M^B SEGOND-WEBER
prompte réussite. Puis Tamour-propre s'en mêle, on craint de s'être mépris, de s'être « emballé » sur une piste douteuse, — et, lorsque l'artiste aborde son second rôle, il a devant lui des spectateurs hésitants, méfiants et mal disposés. Il en est un peu des comédiens comme des auteurs. Pendant dix ans, M. François Coppée est resté accablé sous la vogue du Passant; il devait à ce délicieux badinage sa précoce renommée; on le lui opposa sans trêve ni merci. Publiait-il un nouveau recueil, on lui parlait du Passant; le nommait-on dans un journal, c'était l'auteur du Passanil Toujours le Passant^ l'éternel Passantl Coppée finit par détester cette fleur de sa jeunesse, et ce n'est qu'après de longs efforts qu'il put enfin la mettre à son plan, lui assigner le vrai rang qu'elle doit occuper dans son œuvre générale. Dans une moindre mesureM'*®Webera subi la même épreuve... Pendant près de dix ans elle demeura la créatrice des Jacobites et supporta le fardeau de ce succès. En vain se montra-t-elle dans Macbeth^ dans le Songe d'une nuit (Tété, dans Michel Pauper^ dans Andromaqu,e, dans les Erinnyes^ le public continua de la voir sous les haillons de Marie... Soyons équitable... La jeune artiste n'agit pas tout d'abord comme il eût fallu, pour dissiper cette prévention. Elle s'essaya de bric et de broc sans se fixer nulle part; elle quitta rOdéon, elle poussa une pointe sur les boulevards; elle traversa comme un cyclone la Comédie-Française , elle courut la province et l'étranger.
Quelqu'un a comparé M°*® Weber à une hirondelle. L'image est ingénieuse. De Thirondelle, M"»* Weber a le profil fuyant et la fine silhouette; de Thirondelle elle a Thumeur voyageuse. Elle ne peut demeurer en place; elle est dévorée d'un besoin de changement. Que demain on lui propose de faire le tour du monde, d'aller donner des représentations en Australie» de visiter le Japon, ou simplement l'Italie et la Sicile, elle o^ubliera tout, ses engagements en cours, ses intérêts lesplus précieux, elle bouclera sa malle, elle montera sur le paquebot, avec une joie d'enfant, et se lancera gaiement dans les aventures. Elle paraît avoir renoncé à ses velléités de vagabondage. Il est à craindre qu'un nouveau caprice ne l'éloigné au moment, prochain sans doute, où les portes du Théâtre-Français s'ouvriront pour la seconde fois devant elle. C'est là qu'elle devrait être; elle y a sa place toute marquée. M"« Dudlay, qui porte sur ses épaules le répertoire tragique, a décidément besoin d'être secondée. Elle est mûre pour l'emploi des mères; il faut trouver une autre Hermione, une autre Ériphyle, une autre Roxane, une autre Chimène. M"* Weber peut incarner, mieux que toute autre, ces rôles superbes; il lui suffirait de le vouloir. Ah! que n'a-t-elle un peu de l'énergie de M"« Dudlay I L'histoire de cette actrice est un curieux exemple de ce que peut la volonté unie à la patience. Lorsqu'elle entra à la Comédie-Française, Sarah Bernhardt y occupait le premier rang; elle se glissa dans son sil-