LA PLACE D'ARMES* — LES AROMES. — SAINT-KIGOLAS
Le point de départ de notre excursion (1) sera la place d!ArmtMy appelée autrefois place du f^ieux^Marchéj et place Royale lorsqu'en 1687 le corps consulaire eut fait élever une statue pédestre à Louis XIV aux frais du commerce de Poitiers , dans le lieu ou est aujourd'hui la fontaine (2). Cette
(1) Voir 1q plaii de Poitiers, pl. i.
(2) La statue de Louis XIV , dont la téte est au musée de la Société ,
sutue fut détriiite dans la première révolution; ce qui n*empécha pas l'auteur de VErmitë en province , qui voyageait dans les vieilles géograpbies , de la voir encore en 1 824.
On remarque au nord-ouest de la place un portail d'ordre corinthien d*une exécution élégante, mais dont les pierres, de mauvaise qualité, sont fort détériorées. Ce portail , qui date de 1667 , est plaqué sur l'église des Augustins, fondée en 1345 par messire Albert Berland, chevalier. L'église, qui sert aujourd'hui de magasin de fisr, n'oflPre rien qui soit digne de fixer l'attention. On voit dans une des chapelles quelques firesques d'une exécution médiocre.
En retour, vers le nord, se trouve la salle de spectacle , construction récente , qui présente le flanc à la place; plus loin , une grande maison , remarquable par ses balcons , est celle dans laquelle mourut , d'une attaque d'apoplexie , le 20 février 4840, Bonoenne, député à l'assemblée des représentants en 1815, avocat éloquent, doyen delà faculté de droit de Poiti^, auteur de la Théorie de la procédure ewik. Le conseil municipal, pour honorer sa mémoire, a décidé qu'une table de marbre portant une inscription commémorative serait placée sur cette maison.
En sortant de la place par l'angle sud-est, après avoir parcouru la rue de la Lamproie et tourné à gauche , on aperçoit à sa droite une auberge qui a pour enseigne : aux Vreuao ou ctufK Antiquités romaines : c'est dans l'enceinte occupée par la pour et les jardins de cette maison que nous pourrons jouir de
ét^it rœuvre du'sciilpteur GirouarcI , Poitevin , auteur du portail des Augustins dont ii va être parlé tout à l'heure, et de la porte de Tancien tribunal consulaire^ rue de la Mairie. (Voir ce portail , pl. n.) Girouard a donné à la Breta^e, où il a passé une partie de sa vie, plusieurs ouvrages m ronde bosse estimés. 11 est mort en i7iO> i Tabbaye de Prières ( Mor- ^tllan ) , où il travaillait à roruemetitatiou du grand-autel.
la vue dés arènes (1)* Expliquons, avant d'entrer , le mot /^mio? et la signification qu'on lui a donnée. Sur cet emplace* ment était située autrefois une maison qui avait été achetée le 5 mai 1 583 par Raoul du Fou , abbé de Nouaillé , évéque d*Évreux : on l'appelait par ce motif hôtel d^Evreux, Le fondateur de Tauberge , peu versé dans Tétude de la géographie , crut que ces mots y qu'il ne comprenait pas , signifiaient les antiquités romaines ^ qui excitaient souvent la curiosité des voyageurs. Eu conséquence , il créa de son autorité privée le substantif vreux ^ synonime^ pour lui, à! antiquités romaines ^ qui, précédé de Tarticle disf , a le même son que les mots
Au fond de la cour de l'auberge, à droite, existe une voûte de 6 mètres 20 cent, de laideur et de 22 mètres de longueur , dont la direction inclinée offre une pente d'environ 5 mètres 20 centimètres pour toute sa longueur. Cette voûte, dont l'extrémité a été murée, traversait l'amphithéâtre et, s'ouvrant sur Tarène, offrait une entrée aux bêtes, aux chars et aux compagnies de gladiateurs , qui figuraient dans les spectacles (2). Elle était précédée d'un portique dont il ne reste plus de trace aujourd'hui ; le blocage , qui est maintenant à nu, était recouvert de pierres échantillonnées , dont quelques-unes sont encore en place. Les deux cotés de la voûte reposaient sur deux corniches dont on peut voir encore quelques fragments : les fenils de l'auberge sont établis sous des voûtes qui soutenaient les gradins et donnaient issue dans les différentes parties de l'amphithéâtre. L'une de ces voûtes , située auprès de la grande entrée et
(J) Voir pl. ui.
(2) Voir les Arènes do Poitiers, par M. Mangonde hLande, Mémoires de la Société , 1S37.
fermée par une petite porte» conduit dans l'intérieur des
arènes, occupé aujourd'hui par des jardins. Pour voir l'ensemble des ruines , il faut monter sur rélévation située à droite de l'entrée ; on est placé aUm au sommet de l'amphi* théâtre, qu'on voit se développer à gauche et vis-à-vis de soi : la partie à di^ite est démolie et remplacée par des maisons.
L'ampliithâltre de Poitiers , dont on attribue la fonda* tien à l'emperfur Gallien, date, selon toutes probabilités, du milieu du m* siècle. Il se composait , comme tous les ëdiûces de ce genre , de plusieurs étages de gradins , divisés par des escaliers et des passages. Dans la partie inférieure , aujourd'hui démolie, était le podium, réservé aux magistrats, aux vestales et aux personnes de distinction. « On peut se figurer le podium , dit M. Mangon de la Lande (1) , comme une longue tribune ou un péristyle circulaire élevé au dessus de l'arène , orné de colonnes, de balustrades, et garanti de la fureur des animaux par des rets , des treilKs ou de gros troncs de bois ronds et mobiles. On parvenait dans le podium par ces portiques et eés galeries, dont les restes encore bien conservés existent dans le fond de la cour à gauche...
» La deuxième praecinction , séparée de la première par
un mur d'appui, se composait de sept à huit rangs de gradins destinés encore à des places de distinctûm. On y parve* nait par de nombreuses avenues appelées vomitoria; c'étaient des portes percées au haut de chaque escalier auquel on arrivait du dehors par des voûtes couvertes. Un autre mur peu élevé formait l'intervalle de la seconde à la troisième prœdnction; celle-ci comptait des gradins plus nombreux et
<i) Voir les Arènes, par M. Alaugon de la Lande , Mémoires de la Société, 1837, p. 140.
de plus uombreux voniitoircs ; c était la place du peuple | popubis, dame fort différente do ee que nous enlendoiiB par la populace , plebs; cette dernière catégorie et celle des es-^ clav^ occupaieut la quatrième prœcinction , dont le dernier gradin 8*a(^yait contre Tattique. »
Des fouilles opérées , il y a quelques années , aux frais de la Société, daua les arènea mémea, ont lait découvrir à un méfre 22 cent, de profondeur, et k peu de diatai^pe dupadwmf des cases , le» unes d'un mètre et les autres d'un mètre 33 cent, de laideur, et toutes de 1 mètre 66 cent, on 2 mètres de profondeur. M. de la Lande pense que ces cases étaient les omdffdans lesquelles on renfiermait les animaux dëstinés aift chasses ou aux combats. On a souvent trouvé dans les arènes de Poitiers des médailles en argent , en bron^ , en billon ; la plus grande partie est du régne de Galiien. Le cabinet des médailles de la Société en possède 84 variétés et beaucoup de doubles» Un proprîétui*e du voisinage , faisant creuser une fosse pour y plantei^nn arbre , il y a une vingtanne d'années , trouva un ossement d'une grandeur extraordinaire , qui parait avoir apparte^u à un animal de l'espèce des céta^ ces. On ne s'explique pas comment ce débris a pu se trouver dans les arènes.
L'amphitfiéàtre de Poitiers a été mesuré d'après les principes de la science par M. M angon de la Lande iils , capitaine au corps royal d'état major; il forme une ellipse dont le grand axe du nord au midi est de 88 mètres (264 pieds), et le petit axe de l'est à Touest de 70 mètres ( 21 0 pieds); il est plus vaste que Tamphithéàtre de Pompéï , qui n'a que 63 mètres sur 34 , et surpasse celui de Nîmes de 1 0 mètres ; comme les calculs faits sur Tamphithéàtre de Nimes ont élabli qu'il pouvait contenir 21,950 personnes, on peut conclure hardiment que rampbithéàtre de Poitiers pouvait
recevoir plus de 22,000 personnes , ce qui donne une haute idée de rimportance de la ville à l'époque de la doBoination romaine (1).
De même que le colyaée de Rome et les amphithéâtres d'Arles et de Nimes , il est probable que Tamphithéatre de Poitiers a servi de citadelle à Tépoque des invasions des barbares ; il est donc présumable que sa destruction , ou plutôt sa décadence^ date de la fin du v« siècle* Cet édifice , exposé depuis quatorze siècles à toutes les causes de ruines , siibaislieienGore dans qudquesHines de ses parties, malgré les ravages de la guerre , l'action lente mais continue du temps y e( les attaques sans cesse renaissantes de tant de généra^ns qui sont venues y chevdier, comme dans une carrière , des matériaux pour construire de nouveaux édifices. Aujourd'hui encore, une partie de la population peu aisée de la rue des Arènes et du bourg Cani est logée sous des voût^ romaines, bien conservées; ces voûtes , situées à di£Férents. étages , servent à un grand nombre de maisons de caves , d'écuries ^ de chambres d^habitation et de greuiers. Ainsi la civilisation romaine a laissé sur notre sol , comme dans nos lois y daus notre langue , dans nos mœurs , des traces non encore effacées.
En sortant de Xhàul i Êvreux , on trouve à gaudie Tatiberge de la Lamproie, Dans la cour de cette maison subsiste encore l'abside de l'église du prieuré de Str-Nicolas , fondé vers le milieu du xi* siècle par Agnès de Bourgogne , comtesse de Poitiers. Ce prieuré , avec toutes ses possessions, fut donné à T'Abbaye de Montiemeuf par Guy Geoffroy, comte de Poitiers. |ja nef a été détruite en 159G par Texplosion d'uu
(1) Voir les Arènes^ par M. Manitou du la Lande, Mémoires de la :)uciété, 1837.
moulin à poudre que les maire et éckevius y avaient fait établir; le clocher menaçait ruine , lorsque le prieur en demanda la démolition en 1768; il était placé à l'entrée de l'église , sur le côté gauche de la rue qui conduit de la place Royale à la Tranchée. Il ne reste aujourd'hui que le chœur, d'architecture romane , qui sert de remise à i'hètel de la Lamproie. Il contenait le tombeau d'un Yoyer d'Argenson.
SUl.
Les trois-pii iers. — blossac. — pohte de la tranchée. — défaite miraculeuse DES ANGLAIS. — GROTTE A CALVIN. — AQUEDUCS ROMAINS. — MACHINE HYDRAULIQUE MODERNE.
En remontant la rue de la Tranchée, on laisse à gauche Thètel des Trois-Piliers appartenant autrefois au monastère de Luçon , auquel il avait été cédé par un Poitevin nommé. Guillaume Grossin, en 1256 ; il est désigné dans la <^arte de donation sous le nom des Piliers de Gauiier : ce nom lui vient de trois piliers dont l'usage n'a point été bien déterminé^ et qui se trouvent encore aujourd'hui compris dans la . maçonnerie du mur d'entrée. Dés le temps de Boudiet , au commencement du xvi* siècle, cette maison était une auberge ; eUe servait de limite entre le boui^ de St-Hikire, soumis à la juridiction du chaj^tre , et la ville proprement dite ; deux petites figures | placées à droite et à gauche , dans les montants de la porte, du coté de la cour , indiquaient, diton , les deux territoires. L'une de ces petites figures existe encore dans le montant de gauche, l'autre a ,été couverte par la maçonnerie. Une porte séparait le bourg de la ville. La première rue que Ton rencontre à gauche est la rue de ki Baume j ouverte depuis la révolution sur remplace*
ment du jardin de^ Capucins f au bout de cettCs rue on aperçoit y à drtMte» la grille du parc de Blossac*
Cette grille est surmontée des armes de M. de La Boui^ donnaye, conte de Blosaao^ intendant du Poitou , qui , pour donner du travail à la elasse indigente dans Thiver de 1752 j et£aire en même temps quelque chose d^otile à la ville, entreprit d'établir une promenade sur des terrains provenant en grande partie de la famille GiUier de Clérambault (1). Blossac ne fut achevé qu'en 1771 ; on trouva dans les déblais un grand nombre de sépultures gallo-romaines et de vases funéraires. Quelques-uns de ces débris existent dans le musée de la Société.
A Textrémité de la grande allée Ton découvre la route de Bordeaux qui passe entre la vallée du Glain , à gauche , et la vallée de la Boivre , à droite ; c'est le seul côté par lequel on aborde la viUc de plain-pied. Le mur qui soutient les terres de Blossac a été construit en 1786 dans le style des fortifications du moyen-âge. La porte de la Trancliée, avec laquelle ii se relie , a été ^reconstruite pea 4e temps avant la révolution
(1) Le comte de La Bmirdonmye-Blossac , né à Rennes , a été intendant de la géoéralité du Poitou, de 1751 jusqu'à 1786. Pendant ces trente-cinq années , il a rendu les plus grands services à oette province « et pris les mesures propres à favoriser l'agriculture , Tindustrie et les beaux-arts 5 il a fondé ou favorisé des établissements utiles, an nombre desquels il faut mettre une magnanerie, dont tes bâtiments existent eneore vis-à-via la rue de la Baunie« Homme de bien autoot que bon administratearj M, de Blossac fut Follet de regrets anammeiB, lorsqu'il quitta avec un vif cbagrin la généralité du Poitou pour celle de Soissons* Le lieu et l'époque de sa mort sont ignorés. Depuis longtemps on s'étoone que la ville de Poitiers n'ait point élevé un monument à cet homme auquel elle doit tant de reconnaissance.
wie notice sur M. de Blossac, insérée dans le Spectateur, recueil périodiqtie publié è Foitfefs^ en-
de 1789; Tancienne porte était à quelque distance de la porte actuelle , en deBcendant vers la Boiyre; elle élatt célèbre dans les chroniques poitevines par un événement dont nous empruitons le récit, que nous abrégeons ^ à notre yieil annaliste Bouchet j en lui laissant , d^aiDeorS) toute la responsabilité des faits.
En 4202, le Poitou était soulevé contre Jean Sans^terre^ roi d'Angleterre, duc d'Aquitaine et comte de Poitou, en faveur d'Arthur, son neveu, qu'il venait de faire prisonnier à Mirebeau* « Or fiioiril entendre qu'audit temps, le pais de » Poictou estoit tout remply de gensdarmes, les aucuns auj» glois pour kdit roi iem , les autre» fraiiçois on bretons » pour ledit A rtur, et par l'adueu du roi Phelippes, en manière » qu on ne sauoit à qui s'aduouer. » La ville de Poitiers, qui alorft était J^^/brl» ei presque wqfrenablè, avait prudemment fermé ses portes à Jean Sans-terre, lequel avait, quelque temps auparavant, signalé sa cruauté en saccageant et en brûlant une partie de la ville de Toui^. Jean avait disséminé ses troupes dans les villes du Limousin et du Périgord , en reoommambnt à ses capitaines de tâcher de prendre Poitiers par surprise.
Le maire de Poitiers j^vait un cierc (secrétaire) fari avch rieieuap et de grand esprit f qui se hissa gagner parr les Anglais^ et promit de leur livrer la ville. £n conséquence , la ▼eille de Pâques , à minuit , une troupe anglaise , sons fixusséà enseignes , arriva à la porte de la Tranchée. A la même heure, le clerc pénétrait dai|S la chambre à coucher du maire avec Pintention d'enlever, pendant son sommril, les clefs de la ville, qui devaient être déposées derrière son chevet ; mais les defe ne se trourèrent pas à leur place habituelle ni dans les autres endroits de la maison. Le traître avertit alors les Anglais , par un billet qu'il leur jeta du haut du rempart ,
d^attendre Tcxécutioii de sa promesse jusqu'à quatre heures du matin ; à cette heure-là , eu effet , il entra de nouveau dans la chambre du maire qu*il réveilla , éL lui demanda les clefs , sous prétexte qu'un gentilhomme voulait partir de grand matin pour aller devers le roi de France. Le maire chercha les clefs qu'il avait mises la veille sous son chevet , et ne les trouvant pas , il se douta de quelque trahison , et manda plusieurs habitants pour qu'ils allassent en armes à la porte de la Tranchée.
« Le bruit fut incontinent par la ville que les Anglois » estoient à la Trandiëe et le beffray sonné : par quoy » chacun des habilans se mist en armes , et s'en allèrent tous >i esmeus à la porte , et vdlrent par les crénaux des raun railles plus de mil et cinq cens Angloia morts et couclu z par M terre y et les autres qui se tuoient. Parquoy ouurirent les » portes et sortirent sur eux pour defiaire le demeurant y ce » qu'ils firent , fors ceux qu'ils retindrent prisonniers. Les- » quels déclarèrent au maire et aux principaux de la ville, » toute la trahison : et que ledit jour à l'heure de quatre » heures ) avoient veu audeuant desdites portes une royne » vestuë le plus richement qu'on sçauroit faire , et auec elle ;) vue religieuse et vn Evesque , qui auoient sans nombre de n gens armés : lesquels s'estoient mis à frapper sur les Aôw glois : et qu'aucuns d'eux considérans que c'étoit la vierge » Marie, St Hilaire et Ste Radégonde (dont les corps repoli soient en la ville), s'estoient par désespoir occis eux-mêmes » et les autres tué et occis leurs compagnons. Dont tous M les habitants rendirent grâces à Dieu et s'en allèrent faire » leurs pasques. Au regard du désloyal clerc on ne sceut ce » qu'il deuinty car despuis ne fut veu. £t est à conjecturer » c{ue par vue des autres portes il se jeetà en la riuière et » se noya ou que le diable l'emporta. »
Ce n'est encore là qu'une partie du miracle ; pendant que les habitants , réveillés par le sou du beffroy , couraient en armes à la porte de la Tranchée, ce le panure maire s'en alla » tout elTrayé recommander la ville à Dieu et à ia benoiste I) vierge Marie ^ en son église de nostre Dame la grand , et » comme il fut devant l image de nostre Dame, veit entre » ses bras lesdites clefs : dont il rendit grâces à Dieu , et n plusieurs autres gens de bien qui estoient avec lui (1). m
En commémoration de cet événement , des statues de la Vierge , de Ste Radégonde et de St Hilaire furent placées au dessus de la porte et dans une petite chapelle voisine , (ces dernières ont été transportées dans Téglise de St-Uikire où elles sont encore) des chapelles à la sainte Vierge lurent élevées sur tous les points (il n'en existe plus qu'une aujourd'hui sur le pont Joubert). Enfin une procession solennelle , à laquelle assistait le corps municipal , fit tous les ans, le lundi de Pâques , le tour de la ville ; on y portait en grande pompe la statue miraculeuse de la sainte Vierge , revêtue d'un magnifique manteau de velours que la femme du maire avait le privilège de lui offrir* Cette procession a eu lieu pour la dernière fois autour de la ville en 1 829 ; de* puis cette époque elle se fait dans Tintérieur de TégUse de Notre-Dame.
Du haut de la terrasse de Blossac, élevée de 40 et quelques mètres au dessus du Clain , on jouit , dans la belle saison , d'une vue agréable : Tœil se repose avec plaisir sur la surface tranquille de la rivière , qui coule au milieu de vertes prairies , à l'ombre des saules et des peupliers. A l'extrémité nord on aperçoit une partie de la ville surmontée par la flèche élancée de Ste-Radégonde , avec laquelle semble riva*
(1) Aonales d'Aquitaine , p. 159-160.
User le rocher de. Coligny , qui s'ëléve de Fautre coté de ia vaiiëe ; au sud , du haut de la tour dite tour à t Oiseau (1) ^ on i^oit à 3 kilooiétrcs de distance le clocher de St-Benolt de Quinçay, qui doit son origine à une abbaye fondée au vu* siècle par saint Benoit , évéqoe de Samarie* Tous les ans ^ dans la soirée du 23 juin , Tespace que Tceil embrasse s*illumine des feux que les habitants des campagnes environnantes allument encore la veille de la St-Jean , suivant un usage qui remonte peut-être au paganisme , mais que l'intervention de la religion chrétienne a purifié (2).
Sur la rive gauche du Clain y dans la vallée déserte an fond de laquelle il promène ses eaux y entre Poitiers et St- Benoity est une grotte aujourd'hui murée , qui a conservé le nom de grotte à Calvin, et dans laquelle Lesage, docteur en droit, R^ier, lieutenant général delà sénéchaussée de Poitiers, Antoine de la Doguie, docteur en droit, Véron , procureur, fiabinot, professeur de la ministrerie (3), Jean Boisseau, avocat, se réunissaient pour entendre les enseignements, de Calvin , qui commençait à répandre ses doctrines.
A droite, vers le milieu de Tamphithéatre demi-circulaire décrit par les collines qui forment la rive gauche du Clain , on aperçoit sur le sommet du coteau , à la gauche d'une maison appelée TErmitage , plusieurs piliers de construction romaine ; ils soutenaient les arcades sur lesquelles passait un aqueduc destiné à conduire à Poitiers les
(1) Cette tour a été ainsi nommée, parce que les arbalétriers y plaçaient Toiseau en bois qui leur servait de but dans leurs exercices.
(2) Les feux étaient autrefois allumés par les curés ; cet usage subsiste encore dans quelques paroisses. Voir la notice de M. Nicolas sur les feui de la St-Jean, Bulletins de la Société, année 4838 , p. d 29*
(3) La Ministrerie était le nom de la salle dans laquelle on enseignait les InsUtutes.
eaux de la source de Fontaine-le-Comiei située à un myriamétré de la ville. On reconnait facilement , dans la campagne, les restes de cet aqueduc qui tantôt court à ilcur de terre , en suivant les contours de la vallée , tantôt firanchit sur des arcades les ravins qui se trouvent sur son passage. Plusieurs autres arcades existent encore , dégradées mais debout y à la droite de la maison, et on voit à leur base quelques pierres échantillonnées dont le nombre diminue tous les jours. ( Voir pl. iv. )
L'aqueduc de l'Ermitage n'était pas le seul qui fournît de Veau à Poitiers; il en existait trois autres : l'un amenait, dit-on , de Lusignan les eaux de la Famnle-Cé, suivait dans une partie de son cours une direction parallèle à celui de FErmitage, et aboutissait non pas, comme on Ta cm, aux arènes, mais vers le milieu de la hauteur du coteau oriental de Poitiers; il a été coupé par les déblais du boulevard de Tison, où Ton peut voir le canal qui s'enfonce sous les terres vis-à-vis les bains de Belle- Vue.
L'aqueduc de Fleury , le plus important de tous , commençait au village de ce nom , à 20 kilomètres de Poitiers ; il i^ecevait l'eau qui coule d'une source assez abondante pour faire aujourd'hui tourner un moulin , et la conduisait dans la partie supérieure de la ville, d'où plusieurs ramifications la distiibuaient suivant les besoins. £n&n un quatrième aqueduc , dont il ne reste aujourd'hui que bien peu de traces, amenait sur le versant occidental de Poitiers, couvert alors de nombreuses villas, la source de la Cassette ^ qui dans la vallée de la Boivre, à quelques kilomètres de Poitiers, fait aujourd'hui mouvoir la roue d'une papeterie (1).
(1) Voir, pour plus de renseignements , la notice sur les aqueducs > par M. Bourgnon de Layre, publiée dans le Sfectateur^ Poitiers , 4840,
Les différentes invasions des barbares , le manque absolu
de police et de prévoyance administrative dans le moyenâge, plus tard les progrès de l'agriculture et de l'industrie, ont entraîné, sinon la destruction, du moins la mise hors de service des aqueducs. Les habitants voisins des sources ont voulu s'en servir, et ont rompu le canal qui les privait de leurs eaux. Le souvenir de ces monuments et de leur utilité a disparu , et lorsque plus tard les laboureurs ont heurté avec le soc de. leur charrue ces canaux souterrains, ils ont été si étonnés de leur solidité et de leur étendue, qu'ils en ont attribué la construction à la Mélusine (1), cette puissante magi-
p. 205-229-296 ; et les manascrits de dom Fonteneau, à la bibliothèque de la ville.
(1) La ."ifehuine on Merlusine est représentée sous la figure d'une belle femme dont le corps, à partir de la ceinture , se termine en poisson : de^mtl m fi^cûm rmUier famma ntpernfi. Ses longs cheveux tombent sur ses épaules; elle tient de la main droite un peigpie^ et de la gauche un miroir.
L'illustre Mélmlixe rachetait les grands avantages attachés à sa qualité de fée par une obligation fort humiliante^ une fois par semaine elle était obligée de devenir poisson. Mariée au sire Raymondin de Poitiers, elle avait dissimulé avec soin cette pénible condition de sa nature; mais , d'après ses conventions matrimoniales , elle passait chaque semaine une journée entière dans une retraite dont son mari ne devait pas chercher à pénétrer le mystère. Le bon chevalier observa d'abord religieusement sa promesse; puis poussé par le démon de la curiosité, peut'-ètre aussi par celui de la jalousie , il fit avec son épée une fente dans la porte de bronze qui fermait l'appartement secret où sa femme sV'tait enfermée: il l'apci^ut alors sous la forme ci-dessus décrite, prenant ses ébats dans un grand bassin dont elle faisait jaillir Teau avec sa queue jusqu'au plafond. On^nçoit sans peine tout ce que dut éprouver le malheureux chevalier, en découvrant qu'il avait épousé un monstre amphibie. Il ne resta pas longtemps absorbé dans ses réflexions ^ car \diMtl%isme^ se voyant surprise, poussa un grand cri
cîeune, dont Thistoire merveilleuse , transmise de génération en génération, fait encore le charme des veillées du village ; cette gracieuse sirène, dont la coquette image est reproduite sur Técusson de la famille de Lusigiian qui a fourni dea rois à Jérusalem } dans les sculptures qui ornent les édi- .fices (1) , et dans les gâteaux que Ëibriquent, seuk dans Tunivei*s , les pâtissiers de Lusignan (2).
Depuis que les aqueducs romains ont été coupés , c'est-àdire , pendant 14 siècles peut-être, les habitants de Poitiers n'ont eu pour leur usage que Teau qu'ils faisaient apporter à grands frais de la rivière et des sources voisines , ou celle qu'ils recueillaient dans des citernes. M. Filleau , conseiller à la Cour royale , membre de la Société académique de Poitiers, proposa en 1820 de restaurer un des aqueducs romains , celui de Fleury, qui aurait suiU aux besoins de la
dont le château fut ébranlé jusque dans ses fondements, et dis)Nirut. Bqpnis cette époque, toutes les fois qu'un événement fâcheux menaçait on membre de la famille des Lusignan , la Méluiine apparaissait , poussant des cris plaintifs. Lorsque le château fut démoli , en 1575 , par ordre du duc de Montpensier, elle étourdit pendant plusieurs nuits tout le voisinage de ses lamentations , et aujourd'hui même qu'il ne reste plus aucun vestige de ce château , elle apparaît quelquefois aux bonnes femmes de Lusignan qu'elle protège d'une manière toute particulière
La Mébuine figure dans les armes des Lusignan comme le génie protecteur de la famille. Les Sassenage du midi ont élevé la prétention de descendre de cette illustre fée , mais on leur a bien prouvé que cette prétention n'était nullement fondée.
(1) Voir le support droit de la fenêtre de gauche de l'édifice dit la Prévôté.
(2) Voir le Mémoire de M. de la Liborlière. Bull.de la Soc, 1840.
{*) Voir une diïiscrtation de M. Babinet, Mômoiix'S de la Société d'agriciilliiie de Poitieis, et mu» dissertation de M. de lu Uboriièie , liuiicUu de la Sociélc des Aiiliquaires de l'Ouest , 18 iO.
population (i). Des (Hiules faites par des hommes de Tart prouvèrent qu'il suilirait d'une somme peu considérable pour opérer cette restauration , parce que le canal souterrain existe dans la plus grande partie de son cours. On ne vit alors dans cette proposition qu'une rêverie renouvelée des Romains. Il y a quelques années, le projet de fournir de . Teau à Poitiers fut repris par rautorité municipale sous l'administration de M. Regnault, maire; on adopta le plan d'une machine iiydrauliquc, mue par le Clain , qui fait monter dans la ville l'eau d'une fontaine située au pied du coteau de Montbernage, sur la rive droite de la rivière (2).