POÉSIE PASTORALE
Avec André Chénier, la poésie pastorale, jusque-là dîaloguée, en général, devient plus volontiers narrative : V Aveugle, le Jeune malade, la Jeune Tarentine, etc. Au XIXe siècle et de nos jours, on tant s'en faut qu'elle ait disparu, elle est à la fois narrative encore, descriptive et lyrique. Les poètes modernes ont reconstitué la pastorale biblique : V. Hugo, Booz endormi, Laprade, Poèmes évangéliques, et la pastorale primitive, grecque ou virgilienne : Leçon te de Liste, Hérédia, Jean Moréas, H. de Régniers ; ils ont cultivé aussi la pastorale rustique de mœurs contemporaines : Mme Desbordes-Valmore, Idylles, Laprade, Pernette, Autran, la Vie rurale, Longfellow, Evangéline, Mistral, Mireille, Louis Mercier, le Poème de la Maison, Vermenouze, Mon Auvergne, Léonce Dupont, Zidler, etc. ; quelques-uns lui ont ajouté un décor et des personnages nouveaux : la mer et les hommes de mer, pêcheurs et marins : V. Hugo, les Pauvres gens : Brizeux, Marie ; Autran, les Poèmes de la Mer ; Lamennais, ZIn chant de Pécheur (1) ; Loti, Pêcheurs d^ Islande ; Botrel, An. LeBratz, E. LeGoffic, etc.
3. Règles et qualités: simplicité, élégance; but moral. — Les règles de la poésie pastorale découlent de sa nature même. Puisque cette poésie chante les mœurs primitives et champêtres, la simplicité lui convient avant tout, et le ton fastueux, ampoulé, l'affectation et le bel esprit, qui sont partout de graves défauts, seraient d'une ridicule et choquante inconvenance sur les lèvres rustiques des enfants de la nature. — Mais la simplicité n'est ni la trivialité ni la grossièreté, et comme la poésie est la langue des dieux, la poésie pastorale doit unir la simplicité à l'élégance, à la distinction, à un heureux choix de mots (2).
Telle qu'une bergère, au plus beau jour de fête,
Du superbes rubis ne charge point sa tête,
Et sans mêler à l'or l'éclat des diamants,
Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornements ;
Telle, aimable en son air, mais humble dans son style,
Doit éclater sans pompe une élégante idylle.
(BOILEAU
Son tour simple et naïf n'a rien de fastueux... Il ne doit avoir non plus rien d'abject, et ce serait folie que
De changer, sans respect de l'oreille et du son, Lycidas en Pierrot et Philis en Toinon I
(ibid.)
(1) L'Art d'écrire, p. 249.
(3) L'Art d'écrire, pp. 160-162 et 174-178
Quand la poésie pastorale a toutes les qualités requises, elle peut inspirer à l'homme des sentiments délicats, lui faire aimer les pures délices de la vie champêtre, le dégoûter des plaisirs raffinés du luxe et des tumultueuses agitations de la vie des villes, en un mot, rafraîchir son esprit et son cœur blasés.
3. Origines du genre. — La Bible nous offre le premier modèle de poésie pastorale, dans le Livre de Ruth, cette gracieuse églogue, dont V. Hugo a tiré l'épisode si justement célèbre de la Légende des Siècles. Nulle part, les détails de la vie rurale n'ont autaut de charme peut-être, nulle part le génie poétique ne les a rattachés à un fond d'un intérêt plus tendre.
Chez les Orecs, on trouve dans Homère, dans Hésiode, et plus tard dans Aristophane (1), d'exquises descriptions pastorales ; mais le premier qui ait fait de la poésie champêtre un genre littéraire subsistant de sa vie propre, est le Syracusain Théocrite (290-210 av. J.-C), dont la vie, peu connue d'ailleurs, semble s'être écoulée, dans sa majeure partie, non en Sicile, ce qu'il serait naturel de supposer, mais à Alexandrie, à la cour des Ptolémées. Il eut pour disciples Bion et Moschus, ses compatriotes, qui lui sont inférieurs.
C'est à Eome qu'il faut chercher le plus illustre, comme le plus parfait imitateur de Théocrite, dans la personne de Virgile. — Ces deux grands poètes ont servi de modèles à tous les auteurs Latins, Italiens, Français, Espagnols, Allemands et Anglais qui se sont fait une spécialité du genre pastoral, et que l'histoire des littératures fera connaître.
(1) Les Chœurs des Oiseaux et des Grenouilles, par exemple.