Bienséances et prëcantions oratoires. — Les
mœurs considérées dans le discours prennent le nom de bienséances et de précautions oratoires. — 1° La bienséance oratoire est un accord parfait des idées, des sentiments, du langage, de l'action, du silence même de l'orateur, avec les sujets, les circonstances et l'auditoire, c'est-à-dire de l'ensemble d'un discours avec tous les objets qui peuvent y avoir rapport. 2° On entend, dit RoUin, par précautions oratoires, certains ménagements que l'orateur doit prendre pour ne point blesser la délicatesse de ceux devant qui ou de qui il
^8 • EHÉTOBIQUË
parle, et ces tours étudiés, adroits, insinuants, dont il se sert pour dire certaines choses qui, sans cela, paraîtraient dures et choquantes.
Mascaron dans l'Oraison funèbre de Turenne. s'écrie :
Hélas ! malheureuse France 1 pour être défaite de cet ennemi, ne t'en restait-il pas assez d'autres, sans tourner tes mains contre toimême ? Quelle fatale influence te porta à répandre tant de sang?... Que ne peut-on effacer ces tristes années de la suite de l'histoire, et les dérober à la connaissance de nos neveux I Mais, puisqu'il est impossible de passer sur des choses que tant de sang répandu a trop vivement marquées, montrons-les du moins avec l'artifice de ce peintre qui, pour cacher la difformité d'un visage, inventa l'art du profil. Dérobons à notre vue ce défaut de lumière et cette nuit funeste, qui, formée, dans la confusion des affaires publiques, par tant de divers intérêts, fit égarer ceux mêmes qui cherchaient le bon chemin.
Fléchier, dans l'Oraison funèbre du même héros, dit :
Souvenez-vous, messieurs, de ce temps de désordre et de trouble, où l'esprit ténébreux de discorde confondait le droit avec la passion, le devoir avec l'intérêt, la bonne cause avec la mauvaise ; où les astres les plus brillants souffrirent presque tous quelque éclipse, et les plus fidèles sujets se virent entraînés malgré eux par le torrent des partis, comme ces pilotes qui, se trouvant surpris de l'orage en pleine mer, sont contraints de quitter la route qu'ils veulent tenir et de s'abandonner pour un temps au gré des vents et de la tempête. Telle est la justice de Dieu, telle est l'infirmité naturelle des hommes. Mais le sage revient aisément à soi ; et il y a dans la politique, comme dans la religion, une espèce de pénitence plus glorieuse que l'innocence même, qui répare avantageusement un peu de fragilité par des vertus extraordinaires et par une ferveur continuelle.
Dans le plaidoyer de Montalembert en faveur de l'Ecole libre, prononcé devant la Cour des pairs (19 sept. 1831), le jeune orateur s'exprime ainsi :
Quand on a fait à une cause pareille (la foi catholique) l'abandon de son avenir, j'ai cru et je crois encore qu'il ne faut fuir aucune de ses conséquences, aucun de ses dangers. C'est fort de cette conviction que je parais aujourd'hui pour la première fois dans l'assemblée des hommes. Je sais trop bien qu'à mon âge, on n'a ni antécédents, ni expérience ; mais à mon âge, comme à tout autre, on a des devoirs et des croyances. J'ai dû, j'ai voulu être fidèle aux unes comme aux autres. J'ose espérer que je l'ai été.