M. LÉON DIERX
M. Léon Dierx est un impeccable fonctionnaire. Il remplit, dans les bureaux de Tlnstruction publique, un emploi discret et médiocrement rémunéré. C'est aussi un noble et pur poète dont la réputation n'égale pas le mérite. Le public ne va pas de luimême au talent; il faut que le talent aille à lui et se donne quelque peine pour le conquérir. M. Léon Diérx a fui le bruit et ce qu'on appelle aujourd'hui d'un si Tilain nom : la « réclame »; il n'a pas sollicité des camarades l'entrefilet louangeur, la note complaisante insinuée entre deux articles. 11 est resté rivé à sa tâche quotidienne, s'en consolant par le rêve; et il a vieilli de la sorte, timide et mélancolique.., Ai\jourd'hui, ses cheveux grisonnent; il touche au seuil de la retraite; il pourra bientôt, si le cœur lui en dit, se retirer à la campagne, à moins qu'il ne préfère demeurer à Paris, dans le petit appartement oti s*est écoulée sa vie. M. Léon Dierx n'aura pas eu
le destin brillant de ses amis du Parnasse : la popularité de François Coppée, les succès mondains de Sully Prudhomme, la gloire agitée et diverse de Catulle Mendès; il ne se sera pas assis sous la Coupole comme M. José-Maria de Heredia... A-t-il été moins heureux que ces heureux? Sans doute il a pu souffrir, au début, de les voir croître en réputation, alors qu'il continuait de manger dans Tombre son brouet noir. Mais l'orgueil de son indépendance et de sa solitude Ta consolé. Il est, aux yeux de quelques amis, l'artiste désintéressé, dédaigneux des louanges vulgaires,
Celui qui marche pur, loin des sentiers obliques, Vêtu de probité candide et de lin blanc.
Son œuvre se compose de quelques milliers de vers, répartis en deux volumes. On y trouve un peu de tout : des poèmes dans le goût de la Légende des Siècles^ des pièces philosophiques, des morceaux des* criptifs, quelques chansons, quelques stances amoureuses, une ou deux odes patriotiques écrites à l'époque de la guerre. M. Léon Dierx, qui nàqiiit aux colonies, comme Leconte de Lisle, subit l'influence de ce maître. On la retrouve, de même qu'on reconnaît celle d'Hugo, dans des compositions qui ne sont pas ses meilleures. Souré-Ha^ la Prophétie^ Hennck le Veuf^ la Chanson de Mahall témoignent de beaucoup de conscience et de peu d'invention; c'est du très bon ouvrage, exécuté de main d'ouvrier^ 0e