‹ Pointes sèches (physionomies littéraires)Chapitre 4 sur 37 · M POINTES SÈCHES · texte numérisé non relu

M POINTES SÈCHES

plaisant à regarder les images de la tentation, tout en protestant de Taversion qu'elles lui inspirent; ainsi Je pense^ agit M. Prévost. Au fond, il a un grand mépris pour Tamoar et pour la femme. Il ne voit en elle qu'égoïsme, sensualité, frivolité, vanité. Il partage en cela les idées de Schopenhauer et considère les douces créatures qui sont nos compagnes comme des « êtres inférieurs et séduisants, dont la mission est de conspirer aux fins de la nature et, par Tattrait qu'elles exercent sur l'homme, d'assurer la perpétuité de l'espèce ». Et nous sommes obligés d'avouer que presque toutes les femmes de M. Marcel Prévost répondent, en effet, à cette définition.

€e prétendu « romancier romanesque » est donc le plus cérébral, et le plus froid, et le moins compatissant des sceptiques. Il est rarement ému. On ne sent pas passer dans ses pages ce frisson d'humanité qui pair pite en celles de Maupassant. Et cependant il plaît, il séduit. La grâce de l'écrivain corrige la brutalité du penseur. Cette grâce est extrême. Quoi que prétende la jeune école qui ne pardonne pas à M. Prévost son élévation soudaine et l'éclat de ses triomphes, c'est un prosateur du premier rang. Sa langue est savoureuse, large, limpide, nombreuse, et rappelle, par sa fluide abondance, celle de George Sand, avec quelque chose de mâle et de cavalier qui conquiert la sympathie et empêche l'attention de s'engourdir. Il ne procède pas, ainsi qu'Alphonse Daudet^ par petits coups de pinceau ingénieux, par touches

finement nuancées; il ne soigne pas le « morceau ». On serait en peine de trouver dans ses livres deux cents lignes pouvant être détachées et formant tableau. Les descriptions, les portraits, les digressions se fondent dans la trame du récit, qui file d'un pas rapide. M. Marcel Prévost se reflète dans son style. S'il n'est le plus sensible, il est le plus intelligent de nos romanciers.

H. RENÉ HÀIZEROY

Si Ton cherchait à se représenter, en un type accompli, le romancier féministe, il suffirait de dessiner, du bout de la plume, M. René Maizeroy. Et d'abord, qu'est-ce qu'un romancier féministe et quel sens faut-il attacher à ce terme? Le féministe est-il tout simplement celui qui plaît aux femmes? A ce compte, un grand nombre de romanciers seraient féministes, depuis M. Paul Bourget, qui passionne les duchesses, jusqu'à M. Xavier de Montépin, qui fascine les lectrices d'un ordre moins relevé... Le féministe digne de ce nom ne se contente pas de captiver ses clientes : il les séduit, il s'insinue dans leur intimité, il leur montre à de certains signes, difficiles à déterminer, qu'elles peuvent avoir confiance en lui. Il n'est pas seulement un amuseur, il est le confesseur et l'ami de celles qui dévorent ses ouvrages... Il y a entre eux une affinité de tempérament et comme une parenté morale. M. Marcel Pré-

vost serait un féministe parfait, s'il n'avait une impertinence trop cavalière. On le sent sceptique et même dédaigneux sur le chapitre de Tamour. Il a écrit quelques pages que les femmes ne lui ont pas pardonnées. Elles admettent qu'on soit brutal avec elles, à condition qu'il se mêle à ces violences une réelle passion pour leur sexe. Mais elles détestent l'ironie. Sous ce rapport, M. René Maizeroy les rassure pleinement. Il n'est k aucun degré ironiste. Et les qualités par où il a réussi sont de celles qui leur tournent le plus aisément la tête.

Voyez M. René Maizeroy dans le monde. Il a grand air, et c'est un gentleman accompli. Issu de vieille souche française, le baron Toussaint (tel est son nom véritable) a d'abord appartenu à l'armée. Il a servi dans la cavalerie. Et ce devait être un lieutenant de chasseurs d'une suprême élégance. Il a gardé le pli de son ancien métier, mais la correction militaire s'allie en sa personne à une grande affabilité. Il ressemble à ces gentilshommes du dernier siècle qui faisaient bonne figure à la guerre, mais qui déployaient à la cour beaucoup de grâce. Il leur resr semble de toute manière, car avec son nez bourr bonien, ses yeux bleus k fleur de tête et ses cheveux bouclés, que l'on dirait couverts d'un doigt de poudre à la maréchale, il rappelle les portraits de la galerie du roi à Versailles. Si La Tour avait connu M. René Maizeroy il en eût fait un délicieux pastel.

Quoique M. René Maizeroy fût en posture de

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