville à la satire, comme un genre éminemment français :

D'un trait de ce poème en bons mots si fertile. Le Français, né malin, forma le vaudeville : Agréable indiscret, qui, conduit par le chant, Passe de bouche en bouche et s'accroît en marchant.

Vauquelin de la Fresnaye, dans son Art poétique disait aussi, en conservant le nom d'origine :

Les vaux de vire Qui, sentant le bon temps, nous font encore rire.

Au XVIII" siècle, le vaudeville passa au théâtre. Ce ne fut d'abord qu'une petite composition scénique, toute en couplets, où le dialogue lui-même était chanté, sorte d'opéra bouSe : Fuzelier, Piron, Lesage, fournisseurs de la Comédie italienne. Le genre se modifia et se développa beaucoup, au XIX* siècle, entre les mains de Scribe de Desangiers, puis de Labiche, Lambert Thiboust, Gondinet, Gr. Feydeau, Meilhac, et Halèvy, etc. Ces auteurs y ont introduit plus d'observation que le genre n'en comportait d'abord, et surtout cette fantaisie étincelante, ce tour de raillerie parisienne, qui donne du prix aux moindres mots.

2° La comédie de caractère est celle qui peint les vices généraux de tous les temps et de tous les pays, parce qu'ils tiennent à l'essence même de notre nature. C'est la haute comédie, l'art de rire sous sa forme la plus parfaite. Molière en fut le créateur.

Etant donné un vice ou un travers de l'esprit humain, la comédie de caractère se charge de le produire dans des circonstances saillantes et faites généralement pour provoquer la gaieté du spectateur. Elle ne va donc pas sans une science profonde des jeux de l'intrigue et de l'action. Le point important est de faire en sorte que le caractère se développe par une suite de gradations habiles. Dès qu'il paraît, il faut qu'un trait frappant l'annonce aux spectateurs ; un trait plus frappant encore succède au premier, et l'on en voit une suite de plus forts encore jusqu'au dénoû-

ment, 'où le dernier coup de pinceau montre le caractère dans tout son jour et sous toutes ses faces.

Les bons comiques français ont même souvent observé cette règle au-delà du dénouement. Le Misanthrope de Molière termine la pièce par ces vers :

Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,

Je vais sortir d'un gouffre ou triomphent les vices.

Et chercher sur la terre un endroit écarté

Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.

Le Métromane de Piron, venant d'apprendre que sa pièce de théâtre est entièrement tombée par les efforts de la cabale, ferme la scène en disant :

Vous, à qui cependant j'ai consacré mes jours, Muses, tenez-moi lieu de fortune e'", d'amours.

La comédie de caractère prend le nom de comédie de mœurs, lorsqu'elle représente des travers ou des vices, plutôt particuliers à une époque qu'à l'humanité. C'est le tableau de la vie contemporaine. Elle est sociale, et s'attaque à une classe de gens ou à une profession : bourgeois gentilhomme, précieuses ridicules, financiers, politiciens, etc. ; ou littéraire, et fait la guerre au pédantisme et au mauvais goût : les Femmes savantes, le Monde où Von s'ennuie (Pailleron).

Le poète tragique doit connaître le cœur humain dans ses replis secrets ; le poète comique, sans être dispensé de cette étude, doit y joindre celle des mœurs de son époque. En effet, les hommes sont toujours avares, hypocrites, jaloux, joueurs, libertins, charlatans ; mais, le monde allant toujours, ils le sont d'une manière différente ; l'égoïsme est toujours aux prises avec le dévouement, mais le milieu change. Molière a peint des vices généraux, mais il les a encadrés dans ceux de son siècle — De là une ressource qui fournira à la comédie de quoi se renouveler indéfiniment.

S. Comédie liêrok'qae. — La comédie héroïque est celle dont les personnages sont pris dans un ordre supérieur, où l'on met en scène des rois, des princes ou de grands seigneurs. Elle tient à la fois du drame et de la comédie, mais le drame y domine.

Don Sanehe d'Aragon, Corneille ; Don Garcia de Navarre, Molière Mais le chef-d'œuvre en ce genre est, sans contredit, le

Cyrano de Bergerac, de M. Edm. Kostand (5 actes, en vers).

" Le principal personnage est un héros, mais un héros d'une espèce particulière. Il a l'âme grande, noble, fière ; il déteste toutes les bassesses, les mensonges, les compromis, les lâchetés ; il a la religion de " son panache " ; mais en même temps, il est gascon, bretteur, poète ; il est laid et affligé d'un nez ridiculement long, dont il est le premier à plaisanter lui-même, mais dont il n'entend pas que les autres plaisantent. De là dans son caractère et dans sa vie des aspects dramatiques et d'autres comiques" (Verest.)

6. Opéra comique proprement dit, comédie-TandeTille et opérette* — L'opéra comique proprement dit est une pièce mêlée d'intrigue et de chant, faite pour égayer le spectateur, où les caractères ne sont touchés que superficiellement et où le ridicule est présenté en passant. Le vaudeville en est une variété, et l'opérette le dimunitif. Des airs seulement : pas de récitatifs, mais du dialogue parlé, en prose ou en vers.

UAvacat Patelin, Le Voyage en Chine (musique de F. Bazin, paroles de Labiche) ; V Ecossais de Chatou, de Léo Délibes, et^.

La partie lyrique de ces agréables divertissements a été fort négligée, en général, par les librettistes, qui comptent que la musique fera bien passer les paroles.

A ce propos, nous citerons le début d'un feuilleton en vers mêlés de Berlioz, petit chef-d'œuvre de finesse et de malice. Il s'agit du Caïd, opéra d'A. Thomas, paroles d'un M. Sauvage, représenté le 7 janv. 1849.

Je commettrai plus d'une erreur, je le crains, dans cette analyse. Malgré toute mon attention, j'ai été fort longtemps à comprendre ce dont il s'agissait; les paroles ne m'arrivaient qu'indistinctes, ou ne me parvenaient pas du tout. Le dialogue, écrit en vers, contre l'usage établi à l'Opéra Comique, achevait encore de me dérouter... Voici ce que j'ai cru comprendre dans le Caïd :

Au lever de la toile, nous sommes sur une place d'Alger ; il fait encore sombre, le soleil n'est pas levé. Une petite troupe d'Arabes, marchant à pas comptés, chante, selon l'usage : "Taisons-nous ; cachons-nous ; ne remuons pas ; faisons silence ! " en vers, bien entendu. On voit qu'ils guettent quelqu'un et qu'ils ne veulent point tre aperçus.

Ils s'éloignent sans bruit, dans l'ombre de la nuit. Mais un groupe les suit. Le Caïd, gros bonhomme, le doa un peu voûté, assez peu fier, en somme, de son autorité, craint en faisant sa ronde quelque rencontre féconde en mauvais coups, puis, crac ! d'être mis en un sac et lancé des murailles, par des gens sans entrailles, et de trouver la mort au port.

Si je ne me trompe, cet alinéa est en vers, en véritables vers d'Opéra Comique. J'en demande pardon au lecteur, c'est une distraction. Je n'ai garde d'abandonner l'usage de la prose, et je suis persuadé qu'on me saura gré d'y revenir... L'homme donc a de très méchants ennemis sans doute, et de très bonnes raisons de se méfier d'eux. Rien n'est plus vrai.

Il n'a pas fait vingt pas, que de grands coups de gaule tombant sur ses épaules vous le jettent à bas : " Au secours, on m'assomme, au meurtre ! " Un galant homme fait fuir les assassins, appelle les voisins. Une jeune voisine, à la mine assassine, en jupon court, accourt. Et le battu de geindre, de crier, de se plaindre en contant l'accident. " Il me manque une dent I Misérable ! Il m'a rompu le râble ! Il a tapé trop dur, c'est sûr I "

Ah ça ! mais voilà qui est un peu fort, la poésie m'a repris de plus belle. Il serait curieux que j'en fusse arrivé à ne plus pouvoir écrire en prose, et à faire le contraire de ce que faisait M. Jourdain. Voilà pourtant les conséquences de la poésie d'Opéra-Comique, c'est l'exemple de M. Sauvage qui m'a mis la rime au corps. Voyons donc si je parviendrai à me désenrimer. La jeune fille accourue aux cris du Caïd et de son défenseur est une modiste française...

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