LA CONFIRMATION
hommes qui nous accusent aujourd'hui. On nous accuse d'avoir perdu notre moralité politique l...Ah ! si nous avions été aux portes de la France en armes !.,.(S'adressant à M. Guizot, qui demande la parole.) Le parallèle est en notre faveur. Nous n'avons pas été aux portes de la France en armes, pour donner, au sein d'une armée ennemie, des conseils politiques à un roi. Vous vous en êtes glorifié. Quant à nous, nous avons été saluer le malheur...
2° Ordre ou disposition des preuves. En ce qui concerne la disposition des arguments, il faut considérer leur valeur et leur nature.
(a) L'ordre des preuves n'est ni absolu, ni arbitraire, mais relatif à la cause qu'on traite et aux dispositions de l'auditoire. 11 semble que le plus naturel soit l'ordre progressifs qui consiste à ranger les arguments de manière que chacun renchérisse sur le précédent, et que la force démonstrative du discours aille toujours croissant.
C'est ainsi que Cicéron a procédé dans son plaidoyer pour le poète Archias :
" Je voudrais vous faire sentir non seulement que vous ne devez pas retrancher Archias du nombre des citoyens, parce qu'il est véritablement citoyen, mais que s'il ne l'était pas vous devriez l'adopter."
" Quel que soit l'ordre adopté dans la disposition des preuves, on conçoit aisément que, s'il est utile et nécessaire d'insister sur celles dont la puissance est irrésistible, il est d'une bonne tactique de glisser rapidement sur les arguments médiocres. L'orateur présente les premiers isolément, et leur donne tout le relief possible ; il groupe les seconds, comme en un faisceau, afin de mieux dissimuler leur faiblesse." (Gérusez.)
(h) Nous avons vu que l'invention fournit deux moyens de prouver : les moyens logiques et les moyens pathétiques. Les uns s'adressent à l'intelligence, les autres au sentiment, à la volonté. Or, il est tout naturel que l'intelligence doit être éclairée avant que la volonté ne soit émue. Pareille disposition doit présider à l'arrangement du discours. Instruisons d*abord l'intelligence par les moyens logiques, puis touchons la volonté par l'emploi des passions. Ici encore,
rien d'absolu pourtant. — Quant à la place des moyens éthiques (mœurs), elle est en première ligne dans l'exorde, mais ces moyens peuvent se retrouver partout dans le discours.
b" Atwplification oratoire. — Amplifier, c'est donner aux preuves des proportions convenables. C'est par l'amplification que l'argumentation oratoire ou littéraire se distingue de l'argumentation scientifique, et contraste avec elle. (1) U amplification est le vêtement du style jeté sur les idées ; elle consiste à insister sur chacune d'elles à mesure qu'elles se présentent, pour les éclaircir, les renforcer, les développer. L'art du style n'est autre chose que l'art du développement. Le discours ne saurait être composé de syllogismes nus et arides ; il faut que les prémisses et la conclusion qui articulent un argument soient élargies, expliquées (2), embellies tour à tour, de telle sorte qu'elles puissent être aisément comprises de tous, qu'elles leur plaisent et les intéressent.
Voici comment le P. Coubé, réfute la thèse que Jeanne d'Arc aurait été le jouet " d'une hallucination bienheureuse née de son amour pour la France et qui lui aurait fait croire à une mission surnaturelle" :
Mais quoi, messieurs, est-ce que l'hallucination ne suppose pas une nature physiquement et moralement déséquilibrée ? Est-ce qu'elle ne se traduit pas par une nervosité maladive, l'exaltation des idées et du langage, de fébriles espérances suivies de profonds abattements ?
Or Jeanne d'Arc ne présente aucun de ses symptômes. C'est la robuste paysanne, florissante de santé et de bonne humeur, qui supporte gaillardement les fatigues et les privations de la guerre, et cela n'est pas d'une hallucinée. C'est une intelligence calme, positive, qui ne vague jamais dans l'irréel. Elle émerveille les hommes de guerre, et, en particulier, Dunois et le duc d'Alençon par sa prudence, son flair, sa tactique qui dépasse celle de Talbot : cela non plus, n'est pas d'une hallucinée. Elle émerveillera un jour les hommes de loi par la rapidité de ses ripostes spirituelles, éblouissantes d'à-propos et de bon sens ; la fine champenoise, doublée d'une Lorraine, déroutera les juges retors de Normandie. Encore une fois, tout cela n'est pas d'une hallucinée.
Jeanne n'est donc pas victime d'une illusion. Ce qu'elle a entendu, ce n'est ni l'écho lointain de la guerre, ni le vent d'ouest chargé de larmes et de râles, ni l'âme du murmure de la forêt : ce sont des
(1) L'Art cC'ecrire, pp. 49-50.
(2) L'Art d'écrire, pp. 201-202.