‹ Poitiers et ses monumentsChapitre 3 sur 7 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

LE DOÏESMÉ. — SAIMT-UILAIRE. — SAINT-BARTIIÉLEIII. » SAINT-PORCHAIRE. LA MAIRIE. — PYBAMIDE DE LA EUE KEDVB. — 6BAND S^MlNAntE.

En sortant de Blossac , et en suivant la rue St-Antoine , on arrive dans la rue de la Tranchée que l'on traverse pour entrer dans la rue du Doyenné , laquelle conduit à la vieille

(1) Voir Mémoires de la Société académique dePoit., t. i , p. 29.

(2) La machine hydraulique, de Tinvcntion de l'ingénieur Cordier, a été terminée en 1838; elle fournit une moyenne de 600 mètres cube^ d'eau par jour; elle alimente 36 bornes-fontaines dont 4 à jet continu. Le château d'eau, situé à l'entrée de la promenade de Blossac^ contient 550 mètres cubes d'eau servant de réserve. Cette machine fournit un volume dVau beaucoup moindre que celui de la fontaine de Fleury ; les grandes eaux arrêtent son mouvement et ont emporté deux années de suite y sur trois, les digues qui servent de barrage; par les grands froids l'eau gèle dans les canaux , et les moindres dérangements de la machine privent la ville d'eau. Ainsi nous sommes beaucoup moins avancés, sous

1 0 rapport, que nos prédécesseurs les Gallo-Komains ne Tétaient au lu-"*

basilique de Si-Hilaire. A gauche est l'aocien Doyenné <fe St^ Hilaire ^ édifice du ivi* siéde j occupé aujourd'hui par Fécole normale primaire. La porle du Doyenné et celle d'une autre maison située vis-à-vis sont ornées de pierres délicatement sculptées dans le style de la renaissance, provenant du eliàteau de Bonivet. A quelques pas est le clievet de l'église.

St Hilaire , le plus illustre des évéques de Poitim^ mourut en 368 , et fut inhumé dans un cimetière qui était situé à l*ouest de la ville. Il fut hon(H*é aussitôt d'un culte public , que justifiaient assez ses vertus admirées dans tout Fempire romain. On éleva sur son tombeau une chapelle consacrée d'abord à St Pierre et à St Paul , et au service de laquelle fut attaché un collège de prêtres : c'est la première origine du célèbre monastère de Saint-Hilaire , qui, sécularisé au X* siècle, devint un chapitre royal longtemps renommé ; jouis* sanl de grands biens et de magnifiques privilèges.

Les papes , les rois de France, les rois d'Angleterre , cesi derniers peiulant leur domination en Poitou , comblèrent de dons l'église et le chapitre de Sl-Uilaire, de qui par suite relevèrent plus de cent églises de France et même d'Angleterre. Les papes affranchirent les chanoines de la juridiction épiscopale; les rois de France, de la juridiction municipale et civile. Dans Poitiers, les paroisses de St-Michel , Ste- ^•iaise , St-Pierre-l'Hospitalier , Notre-Dame-de-la-Chandeliére, dépendaient d'eux. Us étaient seigneurs spirituels et temporels, et , à ce dernier titre, faisaient rendre la justice dans toute cette partie de la ville qu'on appelait le bourg de St-Hilaire , et qui s'étendait depuis la porte de la Tranchée jusqu'à une ligue qui, partant du ponf Achard, passerait par la Visitation , l'ancien couvent des Ursulines , la cour (les Halles, les Trois-Pilicrs , le carrefour du Calvaire et la porte de Tison..

La chapelle oàtie sur le tombeau de Si Uilaire iut ruinée dans rirruption des Vandales , au commenœment du siècle* Vint ensuite dans toute l'Aquitaine la domiuaLion des Visigoths ariens , époque peu favorable pour rebâtir l'église de Saint Hilaire , le grand adversaire de Tarianisme. Le tombeau du saint était encore enseveli sous les ruines ^ lorsque Clovis vint en 507 combattre les Visigoths dans les plaines de Voclade (Voulon et Champagne-Saint - Hilaire ) (1), Les vieilles chroniques riicontent qu'un globe de feu s'éleva de dessus cette église ruinée, et se dirigea vers la tente de Clovis, ce qui lui parut un présage assuré de la victoire sur les ariens. £n mémoire de cette événement , le maire de Poi-< tiers venait , autrefois , en grande pompe , placer un fanal allumé au sommet du clocher de l'église S t-Hilaire, le soir du 25 juin, veille de l'anniversaire de la translation des reliques de ce saint (2).

Clovis y après avoir vaincu Alaric, se montra reconnaissant de la protection qu^il avait reçue de St Hilaire ; il donna aux moines le champ de bataille où il avait vaincu et plusieurs autres terres : de plus» à la prière de Tabbé Fridolin et de révèque de Poitiers Adelphius , il lit rebâtir magnifiquement l'église. Le corps du saint docteur fut levé de terre à cette occasion , et replacé dans un nouveau tombeau.

L'église bâtie par Clovis fut brûlée par les Normands vers 863. Dans la crainte du retour des barbares , on.songea à placer les restes de Saint Hilaire dans un lieu moins ^posé à leurs ravages. Le comte d'Auvergne , tuteur du

(1) Voir Mémoires de la Société, 1836.

(2) Cet usage s'observe encore aujourd'hui , mais avec moins de solennité^ c'est ie sacristain qui place dans le clocher une lanterne allumée,

comte de Poiiou , les ût transporter > à la fin du ix' ou au commeDcement du siècle , dans la ville du Puy en Vëlay, dout son frère était évêque. C'est de là qu'on a rapporté depuis , en 1657, une portion du crâne et Thumérus du bras gauche que Ton conserve encore à gauche de l'autel , dans une chasse autrefois très-riche , mais qui a été dépouillée ' pendant la révolution de ses plus beaux ornements d'or et de cristal (1).

L'église actuelle a été bâtie au commencement du xi* siècle, et consacrée en 1049 avec beaucoup de solennité, en

présence de treize archevêques et <îvèque$. Elle a été souvent Tisitée par les papes et les rois de France. Ceux-ci , comme abbés de St-Hilaire , recevaient en y entrant , des mains du trésorier, le surplis, Taumusse et la chappe (2). Elle contenait plusieurs tombeaux qui furent profonés par les protestants en 1562, entre autres, celui de Fridolin , celui de St Fortunat, évèque de Poitiers au vi* siècle , et celui de Gilbert de la Force , savant évéque de la même ville , mort en 1154»

Il existe encore , près de la porte principale , un tombeau chrétien en marbre blauc , qui parait antérieur à la liberté de l'église sous Constantin. On y reconnaît aisément les symboles chréâens, la croix , l'étoile , le poisson , etc.

Les statues de la Ste Vierge, de St Uilaire et de Ste Radegonde^ qu'on voit aujourd'hui dans une petite chapelle à

(1) Voir, au sujet des reliques de saint Hilaire, la dissertation de M, N. Gaillard^ dans le fiuUetiD de la Société des «Antiquaires. de FCaest. (l«'aoùtiS36.)

(2) L'église de St-Hilaire a été visitée par Charles VII, en 4453^ Henri III, en 1577^ Henri lY, eu 1602^ Louis XllI, en 4614^ et Louis XIY , le 22 juillet 1650.

droite, étaient autrefois dans une autre chapelle voisine de * la porte de la Tranchée (i).

Dans l'état primitif, l'église était intérieurement plus large et prés du double plus longue qu'elle ne Test maintenant* £lle descendait jusqu'à la crête du coteau , où s'élevait un haut pignon assez peu orné , couvrant ainsi en grande partie la place et la rue qui existent devant son portail actuel. Un cloître carré régnait le long de la partie sud-ouest. L'entrée principale était dans le mur latéral , vers le bas de l' église , à gauche en regardant Tauteh La voûte formait intérieurement six dômes, dont un seul subsiste encore. Le sol éuit de niveau trés-dififérent ; il y avait 44 marches à monter en deux fois de la moitié inférieure à la moitié supérieure de l'église. Six rangées de piliers formaient une nef principale accompagnée de trois bas-côtés à droite j et trois à gauche , ce qui donnait en tout sept allées s' étendant du bas de l'église aux transsepts qui, alors comme aujourd'hui, ne faisaient presque pas saillie à l'extérieur. L'axe des transsepts n'était point perpendiculaire sur celui de la nef, mais il s'inclinait vers l'ouest. Les piliers n'étaient ni de même forme, ni de même dimension, ni espacés d'une manière l'éguliëre et symétrique, d'où il résultait que les bascôtés n'étaient pas partout de même largeur, qu'un piliar tombait en plus d'un endroit vis-à-vis d'un entrecolonnement , et que l'ensemble paraissait bizarre et confus , surtout en entrant par la porte latérale ; mais ces défauts étaient en partie rachetés par ce caractère de grandeur que donne à un édifice sa vaste étendue.

En 1762, de nombreux changements furent faits dans la distribution et la décoration intérieure de l'église. L*archi-

(i) Voir ct-de88U8i p. 29.

lecte qui en fut chargé , et dont nous ignorons le nom, eut la bonne idée de consiguer d'abord l'état présent de l'église dans un plan qui subsiste encore.

L'église de St-Hilaire fut vendue pendant la révolution, et racquëreur en fit enlever la charpente pour en revendre les bois ; mais bientôt les voûtes de la nef principale, pénétrées par la pluie f s'écroulèrent, et à l'époque du concordat, le monument était dans un état si déplorable , qu'il ne pouvait être restauré selon le plan primitif qu'avec une forte dépense. Une commission nommée pour régler le plan de oette restauration eut la malheureuse idée de mutiler Fédifice , et d'en sacrifier une grande partie dont la démolition fut très-couteuse. On détruisit les bâtiments qui flanquaient l'église au midi et à Touest ; on^ retrancha un bas-côté à droite et un à gauche : le premier est devenu une sacristie et l'autre une décharge ; on supprima plus de la moitié de la longueur de la nef; ou éleva une nouvelle façade , et on y enchâssa une jolie porte gothique , qui formait autrefois l'entrée latérale dont nous avons dtVjà parlé. Les sculptures , d'une admirable délicatesse , paraissent être du ou siècle : elles représentent une suite d'apôtres et de docteurs dans des niches ; la plupart sont horriblement mutilés (1).

Après avoir visité St-Hilaire , nous reviendrons vers le centre de la ville en traversant la place plantée de tilleuls et en suivant la rue St-Hilaire ^ laissant à droite, au milieu de la rue de St-Pierre-l'Hospitalier, l'ancienne église de ce nom , qui sert aujourd'hui d'école aux frères de la doctrine chrétienne; un peu plus loin à droite est la chapelle de St Barthélemi, bénéfice à la collation du chapitre de St-Hilaire; au dessus de la porte ^ en ogive, on lit une courte inscription en

(1) Voir riutérieur de f église de St-Uilaire, pl. v.

caractères très-anciens, portant que Ul était inhumé Neei^-rhis, évèque, lequel Ogure le premier sur la liste des évéquos de Poitiers positivement reconnus (1). Cette chapelle sert Aujourd'hui de magasin de fagots à un boulanger; elle est séparée de la rue par une petite cour. Nous tournerons ensuite à gauche, et après avoir pa rcouru la rue des Hautes-Treilles , nous verrons devant nous l'église de St-Porcliaire.

Slr-Porchaire était autrefois un monastère dépendant du chapitre de St-Hilaire-le-Grand ; il devait son origine, d'après les anciennes traditions, à saint Porchaire, contemporain de Grégoire de Tours , par lequel il est mentionné comme ayant assisté au concile de Bordeaux en qualité d'abbé de St-Hilaire. Ce monastère devint au xT" siècle un prieuré de l'abbaye de Bourgueuil.

L'église du prieuré a été conservée pour former une des six paroisses de la ville de Poitiers. Ouvrage de la 'fin du xv* siècle ou du conuuencement du xvi% ce disgracieux édifice est partagé en deux nefs égales par un seul rang de maigres colonnes, dans lesquelles viennent se perdre, sans consoles ni entablement, les nervures des voûtes; et cette disposition si défavorable n'est rachetée par aucun des charmants détails que l'architecture ogivale de la dernière période a semés ailleurs avec tant de prodigalité. St->Porchaire n'offre de curieux que sa tour romane, qui forme avant-corps à l'église. (Voir pl. VI.) . .

Cette tour appartient au XI* siècle; de petites arcatures à pleiu cintre, portées sur des modillons et ibraianl cor-

(1) fiouchet raconte dans ses Annales d'Aquitaine que cette chapelle renfermait plusieurs tombeaui> dont Tuu était de Ste Thëomcste que les femmes raclaient pour en faire manger ULpoussière à leurs petite enfants «tfoiif mal et patHon de «mire.... > . V

oiche, ia divisent en irois étages que couronne un toit d'ar-

Joises en croupe; uiio rarapanille , de construction toute récente,' surmonte ce toit; sur sa façade elle oifre» entre deux pilastres , une porte à plein dntre dont Tarchivolte est ornée de moulures en damier. Les chapiteaux des colonnes qui supportent le cintre sont ornés de curieuses figures. A droite, un personnage vêtu d'une tunique, vu de face et les mains tendues en croix , occupe uu médaillon ovale sur le contour duquel on lit : sic danibl domimo tinctt gobtvm leoninym; à coté y le prophète llabacuc^ élevé dans les airs, porte dans un vase à Daniel la nourriture qu'il avait préparée pour ses moissonneurs (Daniel, ch. xiv, vers. 32 etsuiv.) : un oiseau, aux ailes déployées, plane au dessus du prophète. JDe chaque coté , en dehors du médaillon , sont des lions à gueules béantes d'où sortent des langues taillées en flèche. A leur posture , on prendrait les deux premiers de ces animaux pour de jeunes chiens en arrêt. Un troisième lion a la pose beaucoup plus grave d'un ours presque debout. La place étant insuffisante pour toute V assemblée léonine , deux de ses membres ont été rejetés sur le chapiteau de la colonne correspondante ^ à gauche ; leur ressemblance avec de gros chats aurait pu induire en erreur; mais l'artiste a prévenu toute méprise en inscrivant entre eux le mot leones en gros^ ses majuscules romaines. Sur un chapiteau voisin deux oiseaux boivent dans un calice de forme assez élégante.

Au dessus de la porte est un ba&-relief dont Tencadrement, taillé en. biseau ^ est orné de moulures en damier* Ce basrelief a été horriblement mutilé; cependant on croit y reconnaître encore Daniel dans la fosse aux lions. On aperçoit des restes du médaillon ovale qui figurait sans doute la fosse dans la pensée de Tartiste. On reconnaît la partie inférieuiae d'un lion , ainsi que Toiseau qui plane à coté du prdàhète^

puis j à droite , un personnage richement drapé, beaucoup moins endommagé que le reste du bas-relief: c^est sans doute le roi qui vient le septième jour pleurer Daniel (vers. 39). A gaudie, un groupe de figures mutilées représentait sans doute les accusateurs du prophète.

Le second ordre oûre deux rangs d'arcades bouchées à plein cintre. GeHes du premier rang , plus élevées que les autres , sont garnies de deux colonnes. Des ouvertures trèsétroites sont pratiquées au milieu de ces arcades. Les arcades supérieures sont accolées et surmontées d'un appareil en losanges.

Sur le pilastre de gauche, on aperçoit quelques lettres vers Tarcature inférieure. Ces caractères sont un fragment d'une inscription romaine » provenant d'un tombeau dont le cippe a été employé comme pierre de taille dans la construction de la tour de Saint-Porchaire. On reconnaît à la première ligne la fin du mot memortœ et le comm^cement du mot œtemm: les lettres suivantes ont été emportées par le ciseau.

Un troisième pilastre coupe verticalement le second étage. Au troisième ordre , les pilastres sont remplacés par des colonnes qui supportent le toit. Entre chaque colonne est vuie arcade à plein cintre inscrivant deux autres petites arcades non bouchées.

L'élise de Saint-Porchaire possède dans .un de ses caveaux les restes de son patron, renfermés dans un sarcophage

en pierre de très-petite dimension. Ces restes furent découyerts en 4676 dans la crypte d'ime petite diapelle , dite de

St-Sauveur, située vis-à-vis St-Porchaire , de l'autre côté de la rue (1).

A quelques pas de St-Porchaire , en descendant à droite (i) Voir Thibaudeaa, 1. 1 , p. d74; Bufour , 1. 1, p. 360.

la rue de la Mairie, se trouve au fond d'une cour le bâtiment

de rhôtel-de-ville, élevé en 1448 pour servir aux cours de ruoiversité , fondée 17 ans auparavant (4). Ce bâtiment^ qui n'olTi^ rien de remarquable, et qu'il est question de démolir parce qu'il menace ruine , fut appelé les Grandes-Écoles, Il donna son nom à la rue le long de laquelle il s'étend , qu'on appelait auparavant rue Eoustanère et rue Terrière. En 4460, on y ajouta une aile pour y établir la hbrairie ou bibliothèque. C'est la grande salle à gauche , qui a servi depuis de salle de séance pour la justice de paix ; on y remarque un vieux tableau fort curieux , représentant la ville de Poitiers assiégée par les protestants en 1 569 (2). Au dessous de cette salle est l'ancienne chapelle ou aumonerie de l'échevinage , qui sert à présent de dépôt à l'artillerie de la ville.

Yis-à-yis la mairie, dans l'endroit où s'ouvre aujourd'hui la rue Neuve , s'élevait une petite pyramide, destinée à conserver le souvenir d'un miracle attribué à St Hilaire. L'une des faces de cette pyramide , sur laquelle se trouve un basrelief mutilé , a été encastrée dans le mur de la première maison de la rue Neuve , à droite. Voici comment l'auteur

(1) En 1789, ce bâtiment était occupé par Técole de droit et par la

mairie. Il est étonnant que Poitiers n'ait point un hôtel de ville plus important , car ses libertés municipales sont fort anciennes ^ deux chartes d'Aliënor d'Aquitaine confirment des libertés ou des droits qui existaient d^à depuis longtemps. L'une d'elles accorde formellement une commune^ eommmkmiuraUm apud Pictavim. Il existe aussi trois chartes de confirmation ou d'augmentation de privilèges de Philippe-Auguste , données en 1204, 1214 , 1222. (Voir Thibaudeau, t. 3 , p. 335 et 340, en observant que Thibaudeau donne faussement à l'une des chartes de U99 la date de 1147.)

(2) Une gravure italienne qui reproduit aussi Taspect de la ville assiégée se voit à la bibliothèque de la ville.

des Annales d'Aquitaine raconte révénement qui est retracé

pai' le bas-relief :

(c Le lendemain, ou deux jours aprés^ Si Hilaire alla visiter les églises de la cité, et en allant par les rues ëtoit suiuy de tant dépeuples, qu'à peine ou le pou voit voir, car il n'alloit sur muUe ne cheval* Et vne femme , qui lors demeuroit en vne maison , li présent assise deuant les Grands-£scolles et maison commune des seigneurs de la ville, sçachant qu'il passoit deuant saditte maison, ainsi qu'elle baignoit vn sien petit enfant de laicl^le laissa en la baignouêre, par Tardent désir qu'elle avcit de voir St Hilaire. £t au retour, qui fut incontinent, trouua son enfant noyé et mort. Quoy voyant, s'escria à haute voix en disant : haï mon Dieu , fautril que je perde mon enfant , pour avoir faict un bien ! Et en vne rage de deuil print son lUs mort entre ses bras, couuert d'vn petit Unge , et le porte après St Hilaire , auquel ainsi qu'il arriuoit à son logis , déclaira le cas et accident, le priant en grande foy et espérance qu'il priast Dieu que son enfant receust vie. St Hilaire voyant la douleur de la panure mère, qui n'auoit que cet enfant, et sa très-grande iby et éussi que Tenfant estoit mort pour la trop grande affection que la mère auoit eue de le voii-, se mit en oraison, où il fut assez longuement , en pleurs et larmes , prosterné contre terre. Et lui qui ëtoit d'ancien aage ne se leua jamais que Dieu n'eust , 5 sa prière, Tenfant ressuseité. Lequel il bailla à sa mère tout vif et prenant le lait de la mamelle deuant tout le peuple , dont chacun par esbahissement rendit grâces à Dieu et à St ïlilaire. » (Annales dÂqiàtaine , p. 57.^

A l'autre extrémité de la rue Neuve , on trouve à droite la rue des Carmélites. £n descendant cette rue , on passe devant l'église du grand séminaire. Cette église est regardée par les

cuimaisseuis comme le moi'ceau le plus i cmarquable d'ar-

chitecture moderne qu*il y ait dans la ville de Poitiers. C'était, avant la révolution , TégUse des Carmélites, qui la firent construire sur les dessins d'un architecte italien , nommé Leduc , plus connu sous le nom de Toscane, Louis XIV en posa la première pierre en 1 660 y à son retour de la frontière d'Espagne avee sa mère Anne d'Autriche, sa femme , et le cardinal Mazarin.

Dévastée pendant la révolution, Téglise des Carmélites avait été depuis divisée en plusieurs étages, et servait de dortoirs au dépôt de mendicité. £lle a été restaurée et rendue au culte en 1823, lorsque le grand séminaire a été brans-^ porté dans Tancienae maison des Carmélites, réparée et

aONTIEBNEDF. — CHÂTEAU. ~ PONT DK ROCIIEREIIL. — PONT lOOBERT. — FOK»

TAINE DU LÉGAT. — SAUiTE-AADÉGÛNO&

Nous continuerons à descendre la rue jusqu'au point où elle ^ termine. Remontant alors un peu à droite, nous trouverons à notre gauche la rue de l'Hôpital $ nous parcoure roDS cette rue en passant devant Y hôpital général, vaste amas de maisons , de cours, de jardins, dans lequel se trouve englobé ce qui reste de la vieille église des Frères de St'Jean^e-Dieu* Cet établissement ne présente aucun intérêt historique; nous en dirons quelques mots sous le rapport administratif, en exposant le tableau des institutions de ce genre qui listent à Poitiers. Au bout de la rue de rilôpital est une petite place sur laquelle aboutit une allée d'arbres qui conduit à l'ancienne église de IMoatie^ueuf.

Vers Tannée 1076, Guillaume Guf Geoffroy, Comte de Poitiers et duc d'Aquitaine , voulant racheter les fautes de sa

vie et signaler sa piété par un monument digne de sa puissance, fonda l'abbaye de Montierncuf , dans laquelle il plaça dix-huit moines et un abbé, lesquels lui furent envoyés par Hugues , abbé de Cluny , qui s^était acquis une grande réputation de sainteté (1). Cette fondation fut autorisée par le pape Grégoire Vil (2) et par le roi Philippe l*'. La eharte de fondaliou, cjui est de la même année, donne à la nouvelle abbaye de vastes domaines , et attribue au bourg qui l'entourait un droit d^asile et un grand nombre d'autres privi-^ léges.

L'église , commencée vers 1 076 sous la direction d*un

moine de Tabbave, nommé Pons^ fut placée sous l'invocation de la Ste Vierge et des bienheureux apôtres Jean et André , dont les reliques furent déposées sous le grand autel. La dédicace eu fut faite en 1096 par le pape Urbain 11^ qui revenait du concile de Glermont, où il avait prêché la croisade. C'est ce qui résulte de l'inscription qu'on trouve encastrée dans le mur latéral à gauche , après le transsept. Cette inscription a été , par les soins de la Société des Antiquaires, placée sous un châssis vitré , qui la protège contre les dégradations auxquelles elle était exposée.

Guillaume ne vit |)as la dédicace de l'église qu'il avait fondée ; il était mort à Chizé le 24 septembre 1 086. Son corps avait été transporté à Poitiers et enseveli dans Téglise au milieu de la grande nef, sous le cruciliX| ainsi qu'il est

(1) Voir une dissertation de M. de Gbergé.

(2) On raconte que pendant qu'on travaillait à construire l'abbaye , Philippe 1" vint à Poitiers pour déterminer Guillaume à s'unir avec lui contre le duc de Normandie. Philippe, frappé de la magnificence des oonstractioas nourelles^ s'écria qu'elles étaient ûi^fie» d^un roi: à quoi le comte répondit fièrement : Ne suiê^ doue pas un roi? Philippe ne jugea pas convenable de pousser plus loin ses observations sur ce sujet.

raj^rté dans les statuts du mouastére* Le mouumeut qui s'élevait au dessus du corps fut démoli par les protestants ,

de telle sorte qu'il ne restait aucune marque extérieure de la sépulture du eomte Guillaume. Le 8 juillet 1 822 on procéda , sous la direction de feu M. Tabbé Gibault, conservateur des monuments du département , Tun des fondateurs de la Société, à la recherche de la tombe , que Ton trouva fiidlement d'après les indications positives données par les vieilles chartes de l'abbaye. Cette tombe ayant été ouverte^ on vit le corps du prince parfaitement conservé, les mains jointes sur la poitrine et tenant une croix dont on ne put déterminer la matière. La tombe fut religieusement remise à sa place, et M. l'abbé Gibault lit élever au dessus un monument en pierred'une exécution médiocre , qui a été dqmis relégué dans le bas-côté à droite , tout auprès de l'entrée , parce que , disait-on, il gênait les cérémonies du culte (1).

L'élise de Montierneuf (2) offre l'alliance de rarchitecture romane avec celle des xiii*' et xiv^ siècles; on remarque surtout la largeur de ses trois nefs, largéur peu ordinaire au XI* siècle , et la partie supérieure de l'abside , dont les vastes fenêtres, en ogive primordiale, inondent le choeur de lumière, tandis que les petites fenêtres en plein cintre des bas-côtés ne laissent pénétrer dans la nef et les transsepts qu'un demi» jour qui inspire le recueillement et la prière. Le choeur a probablement été reconstruit dans le xiv« siècle. La présomption, résultant du style de l'architecture, se trouve confirmée par ce fait, que le 48 août 4367 la foudre tomba sur cette partie de l'église, et y causa de grands ravages. La nef, qui date de la fondation, a été beaucoup raccourcie et sa

(1) Bulletin de la Société académique de Poitiers, 1. 1 , p. 314-217. (9^ Yoir .pL vii.

Toute abaissée. Le clocher était placé sur le dôme surbaissé qui domine le grand autel; il s'écroula, ayant la révolution et endommagea par sa chute rédifice entier. Il ne reste aiiyourd'hui que deux des quatre clochetons qui l'accompagnaient. Dans l'intention du fondateur, devtic aiitres elochers devaient s'élever de chaque côté du portail ; mais ce projet n'a point été exécuté. Pendant la révolution , l'élise servit d'écurie et de magasin à fourrage ; elle fut restaurée en 1817 sous les hospices du comte d'Ârtois et du.duc d'Angouléme, qui fournirent pour cet objet-dès sommes assez considérables. Les murs flanqués de tours qui protégeaient l'an* cienne abbaye ont été oomplétement dém<di8 ; les vieux bâtiments aussi ont disparu. Un corps de logis d'une date assez récente, auquel on a ajouté deux ailes , forme le quartier de cavalerie*

En sortant de Montierneuf , nous suivrons la rue qui con-* doit au pont de Rochereuil , et nous visitercms l'emplacement sur lequel était situé le eh&teau y à gauche de ce pont , au confluent de la Boivre et du Clain. Cette f<Mrteresse , reconstniiCe par Jean , due de Berri, comte de Poitou, en 4 375, défendait la porte St-Lazare, aujourd'hui la barrière de Paris, sur la rive gauche, et la porte de Hochereuil, sur la rive ditHte du Ctain ; elle communiquait avec la rive droite du Clain par un pont fortifié dont on voit encore les piles au milieu de ta rivière. De vaatfiSs soutmains s'étendaient au dessous du lit du Clain ; ils ont donné lieu à un gouffre trèsdangereux , voisin .de l'abreuvoir, dans lequel plus d'une fois ont disparu sans retour les hommes et les animaux qui s'étaient avancés sans précaution. Le château fut démantelé le 7 mai 1 589 par le peuple de Poitiers , qui tenait pour la ligue , sous les yeux de Henri III , venu pour s emparer de la ville. 11 en restait encore, en 1 747, des débris assez considé-

râbles; tin de8Bm qu*en a fait àl<nrs JBeauméoil^ membre correspondant de TAcadémie des inscriplions et belles-lettres, est déposé à la bibliothèque* L'emplacement du vieux château a été consacré depuis quelques années bvùl exécutions eapi-' taies , sans respect pour le souvenir de Charles VII , de la Pucelle j de Richemont» Dunois» Lahîre , SaintraiUes, et de tant d'autres rois, comtes ou cheyaliers, qui ont séjourné dans ses mius (1).

Sur la rive gauehe de la Boivre est une tonr fiiisant partie de l'ancienne enceinte , qui sert aujourd'hui de poudrière. Une portion du vieux rempart subsiste encore jusqu'à la barrière de Paris^ autrefois porte de St-Lazare, ainsi nommée à cause du voisinage de l'hôpital St-Ladre , sur l'emplacement duquel est aujourd'hui le cimetière de l'Ilàpital-des^ Qiamps.

On ignore l'époque de la fondation du pont de Rodiereuil; on sait seulement qu'il fut reoonstruit en grande partie en 1486, puis en 1561 , puis euim en 1604. Pendant le siège de 4 569, les huguenots attaquèrent la porte de Rochereuil , située sur la rive droite du Clain. Entassés dans l'espace étroit qui s'étend entre les dunes et la rivière^ foudroyés piar le feu de l'artillerie, du château y qui les prenait en flanc, ils furent obligés, après trois attaques successives, de se retirer avec une perte considérable , et levèrent le siège quelques jours après.

Pendant ce même siège , le pont de Kochereuil fournit aux assi^és un paissant moyen de défense ; k l'aide de yannes qui boudièrent les arches étrmtes^u pont» et dpnt on voit

(1) Voir, dans la Revue Anglo-Française de M. de la Fontenelle, une lithographie des ruines du château, et une notice par M. Tabbé Gibauit, t. l,p. 19.

encore les coulisses ^ ils inondèrent les prairies qui sont en

avant, et formèrent ainsi une petite mer y sur laquelle, disaientils y Tamiral de Goligny n'avait aucune autorité. Tous les efforts des assi^;ës ne purent penrenir à rompre ces vannes (1).

En continuant à remonter le boulevard du nord au sud ^

nous laisserons à notre gauche le pré TAbbesse , dépendant autrefois de TabbayedeSte-Croix^ dans lequel se trouvent les débris de plusieurs des tours qui faisaient partie de Tenceinte fortifiée , ainsi que la machine hydraulique qui fait monter l'eau à BloBsac; nous arriverons au pont Jauberi^ nommé aussi dans de vieilles chartes St-Angibert ou St-Enjotibert, du nom d'un saint abbé de St-Riquier en Ponthieu , mort en 814. Le pont Joubert est cité pour la jmmière fois en 1106. 11 a été reconstruit en 1482 et en 1561 . 11 y a peu d'années encore on voyait au milieu du pont une porte de ville qui a été démolie en 1829, comme gênant la circula*-, tion; sur le pont, à droite , est une petite chapelle dédiée à la Vierge. Il en existait autrefois sur tous les autres ponts de semblables qui ont été détruites à la première révolution. Un peu au dessous du pont, on voit sur l'autre rive un petit monument ogival qui couvre la source nommée fontaine du Légat. Ce petit monument , entouré de lierre , était surmonté d'une croix en pierre , qui a été détruite. U a été construit en 1663 jiar René Citois, maire , comme le porte une inscription gravée dans son intérieur.

A quelques pas du pont Joubert , nous découvrons le chœur de l'église de Ste-Radégonde , surmonté d'une flèche aiguë recouverte d'ardoises. Cette église est l'objet d'une

(i) Voir le récit du siège, parLiberge, et L'analyse qui en est donnée dans le Bulletin de la Société, 1. 1, p. 37, BulleCn» 3.

antique Téiiération bien jusiifiëe par les vertus de sa

patronne.

Aadégonde, épouse de Glotairel*', ayant quitté la cour

pour vivre dans la solitude, bâtit à Poitiers un célèbre monastère qui prit le nom de Ste-Groix j d'une précieuse relique de la vraie croix donnée à la pieuse reine par l'empereur de Constaulinople Justin. Ce monastère était situé dans l'emplacement où est aujourd'hui l'év^hé. C'est même l'abbatiale de Ste-Croix , c'est-à-dire la partie du monastère réservée à l'ahbesse, qui forme l'évêché actuel (1). L'église de l'abbaye et une petite chapelle bâtie sur l'emplacement de la cellule de Ste Kadëgonde étaient dans la partie des jardins de l'évêché que la nouvelle rue du Pont-Neuf en a séparée. La relique de la vraie croix se conserve encore aujourd'hui dans le nouveau monastère de Ste-Groix (2). Mais le reliquaire primitif , en forme d'un petit livre j. tout en or, enrichi de pierreries , avec le nom et l'effigie de l'empereur Justin , a été enlevé pendant la révolution. G'était un objet inappréciable , plus encore sous le rapport de l'art et de Fantiquité, que pour la richesse de la matière (3).

(1) On montre dans le jardin de rëvéché un laurier qui, d'après la tradition , aurait été planté par Ste Radégonde : comme cet arbre te

reproduit par des rejetons , la tradition peut se justifier en partie.

(2) Ancien doyenné de St~Pierre , vis-à-vis le temple St-Jean.

(3) Quand on portait cette relique dans les processions , elle était suivie du fameux dragon connu à Poitiers sous le nom de GranéfGouU ou Grand Gwule , image du démon vaincu par la puissance de la Croix. Le peuple en avait une bien autre idée : c'était^ disait-il , une liorrible béte cachée dans les souterrains de l'abbaye de Ste-Croix , qui avait dévoré plusieurs religieuses. Un criminel condamné à mort la tua et obtint ainsi sa grâce. L'image de la Grand'GuetUe se conserve dans la bibliothèque du grand séminaire. C'est un dragon en bois d'un assez bon travail : on lit sous son cou cette inscription ; Gargot fecitj 1077. Cette

Ste Radégondc fit bâtir auprès de son monastère, mais» hors des murs de vUle , une église en Thonneur de la Sainte Viei ge , pour servir à la sépulture de ses religieuses ; elle y établit un collège de prêtres chargés de donner les soins spiritueb à son monastère. Cette église s'achevait lorsqu'elle mourut , en 587. Elle y fut enterrée par le célèbre Grégoire de Tours» lequel voulut oqiendant laisser à l'évéque de Poitiers , Mérovée , alors absent , l'honneur de mettre luimême, à son retour y le couvercle du tombeau. Il y a tout lieu de croire que c'est le même tombeau de marbre noir qu'on voit encore aujourd'hui : si on l'eût refait plus tard, il serait sûrement plus riche et plus élégant. Ce tombeau fut ouvert au xiv^ siècle par Jean , duc de Berri, comte de Poitou , frère du roi Charles le Sage : le corps fut trouvé entier. En 1562, il fut brisé par une horde de Gascons calvinistes, sous le commandement de Ste-Gemme,qui pillèrent toutes les églises de Poitiers* ils allumèrent sur la place un grand feu où ils jetèrent les ornements, les missels , les reliques et le corps lui-même. Quelques personnes pieuses cachées dans les maisons voisines, qui observaient avec douleur toijs les détails de ce sacrilège , s'empressèrent, aussitôt que ces furieux furent retirés, d'arracher aux flammes ce qui restait du corps de la sainte. Les débris à demi consumés, recueillis avec soin, furent déposés dans un coffre de plomb^ avec les procés-v^baux de reconnaissance et les sceaux de Févéque et du chapitre. Le coffre se voit encore à travers les fentes du tombeau de marbre, qu'on ne voulut point changer, mais qu'on se contenta seulement de rattacher avec des liens de fer.

tradition se reproduit très-souvent en France j on la retrouve à Tarascon> à Rouen et dans pluueiun autres villes.

— saline inscription placée au dessus de Tescalier qui descend dans la crypte apprend que la statue et les balustrades eu marbre qui se trouvent en avant du tombeau ont été dœinëes par Anne d'Autriche , en reconnaissance de la guérison de son iik Louis XIV ♦ Les chiffres A«L. (Anne, Louis) prouvent qu'à cette occasion^ des travaux de restauration ont eu lieu dans la crypte.

Les deux tombeaux engagés dans le mur» à droite et à gauche , sont ceux de Ste Agnès , jiremiére abbesse de Ste- Groixy qui survécut peu à Ste Kadégonde , et de Ste Disciole , jeune religieuse du même monastère , dont la mort est racontée d'une manière touchante par Grégoire de Tours.

On croit que Téglise bâtie par Ste Radégonde fut brûlée par les Normands , et rebâtie au siècle. Cette nouvelle église fut encore brûlée en puis rebâtie et consacrée

dans les dernières années du xi« siècle : elle avait trois neb p comme on le voit par la partie qui subsiste encore au fond ; le pordie et le clocher sont de la même époque* La grande nef, qui est du siècle suivant, est un beau morceau du style ogival primitif. La sacristie , un peu plus ancienne , est admirée des connaisseurs , ainsi que le j<51i portail, dont les sculptures délicates indiquent le xv« siècle (1).

Pépin y roi d'Aquitaine , fils de Louis le Débonnaire , a été inhumé dans cette église. On ignore dans quelle partie.

Au milieu du mur de la nef ^ à droite , sont placées , dans un renfoncement fermé par une grille , deux statues coloriées repi-ésentant une apparition de Jésus-Christ à Ste Radégonde. Entre les deux statues se trouve^ recouverte par une petite grille, l'empreinte du pied que, d'après la tradition ^ le Seigneur laissa sur la dalle de la cellule de Ste Radégonde.

(I) Voir pl. "viu.

Ce monument, qu'on appelle le Pas -de-Dieu, était autrefois dans le couvent de Sainte-Croix ; il a été transporté dans l'église depuis la révolution de 1 789.

Presque vis-à-vis le portail de Ste-Kadégonde s'ouvre une rue étroite , obscure et plus mal pavée encore que les autres mes de la ville ; elle aboutit à une immense muraille en pierre de tailleSi percée à une assez grande élévation de trois croisées romanes à vitraux peints* Ce mur , d'une construction remarquable par sa solidité , forme le chevet de l'église 4^ St-Pierre. Ainsi ^ par une exception aux régies ordinaires , exception dont il y a plusieurs exemples , cette église se termine par uu mur droit , au lieu de se terminer par une abside arrondie. En suivant la rue parallèle au flanc nord de l'église, nous verrons l'ensemble du monument surmonté d'un toit peu élevé et orné dans le pourtour d'une él^ante balustrade gothique ; nous arriverons ainsi sur la place qui précède le portail. , .

En 1018 y une cathédrale qui existait à Poitiers sur remplacement de St-Pierre fut brûlée avec une grande partie de la ville. Rebâtie vers 1022 par Guillaume IV, comte de Poitou, et dédiée par Isambert IV , elle fut détruite de nouveau. Henri 11^ roi d'Angleterre , sur les instances d'Aliénor d'Aquitaine , son épouse ^ la fit reconstruire en 1052 sur un plan beaucoup plus vaste. Les travaux de reconstruction marchèrent fort lentement, ou souffrirent de nombreuses interruptiofis; car c'est seulement le 17 octobre 1379 que la nouvelle église fut consacrée par Bertrand de Meaumout ^ évéque de Poitiers.

Le portail de l'église date du xiv^' siècle. Il se compose de trois iM)rtes surmontées de deux fenêtres et d'une rose ; il est flanqué à droite et à gauche par deux tours carrées d'inéqale hauteur , ornées d arcatures ; leur partie inférieure jus-

Digiiizeti by LiOO^ic

qu à l'étage octogone est de la même date que le portail ; la partie supérieure est du vt^ siècle. La tour à droite ayait un troisième étage de plus qui se terminait en coupole et serrait de clocher. £q 1 814 l'on jugea convenable de démolir cette partie, et l'on renferma les clocltes dans la tour même, qui manque des ouvertures suffisantes pour que le son se propage convenablement* Par suite de cette opération , la tour se termine aujourd'hui par les quatre clochetons qui servaient d'accompagnement au clocher ; ce qui produit un mauvais effet. (Voir pl. ix.)

Les trois portes qui composent le portail sont placées au fond de profondes voussures ogivales chargées de statuettes d'anges et de saints ; au dessus du soubassement trente-neuf statues garnissaient toute l'étendue du portail. Il ne reste aujourd'hui que d'élégants baldaquins séparés et soutenus par de minces colonnettes. Le tympan de la porte à droite représente , dans la partie inférieure , St Pierre auquel Jésus- Christ dit : Je vous donnerai les clefs du ciel. A l'étage supérieur, une châsse est portée sur les épaules de plusieurs hommes , et reçoit les hommages du peuple.

Le tympan du milieu se compose de trois rangées : celle du dessous représente la résurrection ; les morts soulèvent leurs pierres sépulcrales et sortent de leurs tombeaux. La rangée supérieure figure la séparation des bons et des méciiants ; un ange se tient au milieu; les bons sont a sa droite, les méchants à sa gauche ; au dessus et dans la partie angulaire, Jésus-^risty entouré des anges et des saints, prononce le jugement redoutable qui décide de la destinée étemelle.. Dans le tympan de la porte de gauche , on voit d'abord la mort de la Ste Vierge , et au dessus sa réception dans le ciel.

Au tour de l'église, et en avant du portail, des ligures

fantastiques, des monstres hideux qui sortent des murailles, ▼omissent Teau des toits ; dans l'encoignure , à droite , un personnage accroupi emploie ses deux mains à s'ouvrir la bouche pour mieux remplir la fonction dont l'a diargé le caprice de Tarchitecte.

Lorsqu'on entre dans l'église y on est fra{^ par le petit nombre , Télévation et l'espacement des piliers. (Voi^ pl. X..) L'édifice est soutenu dans toute sa longueur par six piliers de chaque côté. La principale nef est âevée de 29 mètres 50 cent. (1); les deux nefs latérales de 24 métrés

(1) Voici les dimensions exactes de Téglise de St-Pierre , donnée par M* DuUu^ architecte du département^ membre de la Société:

Longum extérieure de i'égUse 98 mètres 40 centidi.

Largeur da portail sans les tours. ... 28 — 90 —

arec les fours. ... 46 — 65. —

Elévation de la tour droite 34 — 00 —

de la tour gauche 32 — 00 —

Longueur intérieure de l'égliae 94 ' 40 —

Laigour dans la nef. • 30 — 30 —

dans la croisée. « 56— '50--.

Hauteur de la voûte principale 29 50 —

des voûtes latérales 24 — 20 —

En coni[)arant quelques-unes des dimensions de St-Pierre avec celles de Notre-Dame de Paris, on trouve i

lTon»l>AMi. Si^mu*

Longueur extérieure. . . 434 80 98 40 N.-D. a en plus 36 40 Longueur intérieure. . . 126 68 94 40 ~ 32 28 Largeur dans la croisée. . 46 78 56 50 en noina 9 73 Largeur dans la nef ^ y compris les nefs et les chapelles latérales. ... 46 78 30 30 en plus 16 38 Hauteur de la voûte principale 33 78 29 50 - 4 28

Tour principale. ... 66 26 34 00 32 26

20 cent. Le monument a de la grandeur et de la majesté^ mais il manque des formes sveltes et de l'apparence sombre et mystérieuse des cathédrales gothiques. Un grand nombre de vitraux de eouleur ont été brisés par les protestants et remplacés par des vitraux ordinaires : ceux qui restent n'ont pas toujours été réparés avec intelligence; quelques-uns sont renversés. Mais ce qu'il &ut déplorer , ce sont les restaurations faites depuis un siècle. 11 manquait, à la hauteur des croisées^ une balustrade qui devait faire le tour de l'église; au lieu de placer une de ces dentelles de pierre, qu'on pouvait copier si l'on ne pouvait l'inventer , on a surmonté une muraille décorée de légères arcatures gothiques , de balustres dans le style du dernier siècle. Le dessous de Tor» gue (1) forme une voûte surbaissée , soutenue par deux énormes consoles, le tout parsemé d'ornements dans le style Pompadour. Les fonds baptismaux, les deux cha-

(1) Au xvi« siècle , il eiistait dans l'église eathédrale de St-Pierre de

Poitiers un orgue qui fut détruit en 15G2 par les protestants.

Un orgue beaucoup plus complet et plus remarquable succéda au premier ; mais il fut réduit en cendres dans la nuit de Noël 1681 , par la négligence d'an aouffleor qui oublia d'éteindre le feu après la messe de minuit.

Le chapitre de Saint-Pierre dut se contenter , longtemps après cet accident, du petit orgue placé du côté du jubé, qui servait sans doute à accompagner le plain-chant^ et cet instrument imparfait, que l'on peut Toir encore aujourd'hui dans l'église de SMiilaire où il a été transporté depuis, serrit aux cérémonies du culte jusqu'à la réception du grand orgue actuel.

Cet orgue , fait par Claude-François Clicquot , facteur d'orgues du roi^ artiste très-remarquable dans sa spécialité, fut payé 92^000 francs, et fut reçu le 4 février 1791 > psr MM. Lardy et Yénm». organistes de Poitiers.

Bientôt après, l'église fut fermée aux lidèles; ainsi, à peine l'orgue de Saint-Pierre avait-il accompagiic pettUaut quelques jours les chants

pelles des traussepts^ les trois chapelles qui garnissent le mur du fond , se composent de colonnes grecques surmontées de corniches , d'entablements ; quelques-unes de ces chapelles sont assez simples, et c*est un mérite ; d'autres sont surchar^ gées d'ornements souvent incohérents. Bllés ont été pour la

relîgiem , que ses majestueux accords se mêlaient ail brait des chansons

sacrilèges par lesquelles on célébrait le culte des déesses de la république. Ce fut à ce pri& qu'il échappa aux mains barbares qui voulaient fondre ses tuyaux sonores en balles patriotes , et ce résultat fut aussi obtenu en partie par l'intervention d'un représentant du peuple , et par les soins dignes d'éloges de H. Véron , organiste.

Restitué au culte catholique, l'orgue de Saint-Pierre a été relevé et mis à neuf par Pierre-François Dallery , facteur d'orgues du roi , et il a été reçu par MM. Yéron et d'Aubigny, organistes de Poitiers > le 4 novembre 1822.

Cet Instrument remarquable auquel il ne manque aujourd'hui que

quelques réparations bien simples, qu'on obtiendra facilement d administrateurs éclairés, est un grand seize-pîeds.

Il se compose de quatre claviers à la main , d*ttl à mi, d'un clavier de pédales de deux octaves et demie, et de cinquante r^gUtres.

Ses tuyaux , en étain forgé , donnent aux sons une rondeur admirable et un éclat sans rudesse auxquels ajoutent encore la bonne dispo* sition et l'heureux emménagement des divers jeux qui le composent.

Le buffet de Torgue, ainsi que la chaire de la grande nef^ sont dus au ciseau habile de fiertbon, artiste poitevin , lequel , à l'exemple des nudtres, a reproduit sous la figure des anges qui jouent des instruments, les portraits de ses deux jeunes enfants.

Si le genre d'ornementation qu'il a adopté n'est pas irréprochable quant au style mis en rapport avec l'intérieur de l'église Saint-Pierre> on ne peut nier que l'artiste n'ait révélé, dans son faire , un talent remarquable, et n'ait ajouté par la richesse des décors au mérite intrinsèque de l'oauvre du fameux Glicquot

C'est à tous ces avantages réunis que l'orgue de St-Pien e de Poitiers doit d'être classé^ par les facteurs et les organistes les plus célèbres, au nombre des instruments de ce genre les plus beaux et les plus parfaits.

)>lupart enlevées à des couvents supprimés par la rëvolulion« La grande chapelle placée derrière le chœur provient du couvent de la Trinité. L'autel , le tabernacle et les colonnes sont en marbre noir; mais comme on voulait dédier cette chapelle à la Ste Vierge , on se crut obligé, en 1839, de peindre le tout en blanc. L'autel de la paroisse, dans le bras de la croix , à droite, vient du couvent des Jacobins , et celui de la chapelle du Sacré-Cœur , dans le bras oppose , du couvent des Capucins. La grille qui ferme le fond du choeur appartenait à l'abbaye de Ste-Croix , où elle avait été posée en 1737 par madame de Parabére, abbesse de ce couvent.

La boiserie du chœur est de deux époques : la partie qui est derrière les stalles des chanoines est en harmonie avec le style de l'édifice; celle qui garnit les murs des deux côtés de l'autel est une boiserie de salon du dernier siècle. Quelques tableaux ornent le chœur et les chapelles latérales. Nous signalerons comme di^esderemarqueun des premiers ouvrages de Robert Fleury, le Denier de la veuve, placé dans la chapelle du Sacré-Cœur , et le vieux tableau de l'autel de la paroisse , qui représente Ymsiùutiati du rosaire. Dans la corolle à gauche , et dans la sacristie de la paroisse , sont quelques vieux ta-bleàux curieux par leur antiquité; la sacristie du chapitre contient les portraits d'une suite d'ëvèques de Poitiers.

En étudiant les fenêtres , depuis celles du chœur , construites à la fin du xii* siècle , jusqu'à celles du portail , qui datent de la fin du xiu' , on peut suivre la transition du roman au gothique^ qui s'opérait alors, transition bien marquée dans la forme des fenêtres , dans leurs meneaux , dans les cintres et les ogives qui les décorent; ce qui est une nouvelle preuve de l'usage dans lequel on était autrefois, lors de ces constructions fort longues, de commencer par l'abside et de finir par le portail.

L'église de St-Pierre a été plusieurs fois victime des fureurs de la guerre et de rimpiétë* Elle a été pillée en 4386 , comme toute la ville, par les troupes du comte de Derby. Le 1*=*^ avril 1562) les protestants la pillèrent de nouveau; ils s'empa^ rèrent du trésor, dispersèrent les reliques et détrubirent le splendide monument élevé à la mémoire de Simon de Gramaud, évéque de Poitiers, au commeneement du xv* siècle (1). ' '

En 1793 y on ne s'empara pas seulement des richesses que renfermait Véglise ; on vendit l'église elle-même à un acheteur qui avait Tintention de la démolir , et qui ne s'en abstint qne parce que , tout calculé , il trouva que la spéculation ne serait pas bonne , et qu'il y avait plus d'avantage à en faire un magasin à fourrages.

Auprès de la cathédrale est l'ancien palais épiscopal , ooci^ aujourd'hui par la préfecture. Ce bâtiment, d'une construction moderne, n'offiie rien de remarquable. La chapelle est aujourd'hui occupée par les archives départementales. (Voir § dernier.)

En remontant la rue St"Paul , nous trouverons à notre gauche, api'ès la rue du Coq^ une maison formant le coin à droite, et qui porte le n^ 1. C'est la 'maison qu'habitait à Poitiers la célèbre Diane , duchesse de Yalentinois (2).

(1) Voir la notice de M. Tabbé Auber sur Simon de Gramaud, Mémoires de la Société des Antiquaires de TOui st , 1840.

(2) Diaoe n'est pas née à Poitiers , comme beaucoup de personnes le croient et comme sou nom scanble Tindiquer. KUe était ûlle de Jean de Poitiers , sieur de St-Yallier y d'une des plus ancieraies familles du Dauphiné. (Voir la biographie de Michaud. ) Thibaudcau , t. 4, p. 23, dit que cette famille descendait de (vuillaumCf fds naturel de (iuillauine 1\, duc d'Aquitaine et de Poitou. Nous n'avons rien trouvé dans les historiens de relatif au séjour de Diane k Poitiers.

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