EXORDE
circonstance extérieure n'a encore émus. Mais il peut être solennel et magnifique, si le lieu de l'assemblée et le choix 'du sujet comportent la solennité et la magnificence des paroles ; il pourra même être véhément, si des passions ardentes agitent déjà l'auditoire. (1). .
2° L'exorde est insinuant lorsque l'orateur, ayant lieu de craindre que l'audîlôîfe ne soit prévenu contre lui ou contre la cause qu'il défend, use d'habiles détours pour se concilier l'attention et la bienveillance. C'est l'exorde par excellence, l'exorde nécessaire. L'orateur a besoin d'y observer strictement les bienséances,' et souvent d'y faire usage des précaU' twns orgi£M:£B^ Un puissant moyen d'insinuation est la louange ou le compliment ; mais il demande d'être employé avec beaucoup d'art et dedélicatesse. Quelquefois, l'orateur se contente de solliciter simplement le bon vouloir de ses auditeurs, sans y déguiser sa pensée, et sans y mettre d'arti-
Démosthène, au début de sa V^ Philippique, s'excuse modestement de monter à la tribune le premier :
Athéniens, si l'on eût annoncé la discussion d'une affaire nouvelle, j'attendrais que la plupart des orateurs qui fréquentent cette tribune aient fait connaître leur opinion ; et, si j'approuvais quelqu'un de son avis, je garderais le silence, sinon, j'exposerais ma pensée. Mais puisque le sujet qu'ils ont déjà traité tant de fois se trouve encore aujourd'hui soumis à l'examen, on me pardonnera, j'espère, de m'être levé le premier. Car, enfin, si par le passé leurs conseils avaient répondu à vos besoins, vous ne seriez pas réduits à consulter encore. .
3" L'exorde ex abrupto ou véhément consiste à se jeter brusquement en matière par l'explosion d'un sentiment que Ton ne peut plus contenir.
L'orateur l'emploie quand il est dominé par quelque sentiment extraordinaire de joie, de tristesse, de haine ou d'indignation, et qu'il voit ses auditeurs agités des mêmes sentiments que lui. Ce genre d'exorde n'est jamais qu'une exception. Ex. : la 1'* Catilinaire.
y En toute occasion, l'exorde doit être naturel, correct, modeste^']oroportimm^ est vicieux, s'il paraît vulgaire,
• cormnun^vn/uXUe, trop long, hors-d'œuvre ou déplacé. Ces termes s'expliquent d'eux-mêmes.
f' 3. Proposition et diTision. — 1" La. proposition est le sommaire clair et précis du sujet: dans le plaidoyer, elle expose le point litigieux ; dans le sermon, elle énonce la vérité qui doit être développée, et dans le discours politique, la question qui sera débattue. Elle est simple ou complexe comme le sujet lui-même.
2^ Toutes les fois que la proposition est composée, ou qu'étant simple, elle doit être prouvée d'abord par tel moyen, ensuite par tel autre, il y a division.
*> La division est le partage du sujet en plusieurs points qui doivent être traités les uns après les autres, dans l'ordre marqué par l'orateur. Ces points ne sont généralement qu'au nombre de deux ou trois ; mais comme ils peuvent eux-mêmes se prouver de plusieurs manières, ils peuvent par conséquent aussi se diviser ; de là les subdivisions.
La proposition avec les divisions et les subdivisions forme ce qu'on appelle le plan du discours.
Les subdivisions elles-mêmes se partagent quelquefois en deux ou trois chefs d'arguments, sur lesquels elles s'appuient et qu'on appelle membres des subdivisions. Or, points on parties ne sont autre chose que des sillogismes développés ; de même en est-il des subdivisions et des membres de subdivisions : ce sont d'autres épichérèmes qui démontrent à leur tour la majeure et la mineure de chacun des arguments principaux, pour amener à leur conclusion particulière, elle-même subordonnée à la conclusion de tout le discours.
En sorte que le discours est en réalité une trilogie de discours
aboutissant à une proposition unique. " Le discours, dit Fénelon, est la proposition développée ; la proposition est le discours en abrégé."
Prenons seulement le 3* point du sermon de Massillon ; il dit ; " La religion chrétienne est nécessaire.^' D'oîi cette subdivision :
" Nécessaire " :
1° Parce que la raison de l'homme est faible et qu'il faut l'aider ; 2° parce qu'elle est corrompue et qu'il faut la guérir ; 3° parce qu'elle est changeante et qu'il faut la fixer.
1" membre de la subdivision : Peinture de l'ignoiranceoù l'homme