NARRATION ORATOIRE
seront développés ; quelquefois elle forme la preuve ellemême : on prouve en même temps qu'on raconte (Cic, contre Verres). A la tribune, elle se lie à la discussion, dont elle prépare les conclusions. Dans les oraisons funèbres, les panégyriques, elle se trouve répandue dans tout le discours. 2 • Il faut que, dans tous les genres de discours, la narration oratoire soit claire et précise, brève, vraisemblable et intéressante.
La narration judiciaire, en particulier, doit être aussi concise que le permet la nature du sujet. Or, comme il importe que les faits restent dans le souvenir pendant le cours de la plaidoirie, si l'avocat les raconte d'une manière ennuyeuse ou diffuse, il charge la mémoire d'un fardeau qu'elle ne peut supporter ; au contraire, s'il sait élaguer de son récit toutes les circonstances superflues, il fait par là ressortir les faits essentiels ; tout ce qu'il raconte devient plus clair et produit une impression plus durable.
Cicéron a observé tout cela dans la narration du meurtre de Olodius (Pour Milon).
Dans le genre démonstratif, on louera éternellement le récit de la bataille de Rocroi. {Or. fun. de Condé).
A la narration se rattachent la description, le portrait et e parallèle, qui ont aussi leur place dans le discours (1).
Dans son plaidoyer pro Sextio, Cicéron, après avoir nommé les deux consuls Pison et Gabinus, s'écrie :
Qui appellerai-je consuls ? Puis-je donner ce nom à des gens qui voulaient renverser l'Etat, prostituer votre dignité, s'attaquer à tous les gens de bien ? A des gens qui, voulant détruire le sénat, ruiner l'ordre des chevaliers, abolir tous les droits et les institutions de nos ancêtres, pensaient que les faisceaux et les autres insignes, honneurs du souverain pouvoir et de la suprême dignité, leur avaient été donnés pour seconder leurs tristes desseins ?
Quid dicam consules ? hoccine ego appellem nomine eversores hujus imperii, proditores vestrse dignitatis, hostes bonorum omnium ? Qui ad delendum senatum, affligendum equestrem ordinem, extinguenda omnia jura, atque instituta majorum, ac illis fascibus ceterisque insignibus, summi honoris atque imperii ornatos esse arbitrabantur ?
(1) L'-4y«d' émre, pp. 165 et 350-353. . v-'r -a»?
\ 3. I^a confirmation; objet et importances. — La conflrmation est la partie du discours qui prouve la fait raconté dans la narration, ou la vérité énoncée dans la proposition.
Il y a cependant un genre d'éloquence qui se passe de preuves ; ^ c'est celui des actions de grâces, des félicitations, des condoléances, . des éloges. Ces sortes de discours se ramènent à des narrations • oratoires, à des amplifications par les circonstances. " Ce sont lesfaits qui louent, a dit LaBruyère, et la manière de les raconter."^
La confirmation est le corps, la substance, le tissu, à proprement parler, du discours. On ne peut nier qu'elle en constitue la partie la plus importante. Elle en est le centre : autour d'elle rayonnent et vers elle convergent toutes les autres parties. L'exorde a préparé l'auditoire à l'entendre favorablement, la proposition a montré son but, la division lui a tracé ses grandes lignes, et la narration l'a mis à même de la bien comprendre. Il ne reste plus à l'orateur qu'à donner de toutes forces dans l'argumentation.
3. DéTCloppement de la confirmation : choix, coordination, amplification et liaison des prenves.
— VChoix des preuves. Le premier soin de l'orateur doit être de choisir, entre les preuves qui se présentent à son esprit, celles qui laissent le moins de prise au doute et à la réfutation ; il faut qu'il les pèse, et non qu'il les compte : ponderantur, non nume^^qntur. Qu'il se garde surtûut d'employer des arguments qui peuvent se rétorquer ; car rien nejblesse plus stoêment^ueTesTrâïts qui reviennent sur ceuxquiles ont lancés. ~
Uïïîzot avait reproché à Berryer un voyage fait, disait-il, dans un intérêt de parti. Il fut aisé au grand orateur de rétorquer ce reproche.
GuizoT Vous avez été à Londres dans un intérêt de parti : vous
avez oublié l'intérêt de la France. Voilà ce qui m'a fait dire que votre conduite a été mauvaise au point de vue de la moralité politique, qu'il importe qu'une manifestation publique vienne rétablir les droits de la moralité ofiensée.
BERRYER.^Je ne veux pas évoquer le souvenir d'un autre temps, je ne veux pas demander ce qu'ont fait à une autre époque les