M. HENRY FOUQUIER
4iers, à ce beau jeune homme qui affronte là bataille de la vie, de jeter là son inutile armure azurée de chevalier, d'armer son bras de Tignoble matraque ou du poignard assassin... N'aie pas de foi, jeune homme I Si tu es de ceux qui se bercent encore aux légendes chrétiennes, tu seras méprisé par ton valet. Si tu cherches à Tunivers une loi nouvelle, on se moquera encore de ton rêve, ou tu tomberas, confondu avec elle, dans la foule des fous habiles, des charlatans mystiques et industriels, des faiseurs de miracles qui ne croient à leurs miracles que lorsqu'ils y trouvent la satisfaction de leurs vanités ou de leurs appétits. Notre admirable époque de progrès enverrait Jésus en police correctionnelle, et * Platon serait interdit par les juges de paix du cap Suniuml Ne cherche pas à être utile à tes semblables. Sois bien portant, ô bon jeune homme! égoïste, individualiste, spécialiste, hypocrite, convenable, farouche et jovial au besoin!... » Voilà bien des affaires. Ce tableau semble un peu chargé en couleurs, et Ton n'y reconnaît pas la mesure et la calme raison où s'enferment les vrais sages. L'écrivain- ne se possédait pas en traçant ces lignes; ou, du moins, il obéissait à quelque inquiétude personnelle qui lui enlevait momentanément le juste sentiment des choses. D'habitude, M. Fouquier est mieux pondéré, il Test môme excellemment. Il regarde passer, de très haut, les événements, et les juge avec un détachement et une clairvoyance admirables. Il ne craint
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pas de heurter Topinion commune ; il dit sa pensée en toute franchise et trouve, pour l'exprimer, des mots décisifs. Personne n'a mieux défini le malaise dont souffre la nouvelle génération, et n'en a mieux démêlé les causes : « Il est certain que la génération dont je suis, accablée par les malheurs de la patrie, éprise surtout de libertés politiques, ayant eu la lourde tâche (dont elle s'est acquittée à son honneur) d'assurer la forme républicaine dans ce pays, a fait faillite à d'autres espérances. Elle a beaucoup fait pour le citoyen et peu de chose pow V homme. » Et plus loin, cette observation si humaine et si profonde : « C'est dans le cœur môme des hommes, plus fort que la raison, qu'il faut faire refleurir les résignations, la discipline et le sacrifice. On ne domptera légitimement l'esprit de révolte que si l'on satisfait l'esprit de justice, dont il n'est souvent que l'expression exaspérée et furieuse. »
On pourrait ramasser des traits semblables dans les milliers d'articles jetés par Henry Fouquier aux quatre vents de la pressé, et en composer la matière d'un volume qui lui assurerait une place éminente parmi les moralistes français. Mais qui se chargera de ce travail? Il n'en a pas le loisir : il est entraîné dans le tourbillon de son existence surmenée. Ah! s'il pouvait s'arrêter, respirer, se ressaisir! Mais non ! Il continuera de tourner sa meule jusqu'à ce qu'il tombe mort d'épuisement, Sisyphe du journalisme, martyr du labeur quotidien...