‹ Poétique et rhétoriqueChapitre 86 sur 92 · ROMAN · texte numérisé non relu

ROMAN

ARTICLE III

Le roman.

1. Définition du roman ; origine du mot et de la chose. — 2. Composition du roman ; rapports entre le romancier et le dramaturge.— 3. Le roman moderne et ses espèces. — i. Nouvelle, conte.

1. Définition dn roman ; origine du mot et de la cbose. — Le roman est un récit d'événements imaginaires, fait surtout en vue de récréer l'esprit et de charmer l'imagination.

Le roman n'était autre chose d'abord qu'un récit en langue vulgaire ou romane, soit que le sujet en fut héroïque (Roman du Rou), fabuleux (Roman des Ghev. de la Table- Ronde), allégorique {Roman de la Rose), ou satirique (le Roman du Renard).

Mais si le nom est relativement moderne, la chose est fort ancienne. L'origine de la narration fabuleuse est dans cet instinct, cette aspiration vers l'inconnu qui nous fait trouver du plaisir au spectacle de l'homme luttant contre la nature, contre la société ou contre lui-même ; et comme cet instinct est inné dans le cœur de l'homme, il est probable que sous une forme ou sous une autre, le récit fabuleux — et le roman n'est pas autre chose — est contemporain des premiers hommes.— Chez les Grecs, il s'écrivit d'abord en vers, et ce fut l'épopée : VOdyssée, par exemple, n'est qu'un roman d'aventures. La civilisation se perfectionnant, les luttes entre les peuples furent plus rares, celles entre les particuliers fréquentes ; les héros de colossale stature s'effacèrent peu à peu et firent place à des personnages de taille commune, mais non moins intéressants. C'est ainsi qu'en face de l'épopée s'installa le roman, son diminutif. Le roman est au poème épique ce que la prose est à la poésie.

!& Cyropédie, de Xénophon; V Atlantide, de Platon. — L'époque de la décadence littéraire grecque abonda en sophistes et en romanciers : Lucien, V Ane ; Théagène et Chariclée, Callirhoé, Daphnis et Chloé, d'auteurs incertains. (Hist. litt.)

3. Composition dn roman ; rapports entre le romancier et le dramaturge. — " Il s'agit d'abord d'inven-

ter des événements qui soient peu ordinaires, mais vraisemblables ; qui intéressent, attachent le lecteur, et qui amènent des peintures variées du cœur humain, des divers mouvements qui l'agitent, et des différentes passions qui le tyrannisent dans les différentes circonstances de la vie. Il faut que rien ne languisse dans le récit de ces événements ; que l'action marche avec rapidité ; que le style, vif et plein de chaleur, échauffe toujours de plus en plus l'imagination et l'âme du lecteur, que les situations des personnages n'aient rien de forcé, que leurs caractères particuliers soient bien marqués, parfaitement soutenus jusqu'à la fin; et que le dénoûment, amené naturellement et par degrés, soit tiré du seul fond des événements," (Lefranc.)

Le romancier et le poète dramatique tendent au même but ; instruire par la peinture de la vie, rendre meilleur par l'émotion ; mais les règles auxquelles l'auteur dramatique est astreint sont plus nombreuses et plus sévères. Il lui faut conduire son action sur un petit nombre de points et si bien en choisir les traits saillants, que la peinture soit aussi profonde, l'émotion aussi vive que s'il avait pu montrer la naissance et le progrès des sentiments qu'il met en jeu. Mais, si le romancier est plus libre de disposer des temps et des lieux, il n'a ni l'acteur, ni le décor pour compléter sa pensée ; la latitude qu'il a d'ailleurs le rend inexcusable lorsqu'il ne porte pas le scalpel jusqu'au fond de l'âme et ne scrute pas profondément les motifs secrets de nos actions. L'un et l'autre, au reste, sous le rapport d'un sujet un et entier, sur sa distribution en exposition, nœud et dénouement, sur la nécessité de peindre des caractères vrais, de semer heureusement les scènes passionnées au milieu des descriptions de mœurs, de lieux et de faits qui en font le cadre, et do conduire peu à peu le lecteur à un dénouement aperçu mais non deviné, ont des règles analogues à suivre. Malgré tous ces rapports cependant, le roman et le drame réclament des talents divers rarement départis sur le même écrivain : l'expérience l'a prouvé mille fois. (1)

(1) Encycl. du XI Xe siècle.

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