DES CYPRINS
La famille des Cyprins est une des plus nombreuses de toutes les classes des Poissons. Les espèces que les naturalistes y réunissent ont un caractére de famille si aisé à saisir, que l’on éprouve généralement pen d’embarras pour déterminer un Cyprin ; mais les espèces se ressemblent tellement, qu’elles sont, de toutesles classes, les plus difficiles à reconnaitre et à caractériser. Les fleuves et les grands lacs d'Europe en nourrissent un grand nombre dans leur sein, qui ne sont pas encore suffisamment connues des naturalistes, quoique là nourriture abondante qu’elles offrent à la classe peu aisée les ait fait connaitre du vulgaire beaucoup mieux que bien d’autres espèces d'animaux indigènes. Si nous éprouvons cette difficulté par l'étude seule des productions de notre pays, combien la difficulté n’angmente-t-elle pas, lorsque nous voulons traiter de l'en -
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semble de la famille, et l'étudier sur toutes les parties du globe. Les grandes masses d’eau douce de l’Amérique septentrionale sont remplies de Cyprins, et on en trouve un plus grand nombre encore dans l'Inde; car l'ouvrage seul de M. Buchanan en fait connaitre plus de quatre-vingts espèces.
Les deux régions du globe que je viens de citer sont, avec l’Europe, les lieux que les Cyprins paraissent préférer. C’est une forme que l’on rencontre bien rarement entre les tropiques ; et même, dans les zones voisines des tropiques et dont la température moyenne est assez élevée, on trouve très peu deCyprins. Les grands fleuves de l'Amérique équinoxiale ne paraissent pas en nourrir. Dans l'Afrique septentrionale, nous en connaissons dans le Nil, mais ce ne sont encore qu'une ou deux espèces; mais que l’on peut dire confinées dans ce fleuve, car depuis l’Atlas jusqu’au cap de Bonne- Espérance , nous ne voyons plus de Cyprins.
La Nouvelle-Hollande ne nous en a point envoyé ; et comme le nombre des espèces de l'Amérique septentrionale est assez petit, comparativement à celui que l'on trouve en Europe et en Asie, on peut dire que la forme des Cyprins est essentiellement une forme européenne et asiatique.
Ayant à décrire deux espèces de Cyprins pour les faire figurer dans cet opuscule, j'ai eu soin de prendre une espèce de cirrhine que je regarde avec certitude comme nouvelle, et ensuite J'ai décrit une espèce d’Able remarquable par la forme de sa tête, et qui ne me
laissait aucun doute sur son identité avec l'espèce de M. Buchanan; J'étais ainsi assuré de ne point faire de double emploi : ce qui est si nuisible aux véritables progrès dela zoologie. J'ai essayé dans cette description de mieux préciser encore la connaissance d'une espèce déjà annoncée par d’autres naturalistes. Constater aujourd'hui les travaux des savans qui concourent de leurs efforts à l'avancement des sciences, en retrouvant les espèces qu’ils nous ont fait connaitre, est sans contredit plus utile que la découverte et la description d’une espèce entièrement nouvelle.
Je rapporte la premiére espèce au genre cirrhine de M. Cuvier , à cause de la présence de ses barbillons et de la longueur de ses dorsales; mais dans la monographie générale que je publierai prochainement sur les Cyprinoïdes, ce genre recevra des modifications, et il est probable que le Cyprinoïde qui fait le sujet de cet article n’ysera plus compris. En effet, la proéminence de son museau poreux et l'épaisseur des lèvres si singuliéres rapprochent cette espèce des Labéons de M. Cuvier; mais ceux-ci ne doivent pas avoir de barbillons, suivant le caractère donné par l’illustre auteur du règne animal.