RÉPONSE DK SAINT LOUIS
C'est en vain que tu penses m'éblouir en me proposant l'amitié du sultan ; en vainque tu as pensé m'eff"rayer par tes menaces et ton
superbe discours. Avant tout, si Méledin veut mon alliance, qu'il ait d'abord à quitter le culte de Mahomet pour embrasser la religion du Christ ; qu'il se fasse chrétien : sinon, point de pacte possible. Non, non, jamais il ne sera dit qu'uTi roi de France a donné la main à un prince musulman, qu'il l'a aidé de sa puissance, qu'il s'est soumis aux conditions qu'il voulait lui imposer. La Croix ne saurait s'associer au croissant, et je ne pourrais unir mes armes à celles des ennemis du Dieu que je sers et que je servirai toujours. Soyons donc enfants d'une même religion, que le sultan du Caire consente à le devenir, qu'il rende ensuite la Sainte Couronne, et alors (et ce n'est qu'à ce prix) on lui rendra Damiette. Si Méledin refuse, qu'il ne se flatte pas de recouvrer jamais la seconde ville de son empire. Les Pyramides, j'en prends le ciel à témoin, écraseront de leur chute mes vaillants guerriers, avant que Damiette échappe à ma domination.
Pour moi, fort du secours de mon Dieu, je ne redoute aucune de de vos menaces : vous avez cru m'amener à une honteuse alliance par la pensée de nouveaux débordements, de terribles inondations ; mais Celui qui m'a sauvé une fois de la colère de ce fleuve, ne pourra-t-il pas me prêter encore assistance dans l'avenir ?.,.
Vous me rappelez l'inconstance de la fortune : mais que peut cette divinité, lorsqu'on a pour soi les décrets irréfragables d'un Dieu tout puissant et éternel ? Jamais, si mobile que soit son char, si changeante que soit sa faveur, la fortune ne saurait m'abattre ; car mon espoir est loin de sa route, et ma confiance est sur une cime où ses ailes n'atteignent pas.
Pensez-vous aussi m'émouvoir en parlant de déchaîner contre nous ces formidables invasions de peuples barbares? Je suis faible, il est vrai ; mais on est bien fort quand on a la protection du Dieu des armées : il peut m'accorder le secours de son bras, et alors point d'ennemi si redoutable, point d'armée si nombreuse, qui ne se doive humilier sous sa puissance. Non, je ne crains rien, pas même la mort.
Allez donc, retournez auprès du sultan et dites-lui : Qu'il devienne chrétien, qu'il rende la Sainte Couronne, il aura Damiette et mon alhance ; dédaigne-t-il mes conditions, jamais Damiette ne rentrera sous le sceptre des sultans de l'Egypte. (1)
ARTICLE II Exorde, proposition et division.
1. L'Exorde, son but et ses moyens. — 2. Trois sortes d'exordes ; qualités et défauts. — .3. Proposition et division. — i. Qualités de la division ; doit-elle être annoncée ?