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L'appartement que ia tradition poitevine signale encore comme ayant ëtë la chambre de Diane de Poitiers, est
une pièce de 7 à 8 mètres de long sur 5 à i) mètres de large* Les poutres, dont les arêtes ont été jactis dorées dans toute leur longueur, sont ornées de peintures représentant les atti'ibuts de Diane chasseresse , surmontés d'une fleur de lis. Les chiffres de Diane et de Henri II apparaissent entre^ lacés dans plusieurs endroits de la salle^ tels qu'on les voit encore dans les châteaux d'Anet et de Chenonoeaux. Là croisée et la cheminée accusent rarcliitecture du temps de François T» .
Sur les cotés extérieurs de la cheminée on remarque , à droite, ces lettres initiales : S. P. Q. R, Senatus Populus Que Ronumus; à gauche, l'on voit ces majuscules : Q. V. G. P« Quodï ull C 071 sequi Potes t^ç\\(i peut atteindre tout ce qu'elle veut. C'est sans doute une allusion à la brillante fortune de Diane. Dans le trumeau se trouve un tableau dans le style de r école italienne , et qui est peut-être du Primatice , artiste bolonais , attiré en France par les libéralités de François I*'. Ce tableau représente des amours jouant avec une guirlande de fleurs. Le coloris en est vif et plein de vérité , le dessin correct et hardi. Le Primatice affectionnait ce sujet, qu'il a répète' plusieurs fois dans ses décorations de Fontainebleau.
L'honorable famille qui occupe présentement cette niaison conserve avec un soin éclairé tout ce qui s'y rattache aux souvenirs historiques. Ayant été obligée de faire réédifier la façade de la maison , qui tombait de vétusté , elle a procédé de manière à ne rien diang^ aux dispositions intérieures de la localité. Les propriétaires précédents avaient pris, pour agrandir leur écurie, quelques pieds sur la salle de Diane , mais sans défigurer cet appartement.
Loi^quc les propriétaires actuels achelèrenl cette habitation, en 4846 y iU Toulurent aussi acquérir l'antique mobilier (le Diane , qui garnissait encore la chambre ; mais toutes leurs offres furent rejetées. Ce curieux mobilier consistait principalement dans un petit buffet à glace du travail le plus précieux , et dans une grande table de bois doré , en forme de guéridon ; la tablette était en beau marbre blanc incrusté de camées et de plusieurs autres pierres précieuses ; au milieu était gravé le chiffre de Diane et de Henri. Malheureusement ces meubles ont été en partie mutilés tlans leur transj)oit de Poitiers aux Roches-Pré-Marie ^ nous ignorons s'il en reste encore aujourd'hui quelque chose. Le savant M. du Sommerard possède , dans sa riche collection de l'hôtel de Cluny , à Paris , une porte sculptée provenant de Vun des appartements de cette maison.
Nous devons nous détourner quelques instants du centre de la ville , pour aller visiter le temple Sl-Jean , l'un des monuments les plus intéressants ^ sous le rapport de l'art^ qui existent à Poitiers , rendu plus intéressant encore par la collection des antiquités qu'y a déposée la Sodété des Antiquaires de rOuest, à laquelle il sert de musée. Nous Suivrons donc la rue du Coq jusqu'à la première rue qui la coupe , et, tournant à gauche , nous verrons devant nous le vieux monument , qu'a menacé longtemps rinflexibilité de l'alignement, et que les efforts des sociétés savantes de Poitiers n'ont préservé qu'à grand'peine d'une démolition. Il est vrai que ce monument n'a point un aspect agréable , que ses murs sont bien vieux et bien délabrés; mais il a» sous le rapport de Part, une importance reconnue par les hommes spéciaux , qui le citent comme presque unique dans son genre. (Voir pl. xi.)
Quelle est l'époque précise de la construction du temple St'Jean ? quelle a été sa première destination ? Ces questions
ont divisé les savants. Dreux-du-Radier pense qu'il a été
élevé sous le régne d'Auguste , par Marcus Censor Pamus f pour servir de tombeau à son épouse. L'abbé Lebœuf croit qu'il a toujours été une éç^Wsc dans le massif de laquelle on a adapté quelques restes d'architecture provenant d*un temple paien.DomFonteneau va plus loin ; il en fait la première cathédrale de Poitiers, transformée en baptistère après réfection, dans le voisinage, d'une nouvdle et plus vaste église. Il donne pour preuve de son aœertion une excavation octogone qui était , suivant lui , la piscine dans laquelle descendaient les catéchumènes qui recevaient le baptême par immersion. Siauve fixe la construction de cet édifice au nr* ou v« siècle ; il croit qu'il a tou^ jours été consacré au culte. Dufour adopte la date du V* siècle , et partage l'opinion de Dreux-du-Radier sur la destination du monument (1), M. Mangon de la Lande , membre de la Société des Antiquaires de l'Ouest , peose que le temple S t- Jean a été originairement un tombeau élevé vers la fin du nr ou au commencement du iv* siècle à la mémoire de Claudia p^arenilla ; il croit que le monument se composait seulement du corps principal qui formait un carré ouvert sur les quatre faces , et que l'avant-corps et l'abside ont été ajoutés après coup. Cette dernière opinion parait généralement adoptée pour l'avant-corps | mais elle est vivement combattue quant à l'abside , construite des mêmes matériaux et dans le même style que le corps principal (2)*
(1) Voir Dufour, p. 306.
(2) Voir la dissertation de M. Mangon de la J.ande, Mémoires delà Société^ 1835, p. 195, et la polémique qui s'est engagée à cette occasion entre M. Mangon de la Lande et M. Grille de Beuzeiin, dans les Mémoires de la Société des Antiquairos de France.
' Le temple St-Jeau a subi bien des vicissitudes : suivant les uns y tombeau d'une jeune Romaine; plus lard , église chrétienne; il a été transfonné successivement en fonderie de cloche, eu fourneau de soupe économique, et enfin en magasin pour la fabrique de St-Piérre. C'est alors que la Société des Antiquaires de TOuest a obtenu du gouvernement, par rmtercession de M. Alexis de Jussieu, alors préfet de la Vienne, et de M. Ludovic Vitet, alors inspecteur des monuments liistoriques , les fonds nécessaires pour Tacheter et en faire le dépôt des antiquités qu'elle s'occupait à re-cueillir (1). Le temple St-Jean était, en 1789, Téglise d*une des paroisses de Poitiers ; elle n'avait qu'un petit nombre de paroissiens, et Ton n'y célébrait l'office que le jour de la St-Jeah.
Vis-à-vis le coté sud du temple St-Jean , est l'ancien Doyenné de Saint-Pierre, qui sert aujourd'hui d'asile aux pieuses filles de Ste-Radégonde , ce qui reste des bâtiments de l'ancien couvent de Ste-Croix étant, comme nous Tavons dit , occupé par l'évéché. Dans l'humble chapelle qui est parallèle à la rue, on voit une suite de tableaux remar^ quables de Técole flamande, donnés par le prince d'Orange à Flandrine de Nassau, abbesse de Ste-Groix.