‹ Pointes sèches (physionomies littéraires)Chapitre 11 sur 37 · U^^ EDMOND ADAM · texte numérisé non relu

U^^ EDMOND ADAM

dant la jeune veuve demandait aux lettres de la consoler de ses infortunes conjugales. Elle se lie avec George Sand, elle polémique avec Michelet et Proudhon, elle aborde tous les genres : le roman, la nouvelle, les questions de morale, les études psychologiques; elle ne craint pas, à dix-sept ans, de dire son mot sur la papauté et la nation italienne/ Elle exalte la gloire de Garibaldi et se repose en composant des histoires villageoises où Ton retrouve la fraîcheur un peu apprêtée de Florian. Enfin, elle rencontre Tépoux de ses rêves, celui qu'elle devait aimer profondément et perdre si vite, Edmond Adam, ancien collaborateur d'Armand Carrel, doué comme lui d'un caractère chevaleresque. Edmond Adam mourut en 1877, après neuf années d'une union parfaite. M"® Adam ne s'endormit pas dans sa félicité domestique. Quand on a goûté à la joie d'écrire et que le succès vous a frôlé de son aile, on est pris dans l'engrenage, on est voué au métier de producteur. Des volumes, des brochures vinrent grossir l'œuvre de M""® Adam, qui menait de front, avec une aisance incomparable, le multiple fardeau de ses travaux littéraires et de ses devoirs mondains. Si elle n'avait écouté que son cœur, quand elle fut ffi cruellement frappée, elle eût enfoui sa douleur dans la retraite, — au moins pour un temps. Mais ses nombreux amis la supplièrent de ne pas les fuir, et elle se laissa doucement persuader et réconforter. Une seconde femme s'éveille alors en

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M"^*" Adam. Elle avait connu du mariage ce qu'il a de pis et de meilleur; elle avait traversé successivement l'enfer et le paradis; elle ne jugea pas à propos de renouveler Texpérience, craignant peut-être de ne rencontrer, en sa troisième expérience, que le purgatoire. D'ailleurs, il lui plaisait de rester indépendante. Jeune, riche, célèbre, liée avec tout ce que Paris comptait d'éminent dans le Parlement et dans les arts, elle caressa un projet infiniment agréable : c'était de fonder un salon politique qui ne fût pas un salon réactionnaire : le grand salon politique du parti républicain. Le moment était bien choisi. La tentative du Seize-Mai venait d'échouer; Gambetta et son état-major savouraient l'enivrement du triomphe; un personnel nouveau entrait en scène. M°*' Adam en fut en quelque sorte la vivandière, ou, si le mot vous semble trop familier, l'Égérie. Elle eut part aux conseils; elle en prodigua d'excellents, qui ne furent pas toujours suivis, mais qui furent écoutés avec sympathie et reconnaissance. Elle créa la A'omvelle Revue^ qui promettait, au début, d'éclipser la gloire de la Revue des Deux Mondes.

A ce moment, vers 1880, on put supposer que M"' Adam tenait en main les destinées de son pays; et réellement son influence fut considérable. Ses dîners, où trônaient Gambetta et le général de Galliffet, avaient plus d'importance que les repas officiels de l'Elysée. On y causait plus librement, on y dépensait plus d'esprit, on y arrêtait, entre l'entremets et

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