LA CIRRHINE AUX PETITES BARBES
(Cirrhine micropogon, Vas.) PI, ME, fig. 1°.
Le profil du dos monte, par une courbe réguliére, depuis le bout du museau jusqu’à la base du premier
ZOOLOGIE. 373 rayon de la dorsale, d’où il s'incline en ligne droite jusqu’auprés de la caudale. L’extrémité antérieure de la nageoire du dos occupe le milieu de la distance entre le bout du museau et la naissance de la nageoire de la queue. La hauteur du corps, sous l’aplomb du premier rayon de la dorsale, fait le tiers de la longueur du corps, la caudale n’y étant pas comprise , et celle-ci est contenue cinq fois et trois quarts dans la longueur totale; l'épaisseur mesure un peu plus du tiers de la hauteur.
La tête est petite, car sa longueur ne fait guère que le sixième de celle du corps; sa largeur est moindre d’un quart, et sa hauteur à la nuque plus petite d'un cinquième que sa longueur. Le front est lisse et convexe; le museau est obtus, arrondi et déprimé ; il est criblé par les ouvertures d’un grand nombre de pores nmuqueux.
L’œil est de grandeur médiocre, à peu prés au milieu de la longueur de la tête; l'orbite n’entame pas la ligne du profil; le sous-orbitaire est étroit, et tout à fait perdu sous la peau adipeuse qui recouvre toute la tête. La pièce antérieure est élargie en palette en avant ; elle s'articule trés lächement avec la seconde pièce styloïde; elle est arquée pour dessiner le cercle de l'orbite. La troisième et la quatrième pièce cernent le reste du cercle orbitaire, et elles sont surmontée: par une cinquième pièce que l’on découvre en faisant jouer les pièces précédentes, et qui remonte sous la peau du crane au dessus et en arriére de l'œil, Le
préopercule est aussi peu visible que les sous-orbitaires ; il est courbe de maniére à descendre promptement sous la gorge, tellement que le limbe inférieur et le bord horizontal sont tout à fait au dessous de la tête. L’inter-opercule qui borde le limbe est également inférieur, le sous-opercule, courbé, remonte à peine sur les côtés de la tête, et enfin l’opercule forme une large pièce convexe qui protège la plus grande partie de la joue. Un rebord membraneux , assez large et épais, s'étend en grande partie sur l'épaule, et s’attache promptement sous l’isthme de la gorge à l’appareil branchiostége , de sorte que les ouvertures branchiales ont peu de latitude. Les rayons branchiostéges , au nombre de trois, sont trois os larges, solides, arqués , assez longs, et très unis à l’inter-opercule et à l'isthme par la peau épaisse dans laquelle ils sont retenus.
Les deux ouvertures de la narine sont percées trés près l’une de l’autre, au dessus et un peu en avant de l’œil. Le rebord postérieur de l’antérieure s'élève en une pupille membraneuse, qui peut s’abaisser et fermer entièrement la postérieure. La bouche n'offre qu'une petite fente transversale très semblable à celle du Cyprinus cultratus, Lin. Elle n’a aucune dent ; les lèvres sont fort épaisses et cachent tout à fait les os des mâchoires. La supérieure présente un premier repli ou bourrelet transversal, qui dessine l'ouverture de la bouche ; il est recouvert par une extension de la lèvre avancée au delà du bourrelet aminci et frangé.
C'est dans cette lèvre qu’est engagé l’os inter-maxillaire, lequel est court, oblong, un peu convexe, et sans branche montante. Son extrémité postérieure recoit le maxillaire, dont l'extrémité antérieure se prolonge en une branche montante, qui remonte sous le museau entre les naseaux , et au moyen de laquelle la bouche jouit de quelque protection. Ce maxillaire est de même caché dans une peau épaisse, qui s’'avance au dessus dela lèvre proprement dite, comme une seconde lèvre qui porte deux barbillons grèles et courts. Les branches de la màchoire inférieure sont très courtes, aplaties et articulées de manière à s’abaisser dans le sens de leur aplatissement. La lévre inférieure est unique, plus large, plus épaisse, plus frangée que la supérieure, et elle a, comme celle-ci, un bourrelet charnu, parallèle à celui de la mâchoire supérieure. Quand la bouche est autant ouverte que possible, elle présente une ouverture demi-cireulaire, au fond de l'espèce d’entonnoir formé par l'avance des lévres. La langue est petite, et complétement adhérente au bas de la bouche; le bourrelet du palais est peu épais; les peignes antérieurs des branchies sont trés petits et tous égaux, les postérieurs n'offrent rien de particulier. Les pharyngiens supérieurs ont deux rangées de petites dents ovalaires, qui répondent à la plaque formée par l’engrenage des plaques dentaires des pharyngiens inférieurs; ceux-ci ont quatre rangées de dents ainsi disposées : deux sur le rang externe, trois sur le second, quatre sur le troisième,
et cinq sur le quatrième. Ces dents sont ovalaires, oblongues et lévèrement creuses à leur centre, comme l’incisive d’un jeune solipède.
L'ossature de l’épaule ne montre pas, à l’extérieur, les formes si singulières que la dissection nous fait découvrir. En effet, à l’extérieur, le sus-scapulaire est un os grêle au bord postérieur duquel adhérent les premières écailles des flancs. La ceinture scapulaire est complétée par le bord externe de l’huméral, qui s’élargit en dedans en une grande lame concave du côté de la tête, et qui se joint à celui du côté opposé, de manière à former un diaphragme osseux derrière l’appareil branchial, et qui ne laisse qu’un passage très étroit à l’œsophage et aux vaisseaux qui doivent pénétrer dans l’abdomen. La pectorale est insérée très bas, sur la poitrine ; elle a dix-huit rayons dont les premiers, un peu arqués en faux, ont une longueur égale à celle de la tête.
La dorsale, comme nous l'avons dit, s'élève au milieu de l'intervalle entre le bout du museau et Ja naissance de la caudale; elle est trapézoïde, et un peu coupée en croissant le long de son bord. Les rayons antérieurs ont la hauteur du corps sous eux, et plus que le double de celle des derniers ; on en compte en tout dix-huit, dont le premier est excessivement court, le second à prés de la moitié de la hauteur du troisième ; ces deux rayons sont simples, mais articulés ; tous les autres sont ramifiés.
La caudale, composée de deux lobes arrondis à leur
ZOOLOGIE. 377 extrémité, est fourchue; on lui compte facilement vingt-cinq rayons , dont les quatre en dessus comme en dessous ne sont pas divisés.
L'anale est insérée au delà de la dorsale, et quand ses rayons sont abaissés, ils atteignent au bord inférieur de la caudale. Je lui compte neuf rayons, dont les trois premiers sont simples; le premier est très court, le second égale la moitié du troisième qui atteint à l'extrémité de la nageoire.
Les ventrales sont attachées au milieu de l’intervalle qui sépare le bord de lhuméral du premier rayon de l’anale , auquel touchent les ventrales quand elles sont repliées ; elles ont dix rayons : le premier est comme rudimentaire, le second a toute la longueur de la nageoire, mais il n’est pas ramiñé ; tous ces rayons, divisés , forment des éventails assez larges. B. 3; — D. 18; — À. 9; — C. 25, — P 18; — V. 10.
Il y a dans l’aisselle de la ventrale une longue écaille pliée en gouttière; les écailles du corps sont couvertes de fines granulations, à l'exception de leur bord, qui est membraneux ; on en compte quinze rangées dans la plus grande hauteur, et quarantedeux entre l’ouie et la caudale. Une écaille, séparée et vue à la loupe, montre douze rayons à l'éventail de sa portion radicale. La portion libre a de nombreuses stries qui rayonnent du centre radical de l'écaille, et en outre plusieurs rivulations sur lesquelles s'élèvent les petits grains qui en rendent la surface grenue.
La ligne latérale est une série de petits tubes simples, interrompus et relevés sur les écailles qui la dessinent par le milieu de la hauteur.
M. Bélanger nous apprend que la couleur est un bleu verdâtre glacé d'argent, assez semblable à celle de notre Gardon ; on voit comme des restes de taches sur les nageoires, spécialement sur la dorsale.
La longueur de l'individu que j'ai décrit est de 10 pouces.