M^^ EDMOND ADAM
le dessert, de vastes desseins, et j'imagine que souvent la carte de TEurope y fut audacieusement remaniée. La délicieuse hôtesse ne se bornait pas au rôle; d'auditrice bienveillante, elle avait sur toutes choses des opinions arrêtées et les soutenait avec intrépidité. Apporta-t-elle trop d'ardeur à les défendre? Quelque grave dissentiment s'éleva-t-il entre elle et Gambelta? Le grand orateur désapprit le chemin du logis qui lui avait été si hospitalier. Que n'a-t-on pas dit pour expliquer cette rupture? On a prétendu que Gambetta et M™" Adam n'avaient pas tout à fait les mêmes idées sur la direction à donner à notre diplomatie; que M"® Adam voulait pousser la France vers la Russie, tandis que Gambetta préconisait l'alliance des peuples de race latine. Et, sans doute, ce point d'histoire ne sera jamais élucidé, à moins que M™° Adam ne le fixe en ses Mémoires. Encore y aura-t-il des gens qui suspecteront sa véracité. Quoi qu'il en soit, la directrice de la Nouvelle Revue poursuivit sa tâche; et si une déception lui fut infligée, elle eut le tact de n'en rien laisser paraître. Elle s'attacha de toutes ses forces, je ne dis pas h consolider l'accord franco-russe, du moins à le rendre populaire. Elle n'y ménagea ni son temps, ni sa peine, ni son argent, ni l'argent de ses amis. Elle forma des comités, organisa des souscriptions, rédigea des adresses, s'intéressa aux miséreux de Saint- Pétersbourg, inventa des emblèmes patriotiques, envoya un ou plusieurs Livres d'or à l'impératrice de
Russie, fit frapper des médailles commémoratives. Je Tai vue, au cours des fêles de Toulon, fraterniser avec les officiers de l'amiral Avellan et vider des coupes de Champagne à l'avenir des deux nations sœurs. Et comme elle se promenait, ce jour-là, sur la vieille Darse, je crus remarquer (je n'affirme rien) que les bas de l'aimable femme, teintés de bleu pâle, s'harmonisaient aux couleurs du pavillon de la flotte russe. Né pensez pas que je raille. Cette ferveur qui serait, chez une autre, légèrement irritante, ne nous blesse point chez M°*® Adam. Elle nous touche, car nous la devinons admirablement sincère. Oui, M°*° Adam adore la Russie, elle pleure TAlsace et la Lorraine, elle aspire à la revanche, elle n'a dans le cœur que de loyaux et nobles sentiments. Tout au plus, y démêlerait-on, en regardant de très près, un soupçon d'exaltation personnelle. Elle ne hait pas les hommages, particulièrement ceux qui s'adressent à ses facultés d'homme d'État. Et, après tout. M™® Adam a le droit d'être orgueilleuse. Beaucoup de députés qui furent ministres — ou qui le seront — ont moins d'expérience que cette Parisienne qui a reçu les confidences de tant de ministres I
M°*' Adam aurait pu aisément se mettre à la tète des revendications féministes, devenir quelque chose comme la maréchale de cette nouvelle Armée du Salut qui aspire à bouleverser la société moderne. Elle s'est sagement abstenue; elle n'a pas paru dans les congrès et n'a pas disputé à M"^ Pognon la son-