NERVEUX SUR LA NUTRITION DES POILS ET DES ONGLES
Eq se plaçant à ce point de vue, il faut confondre les productions pileuses et cornées.
% i. — M. Broca a exposé, il y a quelques années, dans une leçon clinique (1), plusieurs cas d'altération de nutri-
(1) Id Gazette des hôpitaux, IHl't.
tion des ongles et des poils consécutifs à des lésions organiques de l'appareil circulatoire. Il a établi, sur les faits, que toutes les lésions organiques susceptibles d'entretenir une congestion du follicule pileux ou de la matrice unguéale, anévrysme artérioso-veineux, inflammation chronique, lésions du squelette, causent une hypertrophie des phanères. Quand la congestion diminue ou disparaît, l'hypertrophie se modifie dans le même sens; quand elle reparaît, l'hypertrophie de la phanère se montre de nouveau. S'il s'agit de la matrice unguéale, l'ongle présente une succession de vallées et de collines transversales, altérations très saisissantes parfois sur le sabotdes ongulés (pied cerclé).
§ 2. — L'influence du système nerveux sur la nutrition des phanères et de la peau se manifeste sur le développement et sur la coloration, mais elle est extrêmement embrouillée.
Mougeot (1) a rassemblé sur cette question un nombre considérable d'observations; mais malgré l'importance de ce travail, et malgré les faits qui sont venus depuis enrichir la littérature médicale, on est encore à la recherche d'une solution.
Citons quelques-uns de ces faits :
A. — Hamilton (2) rapporte un cas très remarquable de production de poils, chez une jeune fille, à la suite d'une blessure du nerf musculo-cutané par la lancette. •
Joffroy (3) a vu la compression des racines nerveuses, dans la pachyméningite spinale, s'accompagner de l'hy-
(1) . Thèse de Paris, 1867.
(2) In Dublin Journal of med, se, 1838.
(3) Inédit.
pertrophie du sj'stème pileux; les ongles étaient incurvés, secs, cassants.
Jelly (1) a observé un grand développement des poils au niveau des régions paralysées, sur un jeune garçon qui a probablement présenté de la pachyméningite dans la région dorsale à la suite d'une chute dans un fossé.
D'autres fois, au lieu d'observer de l'hypertrophie après les lésions des nerfs, on voit, comme Morat (2) l'a noté, dans le mal perforant, la chute des poils, l'ulcération de l'épiderme.
Dans la lèpre anesthésique, où les nerfs présentent des tuméfactions fusiformes sur leur trajet (3), le bulbe pileux est rabougri, le poil sec et cassant.
B. — Dans les affections de la moelle épinière et de l'encéphale, on a observé des troubles trophiques du système épidermique. Joffroy a vu récemment la chute spontanée, sans traumatisme de l'ongle des gros orteils, chez un ataxique; enfin, tous les médecins ont noté l'eschare fessière, du côté paralysé, dans l'hémiplégie cérébrale vulgaire, et Joffroy et Salmon (4), dans l'hémiparaplégie suite d'une hé^^ misection de la moelle.
Enfin dans quelques maladies, dont la nature nerveuse est encore mal définie, telles que l'acrodynie, la sclérodermie, la cachexie pachydermique, la trophoné vrose de la face, on remarque un trouble nutritit des phanères : allongement et mcurvation des ongles, dans la première ; incurvation, rétrécissement et desquamation dans la seconde , multipli-
(1) In British med, journal, 1873.
(2) In Lyon méd., 1876.
I?,) Charcot, Maladies du système nerveux, t. I. (4) Société de biologie, 1871.
cation des cellules du lit de l'ongle, dans la troisième; chute d'une partie des cheveux, dans la dernière,
C. Les troubles de la coloration des poils se sont montrés principalement dans les névralgies de la face (Gintrac, Brown-Séquard, Gubler et Bordier). Ces derniers ont observé, chez un migraineux, une décoloration partielle des cheveux dans la portion dont la croissance se faisait au moment des accès de migraine (1).
Si l'on cherche à synthétiser les faits dont nous venons de rapporter des exemples (2), on éprouve un grand embarras. Dans un grand nombre de cas, la cause des troubles nutritifs est mal connue ; l'examen nécropsique n'a pas été fait, et l'on confond, par exemple, sous le titre de lésions des nerfs, des affections peut être distinctes (névrite interstitielle, névrite parenchymateuse), et enfin, quand il s'agit d'une lésion centrale, on ignore si elle entraîne une destruction ou une irritation plus ou moins vive des éléments nerveux.
Néanmoins, Weir Mitchell croit pouvoir conclure de ses observations sur les ongles que ces organes continuent à pousser dans les paralysies par lésions des nerfs, tandis que leur croissance est entièrement suspendue dans les cas de paralysie cérébrale (3).
Emise d'une manière aussi absolue, cette opinion est du moins exagérée, car il n'est pas aisé d'observer la croissance des ongles dans les hémiplégies avec contracture considérable et flexion des doigts dans la paume de la main.
(1) Iq Arnozan. Thèse d'agrégation Paris, 1880.
(2) On pourrait citer beaucoup d'observations de lésions des ongles après des lésions nerveuses : celles de Hutchinson, Gosselin, Weir Mitchell, Morehouse, Keen, elc.
(3) In lésions des nerfs et leurs conséquences, traiuction française.
L'expérimentation n'a pas permis jusqu'à présent de résoudre la question.
Lùnget, ayant pratiqué la section du sciatique, sur le chien, avait observé, outre l'atrophie du membre avec perte de la contractilité musculaire, la chute des poils et des ongles, la gangrène de ia peau, etc,, et conclut que le système nerveux tient sous sa dépendance la nutrition de la peau et des productions épidermiques. Mais Brown-Sequard croit avoir démontré, depuis 1849, que les accidents gangreneux étaient dus au frottement des parties aneslhésiées sur un sol dur ou raboteux, ou à l'action des dents de l'animal ou enfin à la pression que les pièces du squelette exercent à la face interne de la peau sur un sujet amaigri par la souffrance.
En 1853, mon maître, M. Chauveau pratique la section de toutes les branches nerveuses qui se rendent à l'extrémité du membrechezle cheval, etneremarque aucun changement dans la production de la corne du sabot.
Depuis cette époque, la question a subi des sorts divers, tantôton a attribué entièrement les troublés trophiques à la section nerveuse (section de la cinquième paire, kératite névroparalytique, chute des poils, des ongles), tantôt aux actions mécaniques, de sorte qu'aujourd'hui encore, il est difficile de prendre un parti. Cependant, si l'on songe à la rapidité avec laquelle la destruction de la peau survient dans le décuhitus aigu (Samuel, Charcot), les influences mécaniques perdent sigulièrement de leur importance; elles paraissent jouer le rôle de causes adjuvantes.
En somme, l'action du système nerveux ressort évidemment de cette discussion, reste à connaître par quel mode elle se manifeste.
M. Vulpian a examiné ce sujet avec détail, dans ses le-
çons svir les vaso-moteurs. Les modifications delà circulation ne suffisent pas à expliquer les troubles nutritifs, attendu que ceux-ci apparaissent avec deux états différents de l'appareil v9So-moteur. Ainsi, dans l'hémiplégie cérébrale, l'eschare se forme dans une région où les capillaires sont dilatés, tandis que dans l'hémiparaplégie, l'eschare apparaît dans une zone anémiée. (Charcot). Par conséquent, on est conduit à admettre l'existence de nerfs trophiques indépendants des nerfs vaso-moteurs.
Les nerfs trophiques, découverts physiologiquement par Samuel, ont eu leurs partisans et leurs détracteurs. Leur existence est au moins fort probable ; ces organes s'entrecroisent dans la moelle et contractent avec les nerfs sensitifs des relations très intimes dans les cordons périphériques, dans la moelle, dans le cerveau. Eneffet, les troubles trophiques de la peau et de ses appendices ne surviennent jamais après l'altération d'un nerf exclusivement moteur; on ne les voit pas lorsqu'ils accompagnent une lésion médullaire si celle-ci n'atteint pas la zone profonde du cordon latéral où existe un faisceau sensitif; et, quand ils sont de cause cérébrale, ils ne coïncident jamais avec les lésions des parties du cerveau qui président à l'intelligence ou à la motilité (Joffroy, (1). Dans ce cas, les lésions siègent toujours sur les lobes postérieurs des hémisphères cérébraux; mais Joffroy, en faisant cette remarque, n'a jamais eu la pensée de faire une localisation précise (il entend seulement dire qu'il ne s'agit ni des régions motrices ni des régions psychiques), ni de trancher la question de l'indépendance des fibres cérébrales trophiques cutanées.
(1) In Archives générales deméd., janvier 1878.
Les conclusions générales qui découlent de cette revue sont donc :
la Que la nutrition des poils et des ongles est soumise à l'action du S3'stème nerveux;
2° Que le système nerveux agit sur ces organes par l'intermédiaire de l'appareil circulatoire et directement par ses rameaux trophiques;
3" Que l'influence de ces derniers diffère (hypertrophie, atrophie) suivant les modes d'excitation qu'ils subissent et qui nous échappent actuellement.
Article IV. — Influence de la nutrition générale sur
LA nutrition des POILS ET DES ONGLES.
L'état général de l'organisme retentit vivement sur la souplesse, l'élasticité, la vascularisation de la peau. Rien d'étonnant alors qu'il retentisse secondairement sur la nutrition des phanères.
§ I. — L'influence de l'état de santé sur le système pileux e=t manifeste thez les animaux. En médecine vétérinaire, on utilise la connaissance de ces rapports au diagnostic et au pronostic des maladies. Si l'organisme ebt en souffrance, les poils deviennent ternes, piqués, secs, cassants.
Chez l'homme, elle se manifeste par un changement dans l'état physique, la coloration, l'accroissement, la chute, l'odeur des cheveux ou de la barbe.
La canitie a été observée plusieurs fois, dans le cours d'affections de longue durée qui produisent une débilité générale. Graves a rapporté qu'un officier anglais, épuisé par la dysenterie des Indes, a vu blanchir ses cheveux ; de retour en Angleterre,grâce à l'air natal et à un régime con-
venable, cet officier a récupéré sa teinte primitive. Il a observé des faits analogues chez des dyspeptiques, à la suite du typhus, dans la phthisie.
Laborde (1) a noté sur lui-même une canitie très marquée, pendant une maladie grave ; après la convalescence, les cheveux ont poussé. avec leur ancienne couleur.
Le changement n'est pas toujours aussi complet. Ainsi, dans la phthisie, la teinte châtain passe quelquefois au brun ou au roux. La couleur devient jaunâtre chez les ictériques (2).
La croissance despoils est notablement diminuée dans les états maladifs. Moleschott (3) a vu, sous l'influence d'un catarrhe vésical, la production des cheveux et de la barbe diminuer dans les proportions suivantes, : : 100 : 161, pour les cheveux, : : 100 : 133, pour la barbe. Cette dernière a donc été plus gravement atteinte que les cheveux.
La chute des cheveux survient fréquemment à la fin de maladies graves (alopécie de la fièvre typhoïde, de la cirrhose du foie, des inflammations de la peau).
L'alopécie est caractérisée anatomiquement par la présence de poils morts et de poils renaissants, «avec atrophie provisoire du derme. Elle diff'ère de la calvitie parce que dans cette affection, le poil, sa gaine ou sa papille sont altérés séparément. Mais il faut distinguer la calvitie produite par un trouble de la nutrition générale (syphilis fièvre typhoïde, typhus, puerpéralité, hémorrhagie, hypochondrie, méditations prolongées, chagrins) de la calvitie due à une lésion parasitaire ou non du cuir chevelu.
(1) Société de biologie, janvier 1879.
(2) In th. Ancei.
(3) In I.oc. cit.
Remy a mêii-îe reconnu une autre calvitie précoce qui remonterait à un arrêt du développement des cheveux dans la jeunesse. L'examen du cuir chevelu montre généralement un amincissement de ses couches, l'atrophie ou même la disparition des follicules pileux ; souvent au centre de la région chauve, les alvéoles du derme qui contenaient 5 à 6 poils à l'état normal, en sont privées, ou bien les poils s'y montrent tellement fins qu'ils représentent une annexe des glandes sébîicées (1).
Nous ne nous étendrons pas plus longuement sur ce point, car nous serions attiré sur la question du chorion qui n'entre pas dans notre sujet.
Dans la syphilis, les poils deviennent cassants. Assez souvent, on a remarqué chez les maniaques, au commencement de chacun des accès, la rigidité, la sécheresse et le redressement des poils. La forme du cheveu se modifie pendant les troubles de la santé. Ainsi Ferber (2) a noté, sur un hystérique, la disparition des ondulations des cheveux sprès chaque pollution,
Le même observateur a observé une modification semlable sur une jeune filJe rachitique à chaque augmentation du mal.
Nous citerons enfin les troubles nutritifs que présentent les poils lorsque la bile ne s'écoule pas dans l'intestin.
Les animaux porteurs de fistules biliaires ont les poils ternes, secs, mal fixés. Ces modifications sont attribuées à la perte du soufre de la taurine qui entre en assez grande proportion dans la composition des productions épidermiques.
(1) In loc. cit.
'2) In Œsterlen.
Ârloiog.
Au contraire, si l'on introduit dans l'organisme du chlorure de sodium et des sels arsenicaux, le système pileux devient brillant, souple; il se présente, en un mot, avec tous les attributs qui dénotent une parfaite santé.
L'odeur des cheveux devient assez \ive et caractéristique dans certaines maladies; mais elle est due à une modification de la sécrétion des glandes sébacées.
§•11. — Les ongles sont, plus qu'on ne se l'imaginerait, le miroir où se reflète l'état de la nutrition générale.
L'influence de la nutrition sur les ongles a été signalée pour la première fois par Reil (1), elle a été bien étudiée par Pigeaux (1832) et Beau en 1846 (2). Depuis cette époque Trousseau Vernois ont fait des rem arques particulières dans le cas de phymie. Un grand nombre de praticiens ont vérifié les assertions de Pigeaux et Beau.
Les maladies aiguës, fébriles, les fractures se traduisent à la surface de l'ongle par des sillons transversaux plus ou moins profonds, plus marqués au milieu que sur les côtés, sur le pouce que sur les autres doigts. La largeur de ces sillons est fort variable. Elle dépend de la durée du trouble pendant lequel la portion de l'ongle qui constitue le fond du sillon s'est formée sur la matrice unguéale.
Après la guérison, l'ongle reprend son épaisseur ordinaire. Si l'état fébrile reparaît, les phénomènes atrophiques se montrent de nouveau.
La vitesse de croissance de l'ongle étant connue, on peut déterminer, sur un sujet sain, à quelle époque il a été pris d'une affection grave depuis un délai maximum de quatre mois et demi à cinq mois.
(1) Unguium vitia in convalescentibus a febre maligna observatd Halle, 1792.
(2) Iq Archiv. génér. deméd,, 1832 et 1846.
Ces modifications se présentent aussi bien aux pieds qu'aux mains, sur les deux moitiés du corps.
Les affections chroniques apportant un trouble à l'hématose entraînent presque constamment la déformation connue sous le nom d'ongle hippocratique. On a observé une déformation analogue dans les troubles circulatoires résultant de la persistance du trou de Botal (Gintrac, Lorain, Vulpian).
Folet a vu tomber les ongles, chez une dame de 26 ans atteinte de diabète.
Enfin, Esbachaconstatéparde nombreuses observations, que l'activité des fonctions cutanées, mesurée par la diaphorèse, retentit notablement sur la force des ongles. Par exemple, la diaphorèse étant représentée
Par 14,6, l'ongle mesure 35,4 d'épaisseur Par 15,6 » » 44,5 »
chez les hommes exerçant une profession dure ; chez ceux qui exercent une profession douce, l'épaisseur de l'ongle est de 32,5 pour une diaphorèse de 15.5,
40, — — de 18.8(1).
ARTICLE V. — INFLUENCE DE LA. NUTRITION DES POILS ET DES ONGLES SUR LA NUTRITION GÉNÉRALE.
A son tour, la nutrition des productions retentit sur l'organisme et se manifeste par un trouble de celui-ci lorsqu'elle se modifie profondément ou sur une grande étendue. Chez l'homme où le système pileux est relativement peu développé, le trouble que nous signalons n'apparaît
(1) Modification de la phalangette dans la sueur) etc. Thèse de Faris, 1876.
habituellement que lorsque les modifications nutritives des poils s'étendent àl'épiderme.
Cependant, on a rapporté quelques exemples d'altération de la nutrition sous l'influence d'une modification des cheveux. Tel est lé cas cité par Cazin, de Boulogne, d'une jeune fille chez laquelle la chlorose apparaissait quand on laissait pousser les cheveux et disparaissait quand ils étaient coupés (1).
Pour saisir la signification de cette influence, il faut envisager l'ensemble dès productions cornées comme des excrétions sèches qui débarrassent l'économie d'une certaine quantité des résidus de la nutrition. A ce point de vue, les productions épidermiques exercent une influence favorable sur l'organisme. Mais ces résidus sont entraînés par des cellules qui s'en chargent au contact de leur matrice, de sorte que si la mue épidermique devient très abondante, il en résulte une soustraction considérable de matériaux nutritifs qui conduit le sujet insensiblement ou rapidement vers la débilité.
Etayons ces considérations théoriques par des faits. Moleschott (2), après avoir pesé la quantité de cheveux produite en vingt-quatre heures, a déterminé la quantité d'azote éliminé par cette voie dans le même temps. Un jewne homme produisant 200 milligrammes de cheveux par jour, contenant 164 milligrammes de substance cornée dans laquelle existe 17,5 p. 0/0 d'azote, élimine donc par le cuir chevelu 0 gr. 0287 d'azote par jour, quantité qui correspond à 0 gr. 0615 d'urée. La même opération a été faite pour les ongles, et, de ce chef, un homme de 20 ans élimine
(1) In Vaillant, thèse citée.
(2) In loc, cit.
0 milli. 074 d'azote répondant à 1 milligramme et demi d'urée.
On voit déjà par ce calcul que les poils et les ongles servent à l'élimination de l'azote.
Les matières quaternaires sont accompagnées de matières grasses, 4,9 0/0, ce qui représente une élimination de 9 milligrames 8 par les cheveux.
Enfin , les productions cornées entraînent des matières minérales, phosphate et carbonate de chaux, silice, soufre et fer ; elles sont même, avec la bile, les seules excrétions dans lesquelles on trouve ces deux derniers corps (Quevenne). Mialhe fait remarquer, à l'appui de cette assertion, que l'emploi prolongé des ferrugineux fonce le système pileux, parce que ceux-ci forment des sulfures, avec le soufre qu'ils y trouvent déposé.
Or, il est aisé de comprendre que les phénomènes qui ont pour résultat d'extraire ces corps de l'économie animale jouent à l'égard de celle-ci un rôle qui les rapprochera des sécrétions biliaire, urinaire et sébacée.
On a dit souvent que l'ablation d'une barbe ou d'une chevelure abondante est devenue le point de départ d'une altération de la santé, sanspouvoirpréciser l'influence qu'une telle ablation exerce sur les phénomènes de la nutrition Aussi la plupart des médecins pensent que les accidents, en pareil cas, sont le résultat d'un simple effet physique
Il est facile de prévoir que si l'ablation de la chevelure produit une modification des phénomènes nutritifs, celleci sera nécessairement minime. Pour en connaître le sens, il fallait tenter des expériences sur les animaux dont le système pileux est très développé. Ces recherches ont été faites sur le mouton, dans quelques stations agronomiques
de l'Allemagne (Weiske) (1) ; M. Sanson (2) les a fait connaître en France, par ses ouvrages spéciaux sur la zootechnie.
Après la tonte, Weiske a remarqué une augmentation de l'azote éliminé proportionnellement à l'azote ingéré, 1 gramme sur 20 environ, et une légère augmentation de l'acide carbonique rejeté par la peau et le poumon ; l'élimination et la consommation de l'eau sont plus faibles. Il a constaté également une augmentation de l'appétit sans qu'il en résultât un changement dans la quantité d'éléments digérés, la ration restant la même.
Weiske conclut de ses expériences que l'ablation du système pileux a pour effet d'augmenter la dénutrition. Les sujets tondus brûlent une plus grande quantité de matières quaternaires et hydro-carbonées pour lutter contre l'abaissement de température auquel ils sont exposés par le fait du contact direct de la surface cutanée avec l'air ambiant, Si nous appliquons ces résultats à l'homme, nous devons admettre que, dans une certaine mesure, la coupe d'une barbe ou d'une chevelure abondante, abaisse la température, augmente le chiffre des combustions organiques, éveille l'appétit et favorise le retour des forces et l'engraissement, si l'homme prend en même temps une plus grande quantité d'aliments. Au contraire, la conservation d'une chevelure longue, en ralentissant lacroissance de chaque poil en particulier, diminue l'élimination qui se fait par cette voie, amène une rétention dansl'économiede matières minérales, de graisses, de produits azotés, lesquels se feront jour par une autre voie.
(1; Journal fur Landwirthschaft, 1875.
(2) Journal de l'agriculture, de Barrai, 1875, p. 253 et Traité de zootechnie, 2« édit., t. IV, p. 310.
Il est bien entendu que ces conclusions s'appliquent plutôt à la directiondes phénomènes qu'aux phénomènes eux-mêmes, en raison de la minime importance du système pileux de l'homme relativement à celui des animaux qui ont servi aux expériences de Weiske ; néanmoins, nous ayons jugé utile de les donner.