‹ Poétique et rhétoriqueChapitre 75 sur 92 · IMPROVISATION · texte numérisé non relu

IMPROVISATION

Souvent je ne veux pas que ma phrase finisse Avant que, pour signal, je ne frappe ma cuisse. Tantôt, quand mon esprit n'imagine plus rien, J'enfonce mon bonnet qui tenait déjà bien. Quelquefois, en poussant une voix de tonnerre. Je fais le timbalier sur les bords de ma chaire.

(Nettfohatbau.)

2. De l'improvisation. — Souvent dans les grands genres, dans le délibératif, dans le judiciaire, dans le sermon, dans l'enseignement public, sur des matières élevées qui donnent lieu parfois à l'éloquence, l'orateur se livre à ce que l'on appelle ViTnprovisation ; c'est-à-dire qu'il parle sans lire et sans réciter un texte par cœur ; il se livre, il s'abandonne, il y vogue courageusement en pleine mer et à toutes voiles. — On y^^ comprend que c'est ici plutôt le génie que le simple talent^*^ de l'éloquence. C'est en effet l'improvisation qui remporte les plus belles victoires ; là surtout l'ardeur naturelle se fait sentir, l'âme parle directement, elle touche, elle entraîne ; c'est un fleuve qui s'épanche sans la résistance des digues, sans effort et sans travail.

Si l'improvisation est d'une si grande force dans l'éloquence, il est évident que c'est à la condition qu'elle sera réglée, contenue ; qu'elle ne sera point une divagation, qu'elle n'aura rien d'incohérent, qu'elle saura s'arrêter à propos, qu'elle observera les bienséances malgré le feu des sentiments et l'entraînement du discours ; c'est aussi à condition que l'élocation, à laquelle on pourra passer quelques négligences, sera pourtant correcte, grammaticale, châtiée même malgré sa hardiesse ; en un mot, il faut être bien sûr de soi, sûr que le torrent auquel on s'abandonne ne s'arrêtera pas, et que le vent ne cessera pas de souffler dans les voiles.

Du reste, l'improvisation n'est jamais ou presque jamais entière. Toujours l'orateur prépare son discours, son exorde, sa proposition, ses preuves ; il sait les divisions et les subdivisions, les principales idées et leur chaîne, et même beaucoup d'expressions qui se sont présentées à sa méditation et se reproduisent à son esprit au moment de l'improvisation. Il saura les enchaîner avec habileté, de manière à leur faire produire tout leur effet.

L'improvisation est un exercice qui devrait occuper beaucoup de place dans l'enseignement classique. Dès les premières classes, il est bon d'habituer les élèves à expliquer leurs idées avec clarté et un juste développement ; de leur faire analyser oralement les textes lus et expliqués ; puis raconter, décrire, etc. Dans les classes supérieures, ils répètent les leçons de littérature et de philosophie, hardiment et sans être conduits ; ils parlent un certain temps, une demiheure ; on leur apprend à placer à propos les ornements du style et les mouvements bien inspirés. Cet exercice est trèsbon, particulièrement en philosophie, où les élèves peuvent être instruits à répéter une leçon entière, et à enseigner comme des maîtres. C'est ainsi qu'on accoutume les élèves des séminaires à improviser des sermons. (1)

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