‹ PoissonsChapitre 2 sur 13 · ON PIN · texte numérisé non relu

ON PIN

cette pente abrupte, et y proménent leurs eaux abondantes et tranquilles, comme sur la côte orientale de la presqu'ile. Cependant l’eau douce est encore réunie en assez grande masse, sous forme d’étangs ou de petites riviéres, pour que l’on y trouve un nombre considérable de Poissons d’eau douce.

Quelques familles nous montrent des formes fort extraordinaires et des organes particuliers plus singuliers encore, dont les usages sont fort peu connus, quoique les Poissons le soient dés la plus haute antiquité.

Les mares nourrissent en abondance de ces Ophicéphales, allongés, serpentiformes, remarquables surtout par la structure de leur tête, et dont parle Théophraste (Cv. Var., Hist. nat., Poiss., tome VII, pag. 324 et 506), en termes précis, puisqu'il les compare au Muge (Mes), et qu'il ajoute qu'on les voit sortir de l’eau et passer quelque temps à terre.

Cette habitude est plus particulière aux Ophicéphales qu'aux Anabas (perca scandens), dont le corps trop court ne peut pas leur donner la faculté de se trainer hors de l’eau. Les derniers, d’ailleurs, vivent dans les mêmes eaux que les Ophicéphales, ont la tète couverte d’écailles, comme les Muges, et au moyen de leur appareil branchial supplémentaire, ils peuvent également vivre plus long-temps hors de l’eau qu’aucun de nos Poissons d'Europe; mais les Ophicéphales étant plus grands, servant à la table des Indiens, se vendant vivans sur les marchés de l'Inde, étant une espèce de Jouet des petits enfans, ont dû être plutôt

connus et observés que les Anabas, qui n'offrent d'autre intérêt qu'une des plus singulières conformations que nous ayons encore observée dans l’organe respiratoire des Poissons, et dont on trouve déjà la description accompagnée de figures, aussi détaillée que nous avons pu la faire, dans le cinquième volume de notre Ichthyologie. Ces Poissons, à branchies labyrinthiformes compliquées, sont exclusivement propres aux eaux douces de l’Inde, car on sait que l’Osphromène ou le Gourami a été importé à l'ile de France, il n’y a pas encore très long-temps.Un seul genre, le Spirobranche, a été trouvé dans leseaux douces des environs du Cap, et ce petit Poisson est celui de tous qui a les organes supplémentaires les moins compliqués; ils sont réduits à une seule petite lame repliée en cornet. M. Bélanger nous à fait connaître plusieurs espèces fort intéressantes de cette famille; mais avec ces Poissons singuliers, il a recueilli un grand nombre de ces Cyprinoïdes, qui varient peutètre plus dans les eaux douces de l'Inde, que partout ailleurs. Ces espèces nous serviront à retrouver celles que M. Hamilton-Buchanan à décrites dans son‘ //;stoire des Poissons du Gange et des étangs voisins. Telles sont les considérations générales que nous pouvions présenter d’une manière fort abrégée, sur l’ensemble des Poissons de cette côte. Les nombreuses espèces que M. Bélanger a déposées dans le cabinet du Jardin des Plantes de Paris seront toutes publiées avec détails dans la grande Ichthyologie commencée en commun avec M. Cuvier, et que j'ai la douleur d'être

obligé de terminer seul aujourd’hui. M. Bélanger, voulant cependant publier dans son propre ouvrage quelques unes des espèces peu connues qu'il a mises à notre disposition, m'a prié de choisir parmi tant de trésors scientifiques celles qui me paraitraient les plus dignes de fixer l’attention des naturalistes.

J'ai choisi quelques Poissons de la famille des Percoïdes, quin’ont encore été trouvés que par le zélé voyageur que nous nous plaisons à remercier de ses tra vaux. Dans les Scombéroïdes, l’une d’elles est curieuse à connaitre par son utilité pour le commerce de salaisons dont elle est l’objet, et parce qu’elle fait des voyages périodiques sur ces côtes, comme les Thons en font dans la Méditerranée; l’autre présente des formes extraordinaires, même dans le singulier genre auquel elle appartient.

Les Cyprinoïdes se rapprochent davantage des formes européennes; mais elles formeront un contraste frappant avec les Siluroïdes, dont l’une d’elles forme un genre qui rappelle beaucoup plus les formes des Baudroies ou des Batrachus que celles des Silures ou des Pimélodes. Je termine par deux Clupéoides d’un même genre, celui des Notoptères. La première espèce de ce genre fut publiée par Pallas, il y a à peine soixante ans, et rapportée par ce savant zoologiste au genre des Gymnotes, tant l’Ichthyologie était peu avancée. Depuis, M. Hamilton-Buchanan y ajouta deux espèces, mais en se trompant aussi sur le genre auquel on devait rapporter ces Poissons. Aujourd'hui nous en possé-

me

dons huit espèces, et la description détaillée que nous donnerons de celles rapportées par M. Bélanger prouvera la justesse des observations de M. Cuvier, qui a replacé ce genre dans sa véritable famille.

DES SPHYRÈNES.

Les Sphyrènes, qui sont plus connues sous le nonr de Brochet de mer, avec lequel elles ont en effet quelque ressemblance dans la forme aplatie de leur crane, la force de leurs dents et la position reculée de la seconde dorsale et de l’anale, forment un genre de Poisson assez difficile à classer. Malgré les similitudes apparentes que je viens de signaler entre elles et le Brochet, elles ne peuvent en aucune manière en être rapprochées dans une distribution naturelle des espèces de la classe des Poissons, et je me hâte de dire que les points d’aflinité signalés plus haut ne résultent que des rapports établis superficiellement entre les êtres, par des hommes qui ne sont pas suffisamment éclairés ; mais ces Poissons, que nous avons rapprochés des Percoïdes, et qui ont été ainsi placés par la grande sagacité de M. Cuvier, offrent cependant un ensemble de caractères qui paraissent ne pas convenir à ceux de la plupart des Percoïdes. L'appareil dentaire est absolument le même que celui de plusieurs de nos Scombéroïdes; ainsi, les Thysites, les Cybiums, ont des dents tellement semblables à celles de la Sphyræna Barracuda et à celles de l'espèce de l'Inde que je vais décrire, qu'on ne peut

se dispenser de signaler ces ressemblances. La quantité de cœcums établit encore des rapports anatomiques avec les Poissons de la famille des Scombres ; mais en faisant attention à la position et à la forme des nageoires du dos, à la nature de leurs rayons, à celle des écailles qui revêtent le corps de la Sphyrène, on ne peut douter que ses rapports ne conduisent à la placer près des Percis avec le Percophis , et par conséquent dans la famille des Percoïdes, ainsi que l’a fait M. Cuvier. Il ne faut - pas d’ailleurs juger de toutes les Sphyrènes par celle de la Méditerranée, qui est un Poisson abdominal; car plusieurs Sphyrènes étrangères ont les ventrales tellement avancées, qu'elles deviennent presque des Poissons thoraciques.

La Sphyrène indienne, qui fait le sujet de cette espèce, est une des espèces qui se trouvent sur les deux rives de la presqu'ile de l'Inde : c’est M. Bélanger qui nous a fait connaitre qu'on la trouve à la côte Malabar, et il paraitrait même qu’elle y est plus rare que sur la côte de Coromandel, car nous n’en avons vu qu'un seul individu de petite taille.

LA SPHYRÈNE JELLO, PL. Fr, fig. 1°.

Sphyræna Jello, Cv. Var. (Hist. nat. des Poissons, tome IIT, page 349). Russez. ist. of fishes of Vezagapatan, PI. GLXXIV.

C’est un Poisson à corps allongé et cylindrique, semblable à la Sphyrène de la Méditerranée. Sa hau-

ZOOLOGIE. 547 teur égale deux fois son épaisseur, et est contenue huit fois et demie dans la longueur totale; celle de la tête fait le quart de cette même longueur. La mâchoire inférieure dépasse la supérieure; mais l'avance de l’appendice pointu de la symphyse n’est pas aussi grande que dans la Sphyrène commune : l'extrémité de ce petit cône est même très obtuse. Le dessus du crane est aplati et creusé par trois ou quatre larges sillons longitudinaux peu profonds.

L’œil est elliptique ; son plus grand diamètre, le longitudinal , fait le sixième de la longueur de la tête, et est à peu près au milieu de la joue, mais en haut, de manière que l'orbite entame la ligne du profil. Il est précédé d’un très grand sous - orbitaire triangulaire, dont la base sinueuse s'appuie sur Pœil : il ne recouvre pas le maxillaire. Dans l’échancrure postérieure et supérieure de son bord orbitaire, se trouve percée l'ouverture des deux narines ; l’antérieure est très petite et presque sur le dessus du bec; l'inférieure est une petite fente verticale. Les maxillaires sont élargis en arriére en petites palettes ovales ; les intermaxillaires, grêles et arqués, ont des branches montantes courtes et aplaties, qui contribuent à donner au museau la forme en coin qui est propre aux Sphyrènes. Les dents canines sont implantées près du bord interne de l’inter-maxillaire et sont comprimées et tranchantes ; celles du bord externe très petites, très serrées, forment une sorte de petite scie du bord de cette pièce de la mâchoire. Les dents de la mandibule inférieure

ont la forme d’un triangle isocéle, leur bord est cotprimé et tranchant; elles sont écartées l’une de l’autre et sur un seul rang. Les palatines ont la même figure, mais elles sont beaucoup plus hautes. Je n’en vois pas au vomer ni à son chevron. Le préopercule est large et couvre presque toute la joue; son bord est arrondi, mince et sans aucune dentelure. L'opercule est de grandeur médiocre, et a deux pointes aplaties et mousses à son bord , ce qui distingue encore cette espêèce de la Sphyrène Spet. Les ouïes sont larges et bien fendues ; leur membrane branchiostége a sept rayons. La première dorsale est entre le premier tiers et la moitié antérieure du corps; elle est petite et soutenue par cinq rayons épineux , grêles et cependant assez forts. La seconde s'élève aux deux tiers de la longueur totale ; elle est plus haute que la première, et elle à une épine faible et neuf rayons articulés. L'anale répond à peu prés à cette seconde dorsale ; elle a huit rayons articulés et branchus, et deux simples; M. Cuvier dit un et neuf, mais j'ai vérifié qu'il y a bien certainement deux rayons simples. La caudale est échancrée en eroissant; les pectorales sont de moyenne grandeur, et les ventrales sont avancées jusque vis à vis la pointe des nageoires du thorax, disposition qui distingue suflisamment cette espèce de celle de la Méditerranée , et la rapproche du Barracuda (Sphyræna Barracuda,Ov. Var. ); mais la forme des dents ne peut alors laisser de doutes sur la non-identité spécifique des deux Poissons. Les écailles sont plus grandes, car il n’y en a guère que

cent sur la ligne longitudinale qui en contient cent cinquante , entre l’ouie et la caudale, dans le Poisson de nos côtes. La couleur est verdâtre ou bleuâtre sur le dos, et argentée sur tout le reste du corps. L'individu est long de 14 pouces; mais nous savons que l'espèce atteint à une taille bien supérieure, puisque, suivant le docteur Russel, cette espéce atteint à 4 pieds.

DES APISTES.

Ces poissons sont analogues aux scorpènes par la dorsale indivise et les dents palatines ; mais les rayons pectoraux, beaucoup moins nombreux, sont tous branchus, et le genre a pour caractère particulier une longue épine au sous-orbitaire, et une autre au préopercule ; épines qui, par la mobilité des os auxquels elles appartiennent, deviennent, quand elles s’écartent de la joue, des armes trés offensives. Les espèces de cegenre peuventenfaireusage au moment ou l’on s’y attend le moins, et elles sont d'autant plus dangereuses qu'on ne les apercoit qu'avec peine dans l'état de repos.

Tous ces poissons viennent de la mer des Indes.

L'APISTE DE BÉLANGER.

Apistus Belangeri, Ov.Var.(Hist. nat. des Poissons, tome IV, page 412).

Ce poisson a le corps plus élevé au milieu, où sa hau-

teur fait le tiers de sa longueur. Son profil est oblique ; sa bouche descend en arrière ; son épine sous-orbitaire ne passe guère le milieu du dessous de l'œil ; elle en a une petite à sa base en avant : celle du préopereule l’égale à peu près et se dirige directement en arrière. Il y en a deux, mais excessivement courtes , au dessous. L’opercule osseux se termine par trois pointes. La première épine dorsale répond au bord postérieur de l'œil et est presque aussi haute que la seconde, qui a les deux tiers de la hauteur de la tête; ce qui dure jusqu’à la cinquième , où la membrane est fortement échancrée.

Il y a un intervalle entre le dernier rayon et la caudale ; celle-ci est coupée carrément, et comprise quatre fois et demie dans la longueur totale. Les pectorales sont un peu plus longues ; mais les ventrales le sont un peu moins.

B.7;—D Si A. Ë — C. 11; —P. 13; —V. s

Les écailles sont trés fines, et la ligne latérale est formée par une suite d’écailles relevées. Tout le corps est gris, finement pointillé de brun, excepté la poitrine et l'abdomen, qui sont blanchätres. Les nageoires sont de la couleur du corps, et il y a une tache noire sur la dorsale de la cinquième à la huitième épine.

Ce petit Apiste, long de deux pouces un quart, a été découvert par M. Bélanger à l'embouchure de la rivière de Mahé, sur la côte de Malabar : on le nomme Toumba en maléalum.

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DES PTÉROIS.

Les Ptérois sont de fort jolis Poissons des mers de l'Inde, qui peuvent s’habituer à vivre dans l’eau douce, non seulement pour remonter dans les fleuves, comme le font les Aloses, les Muges, les Saumons et autres poissons de nos climats, mais encore pour pouvoir vivre dans des viviers, et devenir, dans des vases de verre, un objet d'ornement : car la vivacité de leur couleur, la singularité de leurs formes, la grandeur de leur nageoire, et les lambeaux charnus qui flottent autour de leur corps, ont dû facilement exciter l'admiration. Mais il est ici, pour le physiologiste, un phénomène d’un autre ordre, et qui doit devenir le sujet de ses méditations et même de ses expériences. L'eau salée et acidule de la mer ne contient pas autant d’air que l’eau douce, et d’ailleurs l’action de l’eau de la mer, comme élément ambiant, doit être fort différente de celle de l’eau de nos rivières. Aussi voyons-nous les Poissons qui remontent dans les rivières redescendre à la mer après un séjour plus où moins long dans nos fleuves ; souvent mêmeils regagnent l'Océan dans un état de maladie, trés évident dans les Saumons, dont l’eau de la mer les guérit promptement. Le corps de ces Poissons se couvre de taches rouges et comme pustuleuses , ses branchies, même dans l’eau, sont devenues pales et comme décolorées. Le poisson souffre tellement, qu'il nage avec peine; souvent même, il se laisse emporter, couché sur le côté, par la simple ac-

tion du courant. Aprés un séjour assez court dans la mer, il reprend ses mouvemens avec toute leur vivacité, ses couleurs brillent d’un nouvel éclat argenté : nouvel état qui annonce la santé et la vigueur de l'animal. Le Poisson a-t-il souffert par une respiration trop active? A-t-il besoin d’une eau moins chargée d’air pour perdre, par une respiration plus lente, l’excès de la tonicité de sa fibre? Telles sont les questions curieuses, mais encore non résolues, qui se présentent à l'esprit de l'observateur. On ne doit pas croire que l'acte du frai soit la seule cause de la maladie de ces Poissons, car il est incontestable que plusieurs espèces de Saumons entrent périodiquement dans les rivières, et qu’elles n’y fraient pas chaque fois; mais alors quel instinct ou quel besoin pousse le Poisson à venir annuellement chercher une maladie ?

Je reviendrai avec plus’ de détails sur ces questions physiologiques dans mon Yistoire des Poissons, quand je traiterai de l’histoire des Saumons, peut-être même que j'aurai plus de données, et que je pourrai avancer la solution de cette question. Mais pour revenir aux Ptérois, ils présentent encore un phénomène d’un autre ordre; ils peuvent, sans paraître en souffrir, vivre, mème dans les vases des appartemens des Chinois ou des habitans de Batavia, sans éprouver le besoin de retourner à la mer. Je dois ces curieuses observations à M. le professeur Reinwardt, de Leyde, qui a fait un long séjour aux Moluques , où il a été si utile aux sciences, et qui, de-

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