‹ Poétique et rhétoriqueChapitre 79 sur 92 · ÉLOQUENCE DE LA CHAIKE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE DE LA CHAIKE

sacrée a donc le premier rang par l'importance de sa mission, par les vérités qu'elle enseigne et par le but qu'elle se propose. " L'orateur sacré, dit Marmontel, n'est pas un homme qui s'adresse à d'autres hommes, c'est l'interprète de Dieu ; c'est au nom de la religion même qu'il s'assied dans la chaire de vérité."

L'éloquence sacrée comprend : 1° VHomilie (du grec, entretien), explication simple et familière de l'Evangile ou d'un livre quelconque de la sainte Ecriture, d'où l'on tire des réflexions morales pour l'instruction et l'édification des auditeurs ; 2" le Prône, instruction familière sur un sujet de dogme ou de morale ; 3° le Sermon, discours religieux sur un suje, dogmatique ou moral, mais plus développé que le précédent et où l'on observe plus rigoureusement les lois de l'art oratoire : texte, exorde, division, plan régulier, péroraison ; 4P la Conférence, discours où l'orateur de la chaire présente les preuves de la religion et la défend contre les attaques de l'hérésie et de l'incrédulité ; genre inauguré au commencement du XIX^ siècle par Mgr Frayssinous, illustré par les PP. Lacordaire, de Eavignan, Félix, Monsabré, et Mgr Besson; 5" le Panégyrique (1) : chez les Anciens, éloge public des dieux, d'une nation, d'un personnage illustre, prince ou grand citoyen : panégyrique de T rajan, par Pline ; dans la chaire chrétienne, discours religieux très solennel consacré à la louange des saints : panégyrique de S. Paul, par Bossuet ; de S. Louis, par Bourdaloue ; de S. Vincent de Paul, par Maury ; 6" YOraison funèbre, sorte de panégyrique ou plutôt d'éloge consacré à la mémoire de quelque grand personnage, peu de temps après sa mort. Cet éloge, par les graves enseignements de la religion dont il est accompagné, doit servir autant à l'utilité des vivants qu'à la gloire des morts. Peu de genres demandent plus d'élévation et de majesté dans le style.

Après les oraisons funèbres du grand Bossuet, on peut encore citer celles de Turenne, par Fléchier ; de Louis XIV, par Massillon ; de Drouot, par Lacordaire.

(1) Du grec, prononcé devant tout le peuple.

La vie humaine est semblable à un chemin dont l'issue est un précipice affreux. On nous en avertit dès le premier pas ; mais la loi est portée, il faut avancer toujours. Je voudrais retourner en arrière. Marche I marche I Un poids invincible, une force irrésistible, nous entraînent : il faut sans cesse avancer vers le précipice. Mille traverses, mille peines nous fatiguent et nous inquiètent dans la route. Encore si je pouvais éviter ce précipice affreux ! Non ! non ; il faut marcher, il faut courir: telle est la rapidité des années.

On se console pourtant, parce que de temps en temps on rencontre des objets qui nous divertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent. On voudrait s'arrêter. Marche I marche 1 Et cependant on voit tomber derrière soi tout ce qu'on avait passé : fracas effroyable I inévitable ruine I On se console, parce qu'on emporte quelques fleurs cueillies en passant, qu'on voit se faner entre ses mains du matin au soir, et quelques fruits qu'on perd en les goûtant : enchantement! illusion I Toujours entraîné, tu approches du gouffre affreux : déjà tout commence à s'effacer, les jardins moins fleuris, les fleurs moins brillantes, leurs couleurs moins vives, les prairies moins riantes, les eaux moins claires : tout se ternit, tout s'efface. L'ombre de la mort se présente, on commence à sentir l'approche du gouffre fatal. Mais il faut aller sur le bord. Encore un pas : déjà l'horreur trouble les sens, la tête tourne, les yeux s'égarent. Il faut marcher ; on voudrait retourner en arrière : plus de moyens : tout est tombé, tout est évanoui, tout est échappé.

(BossuET, Sermon pour le jour dé Pâques.)

Péroraison pathétique d'un seimon de MacCarthy (1769- 1833) sur le Jugement dernier : " Les adieux de réprouvés " :

Adieu, paradis de délices, admirable cité du Dieu vivant, séjour de paix, de gloire et de bonheur, pour lequel nous avions été faits et d'oîi nos crimes nous ont bannis sans retour ! Adieu, Père des miséricordes, dont nous ne sommes plus les enfants ; divin Fils, qui ne nous reconnaissez plus pour vos frères ; Esprit d'amour, que nous avons forcé de nous haïr! Adieu, Rédempteur adorable, qui avez en vain répandu tout votre sang, pour nous préserver des maux où notre fureur nous a précipités 1 Adieu, incomparable Vierge, mère de tous les vivants, que nous avons mieux aimé avoir pour ennemie que pour mère...

Adieu, vous tous enfin, fortunés habitants du ciel, l'enfer nous réclame ! Adieu, beau jour de l'éternité bienheureuse, nous descendons dans l'éternelle nuit ! Adieu, joie, paix, consolation, espérance ! adieu pour jamais ! les tourments, la désolation, le désespoir sont désormais notre partage. A ces mots, ils tombent dans ces gouffres brûlants qui mugissent en dévorant leur proie. Les portes de l'abîme se referment sur eux pour ne plus s'ouvrir. Tout est consommé. Là sont les pleurs et les grincements de dents...

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